CHAPITRE 03

946 Mots
SCOTT À mesure que je m’éloigne du manoir, mon loup s’apaise peu à peu. La meute running se déroule sans nous, et je sens bien que l’idée de courir avec les autres le titille. Je fais comme s’il n’existait pas, monte le son de la radio et profite du silence. Un luxe rare. Être alpha d’une meute aussi agitée que la mienne, et vivre dans le manoir principal, signifie une chose simple : je ne suis jamais seul. Depuis que je suis devenu alpha régional, c’est encore pire. Dix meutes sous ma responsabilité… autrement dit, je n’arrête jamais. Et ça me plaît. C’est ce que j’ai toujours voulu. J’ai bossé comme un fou pour en arriver là. Je me souviens encore du jour où le conseil m’a choisi. La fierté. La satisfaction. Mais chaque réussite a son revers. Dans mon cas… c’est l’absence totale d’intimité. Même enfermé dans mon bureau ou dans mes quartiers, il y a toujours quelqu’un, toujours quelque chose à gérer. Une urgence. Un dossier. Une décision. Depuis que j’ai pris ce poste, je n’ai pas eu un seul vrai jour de repos. Le chalet, c’est ma seule échappatoire. Là-bas, personne ne frappe à la porte. Personne ne réclame mon attention. Personne ne m’observe. Je peux enfin respirer… baisser la garde. J’aimerais y aller plus souvent. Même si je continue à travailler sur mon ordinateur, au moins… je suis seul. Mais rester coupé du monde ne m’aidera pas à trouver ma compagne. Je frotte ma barbe naissante, agacé. Voilà le prix à payer. Passer mon temps à courir entre les meutes m’empêche de chercher celle qui m’est destinée. Et aujourd’hui… j’en suis réduit à fuir, comme un lâche, pour éviter que les miens découvrent que je perds le contrôle. Seul. Sans compagne. Si c’est ça, le succès… je commence à douter d’en vouloir. La sonnerie de mon téléphone me tire de mes pensées. Je serre les dents, force un sourire avant de décrocher. Pas question de laisser filtrer quoi que ce soit. — Jenna ? Je sais déjà. Je vois déjà son regard inquiet, sa panique en réalisant que je suis parti sans prévenir. Et Jenna déteste ne pas tout contrôler. — Max m’a dit que tu étais parti, mais le chalet n’est pas prêt, Scott. Si tu comptes rester plusieurs jours, il faut que je m’en occupe. Tu aurais dû me prévenir. Elle parle vite. Derrière elle, j’entends du bruit. La meute a sûrement terminé la course. Ils doivent être en train de boire, rire, profiter. Sans leur alpha. — Ne t’inquiète pas. C’était imprévu. Je vais gérer. Je ne veux pas qu’elle s’en mêle. Jenna est trop observatrice. Trop intelligente. Elle connaît mon emploi du temps mieux que moi. Elle a déjà compris que quelque chose cloche. — Arrête, je vais préparer des affaires et te rejoindre. Je peux t’aider comme d’habitude et— — Non ! Le silence tombe d’un coup. Merde. — Désolé… je suis fatigué. Vraiment. Ne t’occupe pas de moi. Je vais acheter ce qu’il faut en route. Je serai seul, ça ira. — D’accord… marmonne-t-elle. Je lève les yeux au ciel. Non, ce n’est pas d’accord. Elle est vexée. Mais elle sait que quand j’ai décidé quelque chose, inutile d’insister. — Scott… Je m’apprête à raccrocher, mais elle me coupe. — J’ai vu tes mains tout à l’heure. Je sais. Et ça m’inquiète. Parle-moi. Une porte claque de son côté. Elle s’est isolée. Et ça m’agace. Je n’ai pas besoin d’une deuxième personne dans cette histoire. Max suffit largement. Ce qui m’arrive ne regarde personne. Un alpha ne montre pas ses failles. Encore moins à toute sa meute. — Tout va bien, Jenna. J’ai juste besoin de souffler et de travailler tranquillement. Et puis… je ne suis pas encore si vieux. J’ai encore du temps pour trouver ma compagne. J’essaie de plaisanter. Mais son silence me trahit. Elle n’y croit pas. — Tu veux dire… que tu envisagerais une compagne choisie ? Il y a de l’espoir dans sa voix. Elle veut m’aider. Elle a toujours voulu. On a déjà parlé de ça… du cas où on ne trouverait jamais nos partenaires. Mais pour elle, ce n’est pas urgent. Pour moi… ça l’est. — Peut-être. Bon, je dois te laisser, j’ai un autre appel. Mensonge. Mais j’en ai assez. — Fais attention sur la route. Je raccroche sans répondre. Jenna est importante pour moi. Elle gère tout ici. Mais ma vie privée… ça ne regarde que moi. J’ai besoin de garder quelque chose pour moi. Je laisse échapper un long soupir et m’enfonce dans mon siège. Depuis quand ma vie sentimentale est devenue un sujet collectif ? Il faut que ça s’arrête. Maintenant. Sinon, le mois prochain va être un enfer. Au loin, une enseigne rouge clignote dans la nuit : Chez Earl. À côté, une petite station-service avec une épicerie. L’endroit est presque vide. Deux voitures, pas plus. Je dois faire des courses pour le chalet, de toute façon. Et mon loup… devient nerveux. Quand je sors de la voiture, une odeur m’atteint. Subtile. Enivrante. Mon loup se redresse d’un coup. Je comprends immédiatement. Elle était là. Il y a peu. À l’intérieur, mon loup devient incontrôlable, grattant, hurlant, prêt à surgir pour suivre cette trace. Je ferme les yeux un instant et inspire profondément. C’est… la plus belle odeur que j’ai jamais sentie. Je scrute les alentours. Rien. Aucune voiture en mouvement. Peut-être que quelqu’un l’a vue. Je me dirige vers l’épicerie sans hésiter. Une clochette retentit quand j’entre. Un adolescent relève la tête, surpris de me voir arriver droit sur lui. Mon corps s’embrase. Mon sang bouillonne. Mon cœur s’emballe. Ma compagne. Enfin.
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