Chapitre 31

2080 Mots
Notre conversation à Jean Claude et moi avait été nécessaire mais elle ne nous avancait en rien du tout. Nous n'avions que des problèmes mais pas de solutions concrètes. C'était bien beau de me dire que j'avais des indices et que la solution se trouvait juste dans mon esprit mais je ne savais pas comment l'atteindre. Jusque là, tout ce que j'avais, étaient les souvenirs qui m'étaient revenus pour le moment et rien d'autre. C'était très facile de dire qu'il ne me restait plus qu'à me souvenir de notre dernière conversation à Jennifer et à moi dans le petit bois mais c'était le moyen d'y parvenir qui n'était malheureusement pas à ma portée. Je me retrouvais de nouveau dans une impasse. J'étais incapable de faire quelque chose pour faire ressurgir mes souvenirs car jusqu'ici, ils revenaient toujours seuls, sans que je n'ai à intervenir d'une quelconque manière. Je sentais Jean Claude septique mais je ne pouvais pas lui en vouloir car je l'étais aussi. J'aurais aimé qu'il y ait une sorte de formule pour pouvoir remémorer mes souvenirs facilement. J'avais beau dire et croire que je le pouvais mais au fond de moi, je savais très bien que je n'y étais pour rien dans la renaissance des souvenirs de ma vie passée. Cette histoire me hantait et plus que tout, je voulais laver cet honneur qui m'avait été sali, je voulais laver le nom de Bernard Montagnier. Mais plus je discutais avec Jean Claude, plus j'avais l'impression qu'il ne croyait pas totalement en moi. J'avais l'impression qu'il émettait des réservés à tout ce que je pouvais bien lui révéler. Au plus profond de moi, je sentais qu'il ne me croyait nullement et c'était la toute première fois que ça arrivait. Il me demandait de temps en temps si j'étais sûr de ce que je disais et cela semait le doute dans mon esprit. Je ne doutais pas de moi non, mais, je doutais de lui, de l'aide qu'il semblait m'apporter. Et pendant que je discutais avec lui, je me sentais confu car je craignais qu'il ne se moque de moi. Il était là, dans cette chambre d'hôpital à me parler mais il ignorait complètement que je ne l'écoutais pas, j'étais perdu dans mes pensées. Je doutais de lui et de ses intentions car pour la toute première fois, je trouvais qu'il avait cru en moi très tôt. Je remettais en question notre collaboration sur cette affaire, je remettais en question la sincérité des actes de Jean Claude. Tout allait bien jusque là mais je ne comprenais pas pourquoi ma raison me poussait à douter de la seule personne qui avait l'air de croire en moi. Mais cela n'avait aucun sens car si c'était le cas, pourquoi est ce qu'il me faisait croire qu'il croyait en ma vérité! Mais peut être n'était ce que le fruit de mon imagination, peut-être que je devenais vraiment paranoïaque ! Néanmoins, je lui faisais entièrement confiance et je l'avais laissé enregistrer mes dires sur tout ce que j'avais vu lorsque j'étais inconscient et j'espérais qu'ensemble, nous arriverions à résoudre ce mystère. On discuta encore pendant quelques temps et ensuite, il s'en alla. Mais après son départ, j'eus quelques remords à propos des mauvaises pensées que j'avais eu tout à l'heure au sujet du seul ami que je m'étais fait jusqu'ici. Je fis donc l'effort de taire mes doutes et je me sentis beaucoup mieux après. J'étais de nouveau tout seul dans cette chambre d'hôpital. J'étais seul mais heureux. J'avais la ferme conviction que tout allait au mieux dans ma petite vie. J'avais une nouvelle petite amie et j'avais enfin accepté mon passé. J'étais tellement confiant que j'assumais en moi même le fait d'avoir été un jour Bernard Montagnier. Mais pendant que je pensais à toutes ces choses bizarres qui m'étaient arrivées depuis peu, je me mis à me demander si toute personne sur terre n'est qu'à sa première naissance. Si mon esprit avait bien pu revenir alors, peut être était ce le cas de plusieurs autres personnes ou pourquoi pas le cas de toute la terre! Je ne savais pas si j'avais raison mais je voulais croire qu'on avait déjà tous vécu car cette pensée me permettait de me sentir beaucoup plus ordinaire. Si l'enquête sur le meurtre de Jennifer Du Pont ne m'avait pas été assigné, peut-être n'aurais je jamais eu le privilège d'apprendre toutes ces choses sur moi. Bien sûr que je considérais tout ce qui m'arrivait comme un privilège car c'était tout simplement extraordinaire et ça n'arrivait pas tous les jours à tout le monde. C'était une expérience que je ne regrettais nullement. J'avais jusqu'ici vécu deux vies et je m'en souvenais. J'aurais bien pu m'en vanter mais ce n'était pas possible car les gens m'auraient pris pour un fou. Le monde était tellement devenu incrédule que rares sont les personnes qui auraient pu croire en mon histoire. J'étais sûr que grand nombre m'auraient pris pour un malade mental ou même pour un hyper stressé. Ma situation me fascinait à un tel point que j'avais envie de rencontrer des personnes ayant vécu des situations similaires afin de partager avec elles. Mais hélas, cela n'était peut-être pas possible, du moins, pas pour le moment. Mais je trouvais en même temps que rien n'était plus difficile que de cacher certaines vérités à certaines personnes. J'aimais ma mère plus que tout et je lui faisais même énormément confiance mais il m'était impossible de lui dévoiler tout ce qui m'arrivait en ce moment. Elle était trop superstitieuse pour croire en quelqu'un qui avait perdu connaissance pendant des jours. Elle aurait pensé que j'ai reçu un coup à la tête et que je délire. C'était pareil pour Frédérique, j'avais enfin réussi à me mettre en couple avec elle mais je lui cachait la vérité car je redoutais qu'elle ne me prenne pour un malade mental. Tout cela m'inquiètais d'autant plus car maintenant que nous étions en couple, on se verrait plus souvent et donc, il me serait plus difficile de lui cacher cette vérité qui était bien trop présente dans ma vie. J'avais l'impression de mener une double vie car il m'arrivait des fois de me perdre dans mes pensées. Et si un jour, je me perdais dans mes pensées en présence de Frédérique, je ne saurais vraiment pas quoi lui dire. Telles étaient toutes les pensées qui me submergeaient. Ma vie était tellement compliquée en ce moment qu'il m'arrivait d'avoir envie de fuir mon propre corps. Pendant que j'étais tout seul dans cette chambre d'hôpital, certains souvenirs m'envahirent, c'était très intense. J'avais rencontré Jennifer à la fin des cours et je lui avais réservé une surprise. Elle était magnifique, toute vêtue d'une jolie robe à fleurs bleue. Les fleurs sur sa robe mettaient ses magnifiques yeux en valeur. Elle était de tout sourire ce soir là. Son sourire illuminait son visage et sa beauté me faisait tout simplement perdre la tête. Elle était tellement élégante que tout lui allait, elle avait des airs de reine dans sa robe. Mais moi, j'étais vêtue simplement. Toujours avec mon pantalon jeans, un t-shirt et la veste en jeans qui allait avec. La surprise que je lui réservait était de lui faire connaître mon refuge comme je l'appelais. C'était un petit bois pas très loin du campus. Je l'avais découvert un jour quand je me baladais dans les alentours du campus. Je m'y étais si bien senti que j'ai commencé à y aller plus souvent. Cet endroit me procurait une paix profonde, c'était la raison pour laquelle je voulais le partager avec la femme que j'aimais. Pendant qu'on y allait tous les deux, Jennifer s'inquiétait car jamais encore elle n'y était allée. Mais quand elle vit l'endroit même, elle en tomba aussitôt amoureuse. Et c'est ce jour là, dans cet endroit qu'on fit l'amour pour la toute première fois. Je venais de tout voir comme si ça se passait sous mes yeux. Quel intense souvenir ! Avoir ce souvenir avait réveillé bien des émotions en moi. J'avais même réussi à ressentir tout l'amour et la joie que j'avais ressenti ce jour là avec Jennifer. C'est le jour où on s'est dit que notre amour durerait pour toujours, pendant la vie et même après la mort. C'était de loin le jour le plus merveilleux de la vie de Bernard Montagnier. C'était incroyable comme ce simple souvenir était parvenu à me mettre dans tous mes états. C'était comme ci le cœur qui battait dans ma poitrine était toujours celui de Montagnier, c'était comme si jamais je n'avais cessé d'aimer Jennifer. J'étais peut-être Frédéric Cheyrou aujourd'hui mais le cœur qui battait dans ma poitrine avait gardé une part de Bernard Montagnier. Au lieu de me faire du mal, ce souvenir avait laissé en moi une sensation très agréable. Mais en y repensant bien, c'était une folie de ma part de croire en ces sentiments mais qu'est ce que j'y pouvais ? Ils étaient pourtant bien présents en moi et je ne pouvais les ignorer. Sur le coup, je n'y avais pas prêté attention mais mon esprit venait à l'instant de se souvenir d'une scène très mémorable de mon passé et je n'avais rien fait pour. Cela ne voulait juste dire qu'il me fallait juste attendre et tout me reviendrait tout seul comme ce souvenir. Je restai là encore comme si de rien n'était. Je ne réfléchissais pas et je ne pensais non plus à rien, j'appréciais juste le moment de silence que je passais avec moi même. Et quelques temps après, ma mère arriva. On termina la journée tous les deux. Elle avait remarqué que ma mine était différente de celle de tout à l'heure et je suis sûr qu'elle s'imaginait que ce changement était dû à la visite de Frédérique, ça m'arrangerait qu'elle pense cela. Je ne lui avait pas parlé de notre décision à Frédérique et à moi mais je ne lui avait pas non plus dit que sa pensée était fondée. Pour être honnête, c'était ce souvenir qui m'avait rendu si heureux et serein mais ça, je n'avais l'intention de le révéler à personne, même pas à Jean Claude. Le heures étaient passées à une telle vitesse que c'était déjà l'heure de se coucher. J'avais aussi reçu les visites des infirmières et du médecin et tout semblait bien aller chez moi d'après eux. C'était donc sûr que je rentrerais chez moi le lendemain comme prévu. Maman avait passé la nuit avec moi et nous avions dormi tous les deux sur ce tout petit lit d'hôpital. C'était ça ou rien car je ne voulais pas qu'elle dorme sur une chaise et elle ne voulait pas que je lui cède le lit. Et donc, notre compromis était de dormir tous les deux sur ce lit, aussi petit qu'il fût. La nuit m'avait paru longue et je n'avais pas dormi comme il fallait. Je voulais juste sortir de cet endroit une bonne fois pour toute et reprendre le cours de ma vie. C'est le médecin lui même qui vint nous annoncer qu'on pouvait sortir et je signai certaines décharges. J'étais très heureux mais il y avait plus heureux que moi et c'était ma mère. Quel soulagement ! j'étais très heureux de sortir de cette prison nommée hôpital. Si j'y étais resté un jour de plus, je sentais que j'aurais certainement viré à la folie ou même pire. Je pouvais enfin reprendre le cours de ma vie où je l'avais laissé. C'était parti pour un nouveau tournant. Je sentais que quelque chose avait changé en moi, je me sentais plus fort mais aussi, plus courageux. J'avais l'impression que j'étais prêt à franchir tout obstacle, je me sentais tout simplement invulnérable. Je ne sais pas d'où me venaient tous ces sentiments mais j'étais sûr que ça avait avoir avec tout ce que j'avais appris sur moi ou plutôt sur l'ancien moi. Il était plus que temps pour moi de rendre justice à Jennifer. J'avais déjà tout plein de pistes à explorer et aussi un allié de choix, il suffisait juste que je vise les bons objectifs. Jean Claude et moi devions travailler dessus et j'étais convaincu que tous les deux, nous parviendrions à quelque chose. Je me souvenais très bien de tout ce que Jennifer m'avait dit lorsque j'étais inconscient et je savais très bien qu'il serait difficile de faire resurgir certains souvenirs mais j'étais prêt. Il n'était pas question que je baisse les bras car j'étais allé trop loin pour faire une marche arrière.
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