Chapter 8

2020 Mots
SuperGarce est dans la société depuis plus longtemps que moi, depuis la création pratiquement. Elle a connu Beresford et Walker à Harvard. D’où je lui reconnais un certain intellect même si elle a acheté sa place à Harvard, il faut se le coltiner l’examen du barreau. Bref, elle est là, devant moi à venir m’enquiquiner au milieu de la journée pour je ne sais quelle raison, en jupe ridiculement courte et en chemisier vulgairement moulant et décolleté. Le ridicule ne tue pas d’accord, m’enfin quand même… elle ne doute de rien. – Où est-il ? siffle-t-elle à moitié entre ses dents en gigotant dans tous les sens pour tenter de contenir son agacement. Ha oui, et elle a jeté depuis des années son dévolu sur Beresford qui ne lui a jamais accordé un regard. C’en est très drôle. Même si par moment je la plains un peu. Bah oui ça ne me ressemble pas mais quelque part Candice reste une femme et être dédaignée de la sorte c’est pas joli, joli… Mais comme je ne supporte pas cette g***e et que c’est réciproque, mon empathie s’envole rapidement. – Il n’est pas là, je lui réponds avec un sourire étincelant de parfaite assistante, puis-je prendre un message ? – Je sais qu’il n’est pas là petite idiote ! Pamela me l’a dit quand j’ai voulu entrer dans son bureau ! Pamela a le bureau qui se trouve devant la porte de celui de monsieur Beresford, comme une anti-chambre du roi de la société. C’est quoi cette comparaison pourrie ? J’aurais pu trouver mieux quand même ! Alors quoi ? Moi j’ai le bureau adjacent genre les appartements de la maîtresse cachée ? Non mais je raconte n’importe quoi, je divague complètement. Je manque sûrement de caféine… ou j’en ai trop bu. Ha, je crois que l’autre dinde attend une réponse de ma part. Je soupire. – Cela ne vous regarde pas, donc je répète, voulez-vous lui laisser un message ? Elle renifle dédaigneusement et croise les bras. – Si vous êtes là c’est qu’il n’est pas loin… non, je repasserai plus tard. SuperGarce fait un demi-tour version l’Oréal et s’en va en roulant des hanches. J’éclate de rire. Non mais faut avouer que c’est drôle de la voir se pavaner. Je rentre tard chez moi. Avec un soupir de soulagement, j’enlève mes chaussures et je les balance à travers le salon. Joyce arrive de la cuisine quand elle m’entend claquer la porte de l’entrée. Elle porte le tablier de cuisine et a une spatule en main. Elle me sourit. – Tu rentres tard. – Je ne te le fais pas dire… Beresford était d’une humeur exécrable, SuperGarce m’a en plus tenu la jambe pendant une heure avant d’aller l’emmerder lui… – Emma, ton langage ! me reprend-elle. Je hausse les épaules, je ne suis vraiment pas d’humeur à polémiquer. Elle soupire à son tour, comprenant que je suis vraiment fatiguée. – Allez, laisse la pauvre avocate tranquille et viens manger, ça va refroidir. – Hey ! Non mais elle n’est pas à plaindre, c’est plutôt moi ! Elle glousse. – Tu me feras toujours rire. Je marmonne pour lui montrer que je ne suis pas d’accord mais je vais m’asseoir à table… et elle pose un verre de vin rouge devant moi. Roooh je lève les yeux et croise son regard bleu bienveillant. Cette fille est le messie. – Pas de fête de la musique ce soir ? me demande-t-elle en s’asseyant en face de moi à table avec son propre verre de vin. Je soupire et regarde ma montre avant de lui répondre. – Il est vingt-deux heures trente et je viens juste de rentrer du bureau. Alors ça ne sera pas cette nuit la fête du solstice. Tu as prévu quelque chose ? Joyce baisse les yeux et rougit… ce qui me fait sourire. – Euh… Eh bien… je pensais… – Toujours ton nouveau gars ? je fais avec amusement. Toujours en évitant mon regard elle acquiesce. – Ha mais tu as raison, sortez ! Tu comptes rentrer ? Elle est maintenant aussi rouge qu’une tomate. Hihi c’est marrant. Elle gesticule aussi, très mal à l’aise. Moi je trouve ça drôle. Si ma mère était là, elle me taperait derrière la tête en me disant d’être plus polie et d’arrêter de taquiner cette pauvre Joyce. Mais pourquoi je pense à ma mère maintenant ? Ralala éducation, quand tu nous tiens ! – Je… oui… oui… mais… Je souris toujours. – Je vais enfin le rencontrer ? Elle plonge son regard dans le mien et hoche doucement la tête. – Je… je voudrais que tu le rencontres demain… je voudrais ton avis sur lui avant… avant de vraiment m’attacher… avant d’aller plus loin. Ha ça y est, je ne souris plus. Je fronce même les sourcils. – Joyce, je serai ravie de le rencontrer et de l’emmerder comme je le fais avec tous tes copains mais pourquoi veux-tu autant mon avis cette fois ? Elle soupire, quelque chose entre la lassitude et l’agacement. – Mais parce que je te demande toujours ton avis. – Certes mais là j’ai l’impression que ça va vraiment compter ce que je vais te dire. – Je t’écoute toujours… mais… avec Greg… tu m’avais prévenue… je préfère avoir ton aval. – Je sais, j’ai toujours raison ! Ce n’est pas de la vanité… quoique si, un peu, mais c’est vrai ! D’ailleurs elle me fusille du regard. – Je sais bien que tu as toujours raison sur les gens, c’est pour ça que je voudrais ton avis d’ailleurs. Ça fait quoi ? Trois semaines qu’elle connaît ce gars ? Et elle veut mon avis… quelque chose dans son regard me dit qu’elle y est vraiment attachée. m***e, va falloir que je la joue fine sur ce coup. Ou pas. Ça dépendra de l’énergumène. – Quand ? – C’est vrai ? Tu veux bien ? fait-elle, toute joyeuse. Je renifle dédaigneusement. – Quand est-ce que j’ai refusé de t’aider ? – Ho merci, tu es la meilleure ! Et elle se jette sur moi pour me faire un gros câlin. Je lui rends, quelques secondes, son étreinte avant de la repousser doucement pour attraper mon verre de vin. – Alors, quand ? – Demain soir ? Je fronce les sourcils… demain soir, rien de prévu pour le moment… – D’accord. – Oui, merci ; merci mille fois Emma ! Et elle s’en va, sans doute se préparer pour sa soirée. – Remercie-moi demain, si je n’ai tué personne, je marmonne. Je soupire et prends une grande gorgée de vin. Je n’ai même pas pensé à demander son nom… demain sera une looooooooooooongue soirée. Vendredi 22 juin, deux heures quarante, soit le milieu de la nuit, dans ma chambreLe téléphone sonne. Assise en tailleur sur mon lit avec mon ordinateur portable posé devant moi, en pyjama et mes lunettes posées sur mon nez, je sais que je ne fais pas très sérieuse surtout que mes paupières se ferment toutes seules mais il faut que je termine de relire les commandes des fournisseurs texans. Ce qui est long, fastidieux et totalement insipide. Jonathan Beresford, affiche mon écran. Bah tiens, on s’en serait pas douté à cette heure-là. – Monsieur, je décroche en soupirant. – OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ? D’accord, il est complètement fait. – Sam est parti et vous voulez que je vienne vous chercher ? En fait, je ne pose pas vraiment la question. – Adaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaams ? – Quoi ? – J’ai faiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiim ! – Super, où êtes-vous ? – Euuuuuuuh, prrrrrrrr, ‘sais pas. – Demandez à quelqu’un autour de vous… vous êtes seul ? Vous ne pouvez pas prendre un taxi ? Quoique, la dernière fois qu’il a pris un taxi sans moi, il a donné l’adresse de ses parents pour terminer à l’hôpital car sa mère le pensait au bord du coma éthylique. Mouais, on va éviter les crises cardiaques à madame Thompson. – Bah si mais c’est vous qui… – Je n’ai rien dit… trouvez où vous êtes, j’arrive… Je mets le haut-parleur puis je me lève pour me préparer rapidement. Je l’entends vaguement parler à des gens et finalement c’est un inconnu qui prend le téléphone pour me donner des indications relativement précises de l’endroit où ils sont. Hollywood ? Qu’est-ce qu’il fait dans le quartier d’Hollywood East ? Pfff, puis je ne veux pas savoir en fait. Je baisse l’écran de mon ordi, récupère mes clefs, mon sac à main et mon portable puis je quitte mon appartement. Bon, c’est sûr, demain je demande une augmentation. Je récupère une bonne demi-heure plus tard mon patron dans ma magnifique voiture de fonction (une Koenigseg dont Beresford ne voulait plus… quand je dis qu’il y a quelques avantages à travailler pour un des hommes les plus riches de la planète !). Il monte à l’avant côté passager et il me fait un grand sourire. Je plisse mon nez. Nœud de cravate défait, moitié des boutons ouverts, un pan de chemise sorti du pantalon, veste sur le bras et non sur les épaules, cheveux en bataille (bon d’accord, ses cheveux sont TOUJOURS en bataille… j’ai bien essayé de les lui faire couper mais il refuse, arguant que c’est le secret de son charme… ce qui n’est pas faux… mais quand même !). Je dirais à vue de nez… trois bars, une boîte de nuit où il vient de s’envoyer une totale inconnue et maintenant il est trop cassé pour rester faire la fête. Il me parle, je ne sais même pas de quoi, je n’écoute même plus. A un moment, il décide de chanter et je serre les dents. J’ai envie de le frapper, qu’il se taise ! Mais je me contente d’allumer la radio. Mauvaise idée, il chante encore plus fort. – Mais qu’est-ce que vous faites ? je râle alors qu’il trifouille l’autoradio. – Maiiiiiiiiiiiiiiiis eeuuuuuuuuuuuuuuuuuuuh ! fait-il comme un enfant de quatre ans alors que je pousse sa main. – C’est ma voiture, c’est moi le chauffeur, je choisis la musique. Maintenant fermez-la ! Parce que, évidemment, n’étant jamais loin et ayant le pire karma de la Terre, mon portable se met à sonner. Je mets en sourdine la musique puis j’appuie sur le volant pour décrocher le téléphone qui se connecte automatiquement à la voiture grâce au Bluetooth. J’adore la technologie, ce n’est pas beau franchement ? – Adams. Oui, bref comme ouverture mais ça me saoule de jouer les secrétaires… que je ne suis pas. Donc mon nom c’est largement suffisant. Puis tout le monde y est habitué maintenant. Ou pas. En fait j’en sais rien mais je m’en tamponne l’oreille avec une babouche. – Emma ? Tu es en voiture ? me fait la voix de Joyce. Je jette un coup d’œil à mon patron qui observe le paysage, apparemment totalement indifférent à ce qu’il peut se passer dans l’habitacle. – Oui, je suis avec Beresford. – Ho. – Oui, je dois le ramener chez lui. – Pas trop fatiguée ? s’inquiète-t-elle. Je ne peux retenir un petit sourire. – Ne t’inquiète pas… qu’est-ce que tu voulais ? – Je suis à la maison et je m’étonnais que tu ne sois pas là… je vérifiais que tout allait bien. – C’est gentil, j’espère être rentrée dans deux heures. Elle ne répond rien mais je sens de la désapprobation à l’autre bout du fil. Je ne lui laisse pas le temps de rétorquer et je reprends : – A tout à l’heure Joyce, bonne nuit. – Bonne nuit et bon courage. Nous raccrochons. – C’était qui ? me demande alors Beresford en se tournant vers moi. – Une amie, ça ne vous concerne pas. Il a une expression mortifiée. – Heyyyy mais ce n’est pas juste ! Je hausse un sourcil et lui jette un coup d’œil. – De quoi ? – Pourquoi ne voulez-vous pas me dire ? – Et depuis quand ma vie privée vous intéresse-t-elle ? Il hausse les épaules. – Je ne vous connais pas dans votre contexte naturel… vous n’êtes que travail pour moi, vous y passez votre vie. Bah bien sûr ! Tu ne veux pas un marteau pour plus enfoncer le clou pendant que tu y es ? Les hommes et leur manque de tact ! Ouais, ok, c’est moi qui dis ça… Et me voilà, moins d’une heure plus tard, dans la cuisine de l’immense maison de monsieur Beresford à préparer des pâtes. Il est assis sur un tabouret de l’îlot central, sa tête appuyée sur son poing et il me regarde lui préparer à manger. – Wouaaaaaaaaaaaa, vous êtes trop forte ! me fait-il alors que j’égoutte les pâtes dans l’évier. Je lève les yeux au ciel mais il ne le voit pas. Ce n’est pas comme s’il me faisait la même réflexion à chaque fois. Evidemment que ça n’est pas la première – ni la dernière – fois que je prépare un repas de dernière minute au milieu de la nuit pour monsieur-je-picole-trop-et-après-j’ai-faim-et-je-ne-veux-qu’un-steak-haché-avec-des-pâtes-au-beurre. – Oui je sais, je connais la cuisine mieux que vous. – Ouiiiiiiii, moi je ne sais même pas où sont les fourchettes ! Et j’en pose une à côté de lui à ce moment-là. Sa prévisibilité est effarante. Il sursaute et me regarde avec de grands yeux choqués alors que je lui souris en posant son assiette devant lui. Il attrape l’instrument et commence à tenter de manger. Et avec un naturel totalement désarmant considérant en plus son taux d’alcoolémie, il commence à me parler sans que je l’écoute d’une théorie mathématique quelconque à laquelle je ne comprends rien de toute façon. Je grimace. Ça va être long. Une heure et demie ! C’est le temps de sommeil auquel j’ai eu droit grâce à Beresford. Si d’ordinaire je me gave de caféine, ça n’est rien comparé à aujourd’hui. Je n’ai plus d’hémoglobine, mon sang doit être marron-noir maintenant. Il est quinze heures quand Beresford arrive au bureau. Il passe la tête à l’intérieur de mon bureau, ses éternelles lunettes de soleil sur le nez (bon je ne le blâme pas tant que ça on est quand même à Los Angeles) et il me trouve la tête dans les mains.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER