
PROLOGUE LE POINT DE VUE DE SCOTT La lune est pleine. Je le sens avant même de la voir. Dans mes os. Dans mon sang. Dans le loup qui griffe ma cage thoracique et réclame ce qui lui manque. Elle. Chaque pleine lune est une épreuve, mais celle-ci est différente. Plus violente. Plus instable. Mon souffle est court, mon cœur bat trop vite. La folie lunaire rôde, tapie dans l’ombre de mon esprit, prête à me dévorer si je faiblis. Un Alpha ne faiblit pas. Je suis né pour diriger. Pour protéger. Pour tenir la meute droite quand le chaos menace. Pourtant, ce soir, je suis celui qui menace de perdre le contrôle. Parce que je suis seul. Parce que ma Luna n’est toujours pas à mes côtés. Les anciens disent que le lien se manifeste comme une évidence. Une certitude absolue. Une reconnaissance instinctive. Mensonges. Le lien est une t*****e quand l’autre n’est pas là. Je ferme les yeux et inspire profondément. L’air nocturne transporte mille odeurs familières la forêt, la terre humide, les loups de ma meute mais aucune ne calme la brûlure qui me ronge. Il manque quelque chose. Quelqu’un. Je serre les poings. Quelque part, elle existe. Je le sais. Mon loup le sait. Et ce soir, j’ai la désagréable sensation que le destin est sur le point de se rappeler à moi… que je le veuille ou non. LE POINT DE VUE DE SKYE La nuit est trop silencieuse. C’est ridicule, je le sais. J’ai choisi de vivre ici pour le calme, pour l’espace, pour la liberté. Pourtant, ce soir, le silence me donne la chair de poule. Comme si le monde retenait son souffle. Je coupe le moteur et reste immobile quelques secondes, les mains encore crispées sur le volant. Fatigue, je me dis. Rien d’autre. Les journées trop longues finissent toujours par jouer des tours à l’imagination. Pourtant… Mon instinct murmure autre chose. Je descends de la voiture et referme la portière d’un coup sec. La lune éclaire les pâturages d’une lueur irréelle, presque surnaturelle. Un frisson me parcourt l’échine sans que je puisse l’expliquer. J’ai cette sensation étrange. Celle d’être observée. Attendue. Je secoue la tête et ris nerveusement. Génial, Zoe. Maintenant tu te fais peur toute seule. Je fais quelques pas vers la clinique quand une odeur inconnue flotte dans l’air. Quelque chose de chaud. De sauvage. Mon cœur accélère sans raison logique. Ce parfum n’a rien de familier, pourtant il m’atteint au plus profond, comme un souvenir que je n’aurais jamais vécu. Je m’arrête net. — C’est n’importe quoi…, murmuré-je. Et pourtant, mon corps ne ment pas. Mes sens sont en alerte. Mon souffle se fait plus court. Une part de moi une part que je ne reconnais pas semble tendue vers quelque chose d’invisible. Comme si, quelque part dans l’obscurité, quelqu’un venait de lever la tête au même instant que moi. LE POINT DE VUE DE SCOTT Elle est là. Je n’ai aucune preuve. Aucun signe tangible. Mais mon loup se redresse brusquement, en alerte, comme frappé par la foudre. Une vague de chaleur me traverse, si intense que je dois m’agripper au volant. — p****n… Mon cœur s’emballe. L’air change. Le monde change. Une odeur nouvelle s’infiltre dans mes poumons, fragile et puissante à la fois. Humaine. Impossible. Et pourtant… Elle m’appelle. Mon instinct hurle. Chaque fibre de mon être se tend vers cette présence inconnue qui me semble pourtant essentielle. Je n’ai jamais ressenti ça. Jamais. Si je ne la trouve pas… Je n’y survivrai pas. LE POINT DE VUE DE SKYE Mon téléphone vibre dans ma poche, me tirant sursaut. Je le sors trop vite, le fais presque tomber. Rien qu’un message banal. Rien qui justifie ce sentiment d’urgence qui me serre la poitrine. Mais je n’arrive pas à me détendre. Je relève les yeux vers la forêt, baignée de clair de lune. Les arbres semblent trop proches. Trop immobiles. Comme s’ils observaient eux aussi. Une pensée absurde me traverse l’esprit. Et si ma vie était sur le point de basculer ? Je chasse l’idée d’un haussement d’épaules et reprends ma marche. Je ne crois pas au destin. Je crois au travail, aux choix, aux causes et aux conséquences. Pourtant, au fond de moi, quelque chose chuchote que je viens de franchir une ligne invisible. Que je suis déjà trop loin pour faire demi-tour. LE POINT DE VUE DE SCOTT Elle est humaine. Je le sens. Et cette vérité est à la fois une délivrance et une condamnation. Aimer une humaine est une faiblesse. La revendiquer, un danger. La perdre… une certitude. Mais le lien est là. Brûlant. Irrévocable. Je n’ai plus le choix. LE POINT DE VUE DE SKYE Je ne sais pas encore son nom. Je ne sais pas ce qu’il est. Ni ce qu’il fera de moi. Je sais seulement une chose. Cette nuit-là, sous la pleine lune, quelque chose ou quelqu’un m’a trouvée.

