Chapitre 1: Le Menu de la Tentation
Kendal
Le service de midi battait son plein dans une cacophonie familiĂšre. CâĂ©tait cette heure de pointe oĂč les odeurs de viande grillĂ©e se mĂȘlaient aux parfums trop forts des clients pressĂ©s, oĂč le cliquetis des couverts sur la porcelaine formait un fond sonore ininterrompu. Je circulais entre les tables avec cette aisance que l'on acquiert aprĂšs des mois Ă porter des plateaux chargĂ©s, mais aujourd'hui, l'air semblait plus dense. Plus chargĂ©.
âDĂšs quâils ont franchi le seuil de « LâAlibi », le brouhaha a semblĂ© baisser dâun ton, comme si le restaurant lui-mĂȘme retenait son souffle. Je les ai repĂ©rĂ©s Ă l'instant prĂ©cis oĂč leurs silhouettes ont dĂ©coupĂ© la lumiĂšre de l'entrĂ©e. Ils n'ont pas cherchĂ© de place ; ils ont marchĂ© droit vers la table 12, celle du fond, lĂ oĂč l'ombre est assez complice pour Ă©touffer les secrets.
âEn m'emparant de deux menus sous le bras, j'ai senti ce picotement familier remonter le long de ma colonne vertĂ©brale. CâĂ©tait mon instinct qui se rĂ©veillait, cette part de moi qui adore le danger. Je ne suis pas du genre modeste, la gĂ©nĂ©tique a Ă©tĂ© dâune gĂ©nĂ©rositĂ© presque indĂ©cente avec moi. Jâai ce que les habituĂ©s appellent un « visage de madone » : des traits fins, des lĂšvres charnues et des yeux clairs qui inspirent lâinnocence. Mais le reste de mon corps raconte une tout autre histoire. Une histoire de courbes audacieuses et de promesses provocantes.
âMa robe de service, pourtant choisie Ă ma taille, luttait une bataille perdue dâavance. Le tissu noir stretch Ă©pousait ma poitrine gĂ©nĂ©reuse avec une telle ferveur que chaque inspiration profonde semblait ĂȘtre un dĂ©fi jetĂ© Ă la dĂ©cence. Ă chaque pas, le balancement de mes hanches larges et de mon fessier rebondi agissait comme un mĂ©tronome hypnotique. Je sentais les regards des autres clients dĂ©vier de leurs assiettes pour se fixer sur la cambrure de mon dos, mais je n'en avais cure. Mon attention Ă©tait dĂ©jĂ rivĂ©e sur le fond de la salle.
âArrivĂ©e Ă leur hauteur, le choc a Ă©tĂ© plus v*****t que prĂ©vu.
âIls Ă©taient deux. Mais quels hommes. C'Ă©taient deux forces de la nature, deux colosses dont la simple prĂ©sence semblait rĂ©duire l'espace vital du restaurant. Ils occupaient tout le volume de la table 12, leurs carrures massives rendant les chaises en bois presque dĂ©risoires. Sous le tissu impeccable de leurs costumes â gris anthracite pour lâun, bleu nuit pour lâautre â on devinait une musculature d'Ă©lite, des pectoraux saillants et des bras dont la circonfĂ©rence aurait pu briser des certitudes.
âLeurs barbes, sombres et denses, Ă©taient taillĂ©es avec une prĂ©cision chirurgicale, soulignant des mĂąchoires carrĂ©es qui transpiraient lâautoritĂ© et une virilitĂ© dĂ©vastatrice. Ils ne ressemblaient pas Ă des clients ordinaires. Ils ressemblaient Ă des propriĂ©taires. Des hommes habituĂ©s Ă ce que le monde s'Ă©carte sur leur passage.
ââ Bonjour, je mâappelle Kendal. Je serai votre serveuse aujourdâhui, ai-je articulĂ©, tentant de stabiliser ma voix.
âMon timbre a trahi une lĂ©gĂšre vibration, une note de dĂ©sir involontaire qui a flottĂ© dans l'air entre nous. Ils ont levĂ© les yeux en mĂȘme temps, un mouvement parfaitement synchronisĂ© qui m'a donnĂ© le vertige. Ce nâĂ©tait pas un regard, câĂ©tait un scanner. Un examen lent, dĂ©libĂ©rĂ©, et d'une impudeur totale.
âLeurs yeux ont commencĂ© par mon visage, capturant le rouge qui montait Ă mes joues, avant de descendre sans aucune gĂȘne sur mon dĂ©colletĂ© plongeant oĂč ma poitrine s'agitait au rythme de mon souffle court. Puis, ils ont glissĂ© sur ma taille marquĂ©e, s'attardant sur la rondeur de mes hanches avant de remonter Ă mes yeux. L'un d'eux, celui au costume bleu, a esquissĂ© un sourire en coin. Un sourire de chasseur qui vient de repĂ©rer une proie particuliĂšrement exquise.
âLâair est devenu instantanĂ©ment Ă©lectrique, saturĂ© dâune tension charnelle que le menu du jour ne pouvait expliquer. Le silence qui suivit ma prĂ©sentation Ă©tait pesant, chargĂ© dâune Ă©lectricitĂ© statique qui faisait dresser les petits cheveux sur mes bras. Ils ne me lĂąchaient pas. Ils me dĂ©voraient en silence, communiquant entre eux par des regards que je ne pouvais dĂ©coder.
âCelui que je devais plus tard identifier comme FĂ©lix â le costume bleu â a brisĂ© le silence dâune voix grave et profonde, une voix de basse qui a fait vibrer quelque chose de trĂšs enfoui dans mon bas-ventre.
ââ On va prendre deux burgers maison, frites croustillantes, et deux Coco glacĂ©s, Kendal.
âIl avait prononcĂ© mon prĂ©nom comme s'il le goĂ»tait dĂ©jĂ . Comme s'il l'avait dĂ©jĂ marquĂ© de son empreinte.
ââ TrĂšs bien⊠je vous apporte ça rapidement, ai-je rĂ©pondu en tentant de maintenir un sourire professionnel, bien que mes mains tremblent lĂ©gĂšrement sur mon carnet.
âJe savais quel effet jâallais produire en repartant, et je nâallais pas les dĂ©cevoir. Jâai entamĂ© une retraite calculĂ©e, chaque mouvement de mon corps Ă©tant une invitation silencieuse. Consciente que leurs quatre yeux Ă©taient rivĂ©s sur mon dos, jâai accentuĂ© le balancement de mes hanches, faisant onduler mon fessier avec une lenteur provocante. En franchissant le comptoir, jâai jetĂ© un regard par-dessus mon Ă©paule. Ils Ă©taient calĂ©s au fond de leur siĂšge, les yeux fixĂ©s sur ma cambrure, un air d'apprĂ©ciation pure sur le visage, comme s'ils venaient de commander bien plus que de la nourriture.