Chapter 9

2142 Mots
– Bonjour Adams ! Belle journée n’est-ce pas ? Je relève la tête et grimace. Certes il a bien dormi, surtout par rapport à moi, mais comment fait-il pour être toujours si… frais ! ? Moi, avec la cuite qu’il s’est tapé hier, je serais encore dans mon lit à pleurer ma mère en jurant de ne plus jamais boire une seule goutte d’alcool. Pourtant Dieu sait que je tiens l’alcool. – Eh bien quoi ? s’étonne-t-il. Je ne prends même pas la peine de répondre et je reprends mon travail. – Vous m’avez l’air fatigué ma petite Adams, nuit trop courte ? Il y a des claques qui se perdent. Je grince des dents. – La faute à qui ? Il hausse les épaules. – Vous n’aurez qu’à prendre votre journée de demain… J’adore comme il jette ça avec désinvolture. Si je pouvais être aussi je-m’en-foutiste que lui… – Non monsieur, demain il y a la conférence avec New York et après Tokyo. Il fronce à son tour les sourcils. – Mais c’est demain ? Armée de patience… oui je sais, je ne dupe personne, même pas moi-même, je me contente de répondre dans un souffle : – Tout est sur votre bureau. La vidéo conférence commence à neuf heures trente, heure locale. – Donc tout est prêt ? Je n’aime pas beaucoup son insinuation ni son ton soupçonneux. Je plisse les yeux et pose les mains à plat sur mon bureau. – Oui ! Il hoche la tête. – Bien joué Adams, je vais y jeter un coup d’œil. Allez-y, faites donc… de toute façon, il va trouver un ou deux détails pour la forme, râler parce que c’est dans sa nature mais en définitive je ne vais pas l’écouter, je ne vais rien changer et il ne dira rien. Parfois j’ai la désagréable impression qu’on ressemble à un vieux couple. Plus tard, Joyce me téléphone. – Oui ? – Comment vas-tu ? Pas trop fatiguée ? Je regarde ma tasse de café, je dois en être à quatre l****s aujourd’hui et je songe que je vais devoir retourner aux toilettes d’ici dix minutes pour la quarantième fois de la journée… oui, je ne peux décemment pas faire croire que je ne suis pas fatiguée. – Je n’en peux plus. – Tu… tu veux que je décale ce soir ? Je sens la timidité dans sa voix, mais aussi de la résignation. Mais de quoi est-ce qu’elle me parle ? Haaaa mais oui, elle et son mystérieux inconnu que je dois juger ce soir. Je soupire discrètement. Purée, je passe ma vie à soupirer, je suis une chieuse en fait… mais vraiment. Bah, j’aime bien râler, c’est le secret de mon charme. Oui, on va dire ça. Je me perds dans mes pensées… – Non, non, c’est bon Joyce, je serai là. Dis-moi où et quand. Elle me donne le nom d’un bar-resto hyper branché de la ville, le contraire m’aurait étonné aussi. Elle m’ordonne de bien m’habiller et de dormir un peu avant de venir la rejoindre vers vingt heures. Je raccroche. Mon ordinateur m’indique qu’il est déjà seize heures. – Que faites-vous ? Je sursaute. Beresford est à l’entrée de mon bureau et il a les bras croisés. Pourquoi est-ce qu’il ne frappe jamais ? Il a le don de me faire sursauter à chaque fois. – Je travaille Monsieur ! J’ai plus craché que parlé d’ailleurs. Il hausse un sourcil. – Je rentre chez moi… Je me lève, récupère ce qui doit être signé, les papiers qu’il doit lire et je le suis jusqu’à l’ascenseur en commençant mon baratin habituel. Il signe comme d’habitude sans lire et je termine alors que Sam lui apporte sa voiture à l’entrée de l’immeuble. Le chauffeur/garde du corps à l’occasion lui tend les clefs et mon patron se tourne vers moi lorsque je me tais enfin. – C’est tout ? – Et je veux une augmentation. Il hausse un sourcil puis me sourit. Il entre dans sa voiture côté conducteur en me répondant : – Vous avez raison, jouer les cuisinières et les taxis au milieu de la nuit vous vaut bien une augmentation. Il est ironique, je le sais. Et ça m’agace. Je croise les bras sans quitter son regard. Il ouvre sa fenêtre et pose son coude dessus. – Eh bien ? Je vous ai dit oui, faites votre job maintenant ! Et il démarre et s’en va… comme ça. Hihi, j’adore les rapports de cet homme avec l’argent. En même temps, il en a tellement qu’il ne sait jamais combien il a sur ses comptes en banque… les sommes changent toutes les minutes, nan sérieux, j’ai observé plus d’une fois les comptes et… c’est du grand n’importe quoi. BREF, j’ai déjà eu une augmentation un an après mon arrivée et maintenant une autre… donc je vais bientôt avoir un salaire double de celui de mon arrivée. Allez, cent mille dollars par an. Autant qu’un cadre supérieur. Paf, dans les dents ! Non mais je les mérite quand même. Avec un sourire, je rentre au siège social, je passe par la comptabilité puis le service des avocats et les ressources humaines pour leur parler de mon augmentation. Il n’y a que SuperGarce qui râle, arguant que je n’ai aucune preuve, blablabla… mais je ne l’écoute plus et je pars. De toute façon, tout le monde sait que je fais ce que je veux ici. Même elle. Ce qui la rend dingue. – Depuis quand les secrétaires touchent autant ? Siffle-t-elle alors que je m’éloigne. Je lui souris et me retourne. – Il suffit d’avoir les bons arguments. Elle me fusille du regard. – Dites que vous vous allongez facilement ! Je hausse un sourcil. J’hésite un quart de seconde entre deux réponses et finalement je souris. – Bah jusqu’à présent personne ne s’en est plaint. Je relève la tête et je m’en vais retrouver mon bureau sous les regards choqués des autres avocats et compagnie. Mais en attendant, Moi 1 – SuperGarce 0. Mwahahahaha. Je vais avoir une sale réputation mais, rien que pour la tête qu’elle tire à présent, ça en vaut la peine ! De retour dans mon bureau, je range rapidement mes affaires, décidée à quitter le bureau pour aujourd’hui. Lorsque je suis prête à partir, je préviens Pam qui me sourit. – Tu ne veux pas venir ce soir ? On se rejoint avec quelques collègues. – Tu as vu la quantité de café que j’ai bu ? Je ne pense pas que sortir soit la meilleure des idées. Elle me sourit et acquiesce. – Oui, c’est vrai. – Puis je dois rejoindre Joyce ce soir, elle veut me présenter son nouveau copain. – Ho ? Te présenter ? Et elle se marre ! Je grimace. – Non mais ne le prends pas mal… – Pff. Pamela continue de se moquer de moi. Je m’éloigne et, au moment où j’atteins l’ascenseur, elle conclut : – J’aimerais avoir une amie comme toi… une sœur presque qui me protège. Quart d’heure sentimental, je le sens dans sa voix. Et même si je suis touchée par ses mots, ça n’est pas mon style. – Eh bien présente-moi tes copains, je les taperai si tu veux. Tu n’es pas ma meilleure amie, mais on ne touche pas aux miens. Alors on n’aura qu’à se faire une soirée et hop, je jugerai tout le monde comme d’habitude et tout le monde me détestera. Elle rit et je lui fais un clin d’œil en montant dans l’ascenseur. Bon ok, cette fille est sympa. Téléphone qui sonne. J’ai l’impression que ma vie est ponctuée par ce foutu téléphone. – Adams ?! – Emma, tu es où ? J’ouvre les yeux et je grimace. La télévision est encore allumée et je suis avachie dans le canapé. m***e, je me suis endormie. – Ouch… je me suis endormie… désolée, je suis à la maison. J’arrive. Je suis là dans vingt minutes. Je me lève précipitamment, passe rapidement aux toilettes, puis dans ma chambre, je passe un jean noir et un chemisier en satin assez habillé bleu marine et noir avec un petit nœud. Mes escarpins… où sont mes escarpins noirs ? Miiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiince pourquoi est-ce que je ne trouve jamais mes affaires quand je suis pressée ? C’est toujours à ce moment d’ailleurs que Joyce entre dans ma chambre avec exactement ce dont j’ai besoin avec son magnifique sourire. Bon bah tant pis, je n’ai pas le temps, je prends donc mes chaussures à talons bleu marine. Salle de bain : Pouah, j’ai une salle tête. Soupir. Démaquillage rapide, remaquillage tout aussi rapide, coiffure… bah je laisse tomber et me fais un rapide chignon lâche. Paraît que ça me va bien. De retour dans le salon, je cherche frénétiquement mes clefs et je prends mon sac à main et mon portable. Je claque la porte en attrapant une veste au passage. Je ne sais pas pourquoi, il fait super chaud mais on ne sait jamais. Je conduis un peu trop vite mais je m’en fiche et j’arrive en un quart d’heure au bar où ils m’attendent. Après m’être garée, je me dirige vers l’entrée et je me pose pour la première fois la question de savoir à quoi ressemble ce coup de cœur de Joyce. Ma meilleure amie n’est pas du genre à tomber amoureuse rapidement. Elle est certes un peu romantique et souvent mielleuse mais elle n’est pas stupide. J’entre dans l’ambiance aux lumières tamisées et fluo par endroit. J’aime bien ce bar, les gens sont sympas et la musique est cool. Un serveur arrive et je lui dis que je rejoins des amis. Il sait néanmoins que je dois arriver et il me montre une table au fond où je distingue vaguement deux silhouettes dont une chevelure blonde. – Voulez-vous que je vous apporte quelque chose ? me demande-t-il alors. – Non, ça ira merci… peut-être tout à l’heure. Je traverse la salle en prenant mon téléphone. SMS. Jenny. Heureusement pour nous, nous n’avons pas besoin de nous voir régulièrement. Certes on se téléphone souvent, certes on se parle de tout mais notre amitié ne repose pas sur des câlins et tout ça. Si on ne se voit pas pendant un mois certes on se manque mais notre amitié n’en pâtit pas. Bref, on devait se voir la semaine prochaine. Et j’arrive à la table de Joyce, le nez dans mon téléphone. C’est dingue la confiance que j’ai acquise depuis que je travaille pour Beresford. Je suis capable de faire plein de choses en même temps. Donc marcher en talons pratiquement dans le noir au milieu d’une foule le regard baissé sur mon téléphone ne me pose pas de problèmes. Woua, je m’impressionne quand même. – Excusez-moi pour le retard, je me suis endormie et après je… Je croise le regard du copain de Joyce. Qui est assis devant moi. Ce n’est pas possible. C’est une plaisanterie. Dieu m’en veut, je ne vois que ça. Il a l’air aussi choqué que moi. – Monsieur Thompson, je souffle. – Mademoiselle Adams. Il se lève et Joyce aussi. Elle nous regarde l’un après l’autre, incertaine. – Vous… vous vous connaissez ? finit-elle par s’étonner alors qu’on se regarde dans les yeux. On tourne notre attention sur Joyce une seconde avant de se re-regarder. – Monsieur Thompson est le frère de Beresford, Joyce. Ma meilleure amie reste bouche bée une longue seconde. Je n’en reviens pas moi-même. Los Angeles est une ville de près de quatre millions d’habitants, elle s’étend sur plus de cent vingt kilomètres de diamètre… Comment avait-elle pu rencontrer par hasard le seul frère de mon patron et décider en plus de sortir avec lui ? On vit dans une microbulle ce n’est pas possible autrement. Le serveur passe à côté de moi à cet instant et je l’arrête. – Finalement, je veux bien un verre, ramenez-moi votre cocktail le plus fort. Joyce me lance un regard qui en dit long et je m’assois. Evan termine sa bière et soupire. – Ouais, je comprends mieux maintenant le pourquoi de l’importance de l’approbation de la meilleure amie. Evan est le cousin de Beresford mais également son frère adoptif. Il vient de temps en temps voir Jonathan mais je l’ai aussi vu plusieurs fois chez Beresford et lors de soirées. C’est le genre de mec en général à qui on ne cherche pas la m***e. Type armoire à glace avec la musculature qui va avec. Il a été un grand joueur de football mais il s’est gravement blessé il y a quelques années et il s’est reconverti en entraîneur. Il est bon d’après ce que je sais et il est très demandé. Evan a d’ailleurs décidé de créer son propre club à Los Angeles et s’est fixé comme but de faire entrer son équipe dans la franchise de la NFC, dans l’optique de participer au Super Bowl et de le gagner. Rien que ça. Je le fusille du regard. – C’est censé vouloir dire quoi ? Ha oui, aussi avec Evan, il a un humour parfois douteux. Toujours des blagues et des plaisanteries à deux dollars… et si souvent ça me fait rire, pas aujourd’hui. Même si je l’aime bien. Mais pas là, pas alors qu’il veut sortir avec ma meilleure amie et que je suis crevée. Il est de la même famille que Beresford, il ne faut pas l’oublier. Mais Evan reste Evan et je crois que je n’ai jamais réussi à le vexer de ma vie. – Adams, vous êtes… ha je vous aime ma chère, vous le savez. Son sourire fait retomber ma colère et je lui souris. J’éclate finalement de rire sous le regard incrédule de Joyce. Mon verre arrive, je le bois d’une seule gorgée et je me lève en récupérant mon téléphone. – Bien, je fais à présent, détendue, je vais vous laisser j’ai du sommeil à rattraper. Joyce, tu as ma bénédiction, ce garçon est adorable. Quant à toi, tu as intérêt à prendre bien soin de ma meilleure amie sinon je t’assure que je te castre, que tu pèses cent trente kilos n’y changera rien. Je m’adresse à lui de manière beaucoup plus familière et cela vient naturellement. Après tout, on va se recroiser souvent. Il me sourit, mais il sait que je ne plaisante pas. Il acquiesce néanmoins. – Au plaisir Emma. Je fais une bise à Joyce qui est toujours interloquée puis je quitte le bar. Quelque chose me dit que leur histoire va durer à ces deux-là. Haaa, je suis de bonne humeur.
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