Après que je lui ai parlé de ma mère, Frédérique garde le silence un long moment. Son silence n'était pas dû à de la frustration non, mais elle savourait son plat. Je comprenais bien que ça lui fasse cet effet là, car les recettes de ma mère étaient tout simplement spéciales. J'étais très fier de dire que j'avais appris toutes ces choses d'elle.
- Est ce que tu me permets de te poser une question Frédérique ? Lui demandais je.
- Tu as toute mon attention, me répondit elle.
- Et bien, j'ai un collègue qui a eu la joie d'avoir son tout premier enfant aujourd'hui et j'aimerais lui rendre une petite visite demain histoire de leur passer mes félicitations à sa femme et à lui. Puisque tu es une femme et que vous vous y connaissez mieux dans ce genre de chose, j'aimerais que tu me donnes une idée de cadeau que je pourrais offrir à son épouse.
Après avoir entendu ma question, elle cessa de manger et éclata de rire. J'aurais bien aimé l'accompagner dans son fou rire mais je ne savais même pas ce qui la mettait dans cet état. Je ne comprenais pas ce que j'avais bien pu lui dire de si hilarant.
- Puis je savoir ce qui t'amuse autant Frédérique ? lui demandais je.
- Et bien, nous sommes comme un vieux couple qui a des conversations sans intérêt.
Quand elle dit cela, je compris mieux pourquoi elle avait eu ce fou rire. Elle avait bien raison Frédérique, on se comportait comme un couple barbant. Je me mis tout de suite à l'accompagner dans son rire. On avait rit pendant une bonne minute. Le pire c'est qu'on se moquait bien l'un de l'autre comme deux gamins immatures.
- On a beau rire mais j'étais sérieux quand j'ai posé ma question tout à l'heure et j'aimerais avoir une réponse si seulement tu en as une. Dis je de nouveau.
- Pour être sincère, je n'en sais trop rien. Je n'ai jamais eu de copine enceinte pour savoir ce qu'on offre à une femme qui arpente les couloirs de la maternité. Mais s'il faille que je te donne un conseil, offre lui des fleurs. Nous les femmes, on adore les fleurs. Elle se sentira beaucoup plus belle si tu lui offre des fleurs. Mais en même temps, tu n'es pas obligé de m'écouter.
- Donc d'après toi, je devrais lui offrir des fleurs. Mais c'est très complexe des fleurs. Je ne sais même pas si elle a des préférences ou des allergies. Quelles fleurs offrir alors?
- Offre lui des roses blanches, je pense bien que toutes les femmes adorent ça, fais moi confiance.
- Je n'ai pas d'autre choix que de te faire confiance. Tu es une femme donc si tu dis que des fleurs lui feront plaisir, alors j'opte pour.
Voilà qui était réglé. Il me suffisait juste de passer chez le fleuriste demain matin, d'acheter un bouquet de roses blanches et de me rendre chez les Du Pain avec.
- Tu sais Frédérique, tu m'as été d'une grande aide aujourd'hui. Je comprends maintenant l'importance d'une femme. Vous êtes une race quelque peu indispensable,Dis je.
- C'est une drôle de façon de reconnaître notre valeur mais au moins tu reconnais que nous sommes indispensables, répondit Frédérique.
On termina de dîner et on fit la vaisselle tous les deux. Tout était de nouveau impeccable chez moi comme j'aime. Frédérique passa encore une vingtaine de minutes seulement avec moi. Et ensuite, elle décida de s'en aller. Et une fois de plus, je fis preuve de courtoisie en la remerciant pour son aide précieuse. Notre séparation de ce jour là fut gênante car on aurait dit qu'on avait tous les deux refoulé des actes manqués. Cette visite m'avais tout simplement épuisée. Je m'assis dans le salon pour visionner un peu mais le sommeil m'apportait peu à peu. Et donc j'allai me coucher dans ma chambre. Aussitôt, je m'étais couché, aussitôt je m'endormis. Durant une partie de la nuit, je fis un rêve quelque peu troublant.
Bernard Montagnier, était chez lui, ce n'était pas sa chambre du campus, il était en fait dans la maison de ses parents. Et donc, il avait reçu un coup de fil et celui ci venait apparemment de la jeune Jennifer Du Pont. Leur conversation était une conversation typique de deux amoureux. Ils se parlaient avec le téléphone de la ligne fixe de la maison. Jennifer avait dit un truc inquiétant à Bernard mais je ne l'avais pas du tout entendu. La réaction de Bernard était celle d'une personne surprise. Ensuite, il lui a dit: " Ne te fais pas du soucis ainsi, je suis sûr qu'il reviendra et qu'il vous expliquera ce qui lui est arrivé, ne pense pas au pire chérie".
Ensuite, je me réveillai. Je ne comprenais pas pourquoi je m'étais réveillé en plein milieu de ce rêve là. Je n'avais pas eu l'occasion de le terminer mais au moins j'avais entendu l'essentiel. C'était donc là ce que mon esprit voulait me faire voir. Je me levai donc de mon lit et je pris mon carnet de notes. J'en gardais toujours un sur le chevet de mon lit. J'y avais inscrit la phrase que Bernard avait dite à Jennifer car il m'avait semblé qu'elle était très importante. Je me mis donc à réfléchir et à me demander ce qu'avait bien pu dire Jennifer à Bernard ce soir là. J'avais beau essayer de m'en souvenir mais mystère total. Pour en avoir le cœur net, j'eus l'idée de fouiller dans le journal intime de la victime car j'avais scanné les pages de celui ci et donc, je l'avais dans mon téléphone portable. Je me disais que puisque Jennifer avait l'habitude de tout écrire, peut être avait elle écrit ce qu'elle avait dit à Bernard au téléphone ce soir là. Je me mis donc à relire les pages numérisées de ce journal en pleine nuit. Mais au bout de quelques minutes, je fus pris de fatigue et j'arrêtai ma lecture pour me recoucher. De toutes les façons, j'avais déjà noté tout ce que j'avais trouvé intéressant dans ma vision et donc, je pouvais y travailler même après mon réveil. Quand je dormis de nouveau, cette fois, je fis un vrai rêve. Il n'y avait ni Montagnier, ni Jennifer, ni vieil atmosphère, au contraire, il y avait Frédérique. Je ne me souviens pas très bien de ce qu'on avait pu se dire dans mon rêve mais je sais que j'étais très heureux à mon réveil. Il était clair que cette jeune femme ne me laissait pas indifférent. J'avais déjà eu une ou deux amourettes dans le passé mais jamais, au grand jamais je n'avais fait de rêve de l'une d'entre elles. C'était déjà dimanche et j'avais tout plein de chose à faire. Il fallait que j'aille faire un tour chez ma mère histoire qu'elle voit que je suis toujours vivant et en forme. Et ensuite, je me devais d'aller chez Jean Claude. Mais aussi, je devais aller chez le fleuriste pour me procurer les fameuses roses blanches que j'envisageais offrir à la nouvelle maman. Je sentais déjà combien cette journée allait être fatiguante pour moi. Je pris donc une douche et un petit déjeuner vite fait. Ensuite, il fallait me préparer à aller voir ma mère en premier. Je ne lui avais pas dit que j'arrivais mais je connaissais son emploi de temps par cœur donc, je savais bien qu'elle serait chez elle à l'heure où j'arriverais. Je fis d'abord le plein d'essence dans une station service et direction chez maman. Je sonnai à la porte et elle vint m'ouvrir.
- Bonjour chérie, tu ne m'avais pas dit que tu viendrais, je pensais que tu voudrais te reposer aujourd'hui aussi, me dit elle en m'ouvrant.
- Comme ça tu me fais le sermon à la porte maman, fais moi la bise et laisse moi entrer s'il te plaît, dis je.
Je ne l'avais même pas laissé parler que je lui fis directement la bise et j'entrai. Mais grande fut ma surprise quand je vis qu'elle avait de la compagnie. Il y avait effectivement un homme assis dans le salon. Quand je le vis, Je lui passai le bonjour. Je pouvais voir l'expression de gêne sur le visage de ma mère. Elle me tira dans un coin du couloir pour me parler après ça.
- Lui c'est Paul, un bon ami, me dit elle.
- Maman mais c'est qui ce Paul et pourquoi je ne le connais pas?
- En fait, lui et moi ne nous connaissons pas depuis très longtemps.
- Ne t'en fais pas maman, tu as bien le droit de faire ce que tu veux de ta vie, ça ne me gêne pas le moins du monde. C'est juste que j'aimerais savoir si tu es amoureuse de ce "Paul".
Elle me tapota la joue gauche et sourit. Je crois bien qu'elle était amoureuse de ce type mais elle ne voulait rien me dire du tout. Elle avait l'air heureuse et c'était la première fois depuis 16 ans que je la voyais fréquenter quelqu'un. Mais amour ou pas, je me devais d'examiner l'amoureux de ma mère pour être sûr qu'il la mérite bien et qu'il était sérieux aussi.
- Je veux que tu ailles dans le salon et que tu te tiennes bien Frédérique Cheyrou sinon tu auras affaire à moi. Me dit de nouveau maman.
- Ok promis, je vais essayer de bien me tenir, répondis je.
On alla tous les deux dans le salon, rejoindre notre cher invité.
- Bonjour monsieur, moi c'est Fred Cheyrou le fils de ma mère, dis je au monsieur tout souriant en lui tendant la main.
Il se leva et fis de même.
- Bonjour Fred, Paul Digne, je suis vraiment enchanté de faire ta connaissance enfin, ta mère ne cesse de parler de toi.
- Donc, vous vous fréquentez tous les deux si je ne m'a***e, demandais je à ce cher Paul.
Suite à ma question, je pouvais voir le mécontentement de ma mère. Ses yeux avaient rougi, tout ça me rappelait mon enfance, quand je faisais une bêtise. Maman faisait toujours la même tête. On aurait dit qu'elle avait envie de me tuer. La pauvre maman, elle s'attendait à ce que son petit garçon se tienne bien devant leur invité mais malheureusement, il avait fait le contraire. Je sentais que c'était cuit pour moi, c'était sûr qu'elle me tuerait après tout ça. Mais qu'est ce que j'y pouvais, c'était mon instinct de fils jaloux qui avait parlé à ma place.
- Et bien, je suis encore au point de la courtiser, J'espère qu'elle acceptera finalement, dit Paul.
Quelle grosse cachottière ma mère faisait ! Elle avait un prétendant et n'avait même pas daigné m'en parler. Peut-être pensait elle que cela ne m'arrangerait pas qu'elle ait de nouvelles relations amoureuses. Mais ce qu'elle ne savait pas était que je m'inquiétais de la savoir toute seule tout le temps. Je n'avais qu'un souhait c'était de la savoir de nouveau en couple. Ça faisait 16 longues années que mon père nous avait quitté et ma mère devait refaire sa vie. Je ne lui avait jamais parlé de ma façon de penser donc voilà pourquoi elle ne m'avait pas parlé de cet homme.
- Paul, si vous faites la cour à ma mère, ça veut dire que vos ressentez des choses à son égard. Dites moi donc, combien aimez vous ma mère ?
Ma question était comme la goutte d'eau débordante du verre d'eau. Je pouvais sentir l'odeur de la rage que dégageait ma mère. Elle ne me savait pas si bavard or moi, je voulais juste sonder le monsieur. Je savais bien que ma mère ne lui donnait pas des réponses à cause de moi et donc je devais me rassurer de leur sentiment à tous les deux.
- Pour tout vous dire jeune homme, je ne saurais exprimer ce que je ressens à l'égard de votre mère. Je sais juste que je me sens bien en sa compagnie. Et aussi, quand elle n'est pas avec moi, elle me manque énormément, dit ce cher Paul.
Suite à ces déclarations, je me lévai pour m'en aller.
- Tu sais maman, je l'aime bien. Tu ne devrais pas te préoccuper de ce que je pourrais penser car moi, ton bonheur me suffit. Je pense que tu as porté le deuil pendant assez longtemps.
Après ces mots, je m'en allai pour les laisser seuls car ils en avaient bien besoin.