Chapitre 24

2094 Mots
Tout était enfin clair dans ma tête, je me souvenais enfin de tout comme si c'était dans cette vie. Voir Jennifer devant moi avait fait ressurgir tellement de bon souvenirs mais aussi les mauvais. Je m'étais rappelé de tout l'amour que nous portions l'un à l'autre, je m'étais aussi rappelé de toute la peine et la tristesse qu'avait engendré sa disparition. Ma vie avait pris un tout autre tournant après son assassinat, j'avais tout perdu. Je n'avais que 20 ans mais j'avais tout perdu. J'avais perdu l'amour de ma vie, ma liberté mais aussi la paix. En voyant Jennifer, tous mes souvenirs de mon ancienne vie défilaient dans ma tête comme des images d'un diaporama. Je me souvenais très bien de comment avaient été mes derniers mois sur terre en tant que Bernard Montagnier, je me souvenais plus que tout de cette fin d'année de 1948. Je me souvenais de cet hiver froid que j'avais passé dans cette prison à supplier le ciel de nous rendre justice à Jenny et à moi. Je revoyais l'image ma mère, ma pauvre mère, c'était son regard qui m'avait brisé le cœur à l'époque. Je revoyais désormais tout claire dans ma tête. - Bernard, si tu savais pendant combien de temps je t'ai attendu dans cet endroit, j'ai cru que tu ne reviendrais jamais, me dit Jenny. - Après mon exécution, je n'ai plus aucun souvenir. Mais je suis né de nouveau et je m'appelle Frédéric Cheyrou dans cette vie, dis je. Elle m'enlaça. Ça me fis un grand bien de ressentir son corps contre le mien. J'aurais aimé rester dans cette position avec elle pendant l'éternité. Et pendant que mes souvenirs ressurgissaient, il me vint en tête une question très primordiale. La réponse à cette question était le clé du mystère derrière lequel je courais depuis longtemps déjà. - Jenny, j'aimerais que tu me dises ce que tu sais sur la personne qui t'a hôtée la vie. Qui était ce? Demandais je. - Oh Bernard ! cette information n'est pas à ma portée malheureusement, me dit elle. - Mais c'est impossible ! Tu as forcément vu quelque chose, ou quelqu'un, dis je. - Ça, je ne m'en souviens pas. Mais je sais pourquoi je suis avec toi aujourd'hui, me dit de nouveau Jenny. - Pourquoi donc nous sommes nous retrouvés ici? Quel est cet endroit ? Demandais je. - Une question à la fois je te prie. Je ne saurais te dire quel est le nom de cet endroit car moi même je ne le connais pas. Tout ce que je sais c'est que je suis là pour te venir en aide. Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire par me venir en aide. J'avais tout plein de questions à lui poser mais il était évident qu'elle n'avait l'intention de rien me dire. Mais de tout ce qui me perturbait en ce moment précis, c'était la raison de ma présence dans cet endroit. Je ne savais même plus si c'était un rêve ou alors la réalité. Soudain, elle me tendit sa main pour que je la suive. Et moi, sans même réfléchir, je lui donnai la mienne et tous les deux, on se retrouva ailleurs. Je n'avais aucune idée de l'endroit où nous avions atterri mais j'avais pu remarquer que l'atmosphère avait changé. La température n'était plus douce, elle était normal, un peu comme en plein printemps. J'avais tout d'abord pris le soin de bien observer l'endroit où l'on avait atterri avant de questionner Jennifer. - Mais où sommes nous Jenny? lui demandais je. Elle me regarda puis me lança un sourire. - Sois attentif et tu verras que tu connais bien cet endroit, me dit elle. J'avais déjà pris le soin de jetter un coup d'œil bref à cet endroit mais il ne m'avait pas paru familier. Mais puisque Jennifer avait l'air vraiment sûre d'elle, je regardai encore l'endroit avec beaucoup d'attention cette fois ci. Mon observation avait mis du temps mais c'est au bout de plusieurs minutes que j'ai fini par m'en souvenir. Une magnifique verdure, de grands arbres, une petite rivière, le chant des oiseaux et ce sentiment de sérénité que je ressentais, cela ne faisait aucun doute, nous étions dans un petit bois pas loin du campus de l'université. J'adorais y aller pour me réfugier à chaque fois que je me sentais lourd et perdu. Cet endroit était très spécial pour moi, voilà pourquoi j'y avais amené Jennifer. Je l'aimais plus que tout et je voulais qu'elle sache absolument tout sur moi. J'avais l'habitude de m'y rendre et j'y restais pendant de longues heures, ça m'aidait à déstresser. - Mais pourquoi m'as tu amené dans cet endroit Jenny? Lui demandais je. - Et bien, c'est pour que tu te souviennes de tout, dans cet endroit, je t'ai parlé d'une chose très importante, mais tout comme toi, je n'aurais pas pu imaginer que de cette chose viendrait notre malheur à tous les deux. Cette conversation, la toute dernière que nous avions eu dans cet endroit, c'est elle, la clé du mystère qui a ramené ton esprit. Je sais bien que tu as du mal à t'en rappeler mais la seule chose que je puisse te dire, c'est de te concentrer. Je sais bien que tu y parviendras. Déclara Jennifer. - Ne trouves tu pas qu'il serait beaucoup plus simple que tu me dises la vérité ?Lui demandais je de nouveau. - Dire la vérité ? Tu aimerais que je te révèle l'identité de mon assassin n'est ce pas? Ce n'est malheureusement pas possible car je ne m'en souviens plus. Je fais juste ce que je dois faire, rétorqua elle. - Pourquoi parles tu comme si tu étais en mission? Lui demandais je une fois de plus. - Et bien, tout simplement.parce que je le suis. Tu sais, si je suis là, c'est bien pour toi, me dit elle. - Comment ça tu es là pour moi ? demandais je. - Après mon assassinat il y'a quelques années, tu fus arrêté et condamné pour meurtre. Mais le jour de ton exécution à la guillotine, tu as fais une sorte de promesse.Cette promesse est la raison pour laquelle ton âme n'a jamais pu connaître la paix. Voilà pourquoi tu es revenu, tout simplement parce que ta parole d'opprimé a été entendu par celui qui est juste et qui peut tout. Et tout autant que toi, je suis impliqué dans cette affaire, redit elle. J'avais bien compris où elle voulait en venir quand elle parlait de celui qui peut tout. Néanmoins, je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire par la promesse que j'avais faite. Je ne m'en souvenais pas clairement. Je me rappelais de la période où j'étais en prison, mais je ne me souvenais pas vraiment de mon dernier jour sur terre. Tout ce que je savais, c'était que je n'avais cessé de clamer mon innocence. Mais j'avais la profonde conviction que tout deviendrait clair avec le temps. - Quand tu as parlé de promesse tout à l'heure, de quoi voulais tu parler si je ne m'a***e ? demandais je à Jennifer. - Je me doutais bien que tu ne t'en souviendrais pas, c'était un moment très intense pour toi. Moi non plus je ne sais pas ce qui s'est passé ce jour là mais, j'ai juste la capacité de te ramener à cette période du passé mais tu seras celui qui luttera pour faire revivre tes propres souvenirs, me dit elle. - Mais donc, si je comprends bien, quand on est décédé on n'a pas la capacité d'être au courant de ce qui se passe sur terre? dis je. - Je ne saurais parler pour toutes les personnes décédées mais pour ce qui est de mon cas, je me suis retrouvée ailleurs après mon décès et je n'ai pas su ce qui s'est passé juste après, déclara t-elle. - Je comprends bien ce que tu dis. Mais pourquoi es tu là aujourd'hui ? Et pourquoi suis je là aussi? - Je suis là parce que j'ai été envoyé. Je t'ai attendu pendant longtemps et tu n'es jamais venu, dit elle. - Sais tu par le plus grand des hasards où est ce que j'étais passé pendant ce temps? Dis je. - Je n'ai pas le droit de te le dire car tu n'es pas mort encore mais sache juste que ton âme errait en attendant ta renaissance, me répondit elle. C'était donc ça ! Mon âme avait erré en attendant qu'elle ait l'occasion de renaître. Qu'est ce que tout cela me semblait étrange ! Il s'agissait de moi et de mon histoire mais je ne m'en souvenais carrément pas. J'en étais même arrivé au niveau où ma présence dans cet endroit ne m'étonnait guère. J'avais entendu tout un tas de chose extraordinaire avec Jennifer et je ne savais même pas si je quitterais cet endroit un jour. Jennifer et moi étions toujours dans le petit bois tout près du campus de l'université de Bordeaux. Mon cerveau réfléchissait à grand nombre de choses à la fois. Jennifer m'avait dit que les réponses que je recherchaient se trouvaient dans les conversations que nous avions eu la dernière fois que nous étions tous les deux dans ce bois. Je ne m'en souvenais pas mais au moins, je savais que je devais faire beaucoup d'efforts pour avoir une chance de découvrir la vérité. Tout se trouvait en fait dans ma mémoire donc il fallait de je fasse preuve de concentration mais aussi de beaucoup de logique. Soudain, Jennifer me tendit une fois de plus sa main afin que je lui donne aussi la mienne, et c'est ce que je fis sans même hésiter. L'endroit où nous avions atterri après cela était lugubre. Quand j'ouvris mes yeux pour bien observer, je fus saisi d'une peine indescriptible, on aurait dit que mon cœur saignait de tristesse. Il n'y avait aucun doute pour moi, nous étions à l'endroit que j'avais le plus détesté de ma vie en tant que Bernard Montagnier, nous étions dans cette horrible prison qui m'avais accueillie pendant les dernières semaines de ma vie. Ces semaines n'avaient pas juste été les dernières de ma vie mais elles avaient aussi été les pires de ma vie. Me retrouver une fois de plus dans cet endroit avait réveillé de très mauvais souvenirs en moi. Je revoyais toutes les bastonnades que j'avais reçu des autres prisonniers et je ressentais tous les coup comme si je les recevais à l'instant même. Hors mis peine et douleur, je ressentais aussi beaucoup de dégoût et de colère. Toutes ces émotions et ces souvenirs avaient réussi à envahir mon esprit en l'espace de quelques secondes. - Te souviens tu Bernard de ce jour? me demanda Jennifer. - Comment pourrais je ne pas m'en souvenir, c'était le pire jour de ma vie, répondis je. Cette fois ci, tout était différent du dernier endroit où elle m'avait emmené. Là bas, je n'avais vu que l'environnement qui nous entourait, mais ici, je revoyais tout ce qui m'était arrivé ce jour là, tel un horrible film. Je n'avais pas fermé l'œil cette nuit là, la nuit qui précédait mon malheur. Je me voyais assis sur mon lit à pleurer. Je pouvais bien ressentir tout ce que j'avais eu à ressentir cette nuit là. J'étais pris d'une grande colère, c'était la colère d'un homme qui avait connu une injustice. Je pleurais parce que je savais que Jennifer autant que moi n'avions pas eu la justice qu'on méritait. Et là, je me mis à avoir tout plein de souvenirs, c'était les mêmes que ceux que je voyais dans cette prison. Je pensais à tous ceux que j'aimais. Je pensais à mes parents, à mes amis mais surtout à ma chère Jenny. Et pendant que mon cœur était dans la confusion, je regardai Jenny et elle ne montrait aucune émotion. Elle ne ressentait pas tout cela avec la même intensité. Au pire, on aurait dit qu'elle ne voyait même pas ce que je voyais ou alors, elle n'appartenait plus au même monde que moi. J'étais placé là et j'avais tout vu. Je pouvais voir le gardien qui était venu me réveiller très tôt ce matin là mais, il ignorait complètement que je n'avais pas pu fermer l'oeil de la nuit. Qui est ce qui oserait dormir quand il est destiné à faire face à son destin le lendemain ? Je pense bien qu'aussi humains que nous sommes, nous n'en sommes pas capable. Mes camarades de cellule m'aidèrent à me préparer ce matin là mais moi, je n'avais dit mot à personne.
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