8.M. Victor Bonnet, après avoir constaté la présence du pantalon d’uniforme qui n’était pas à sa taille et la disparition de la lettre volumineuse qu’il avait reçue le matin, se tint le petit discours suivant :
— Le pantalon n’est pas à ma taille, c’est donc une ruse de voleur ; et si on m’a volé cette lettre, c’est qu’elle renfermait des valeurs d’une certaine importance. Ceci est clair.
Mais comment M. le marquis de Hauteserre, père de M. Georges de Hauteserre, le témoin de mon adversaire, a-t-il pu m’envoyer ces valeurs ?
Je ne le connais pas, et ce matin encore je ne connaissais pas son fils.
Ce mystère est étrange !
Le valet qui m’a remis cette lettre ne m’a pas dit où demeurait son maître, mais le fils m’apprendra où demeure son père, et j’ai les moyens de retrouver le fils.
Il est minuit : c’est une heure trop indue pour que je puisse me présenter chez mon correspondant inconnu, mais, dès demain matin, je sonnerai à sa porte.
Victor Bonnet, cette belle résolution une fois prise, se mit fort tranquillement au lit, s’endormit au bout d’un quart d’heure, et rêva qu’il était aimé d’une houri descendue exprès pour lui du paradis de Mahomet.
Les officiers en congé ont le sommeil dur.
Victor s’éveilla à neuf heures et demie, réveillé par un coup de sonnette. Il se leva, alla ouvrir et se trouva face à face avec un domestique.
— M. Victor Bonnet ? demanda ce dernier.
— C’est moi.
Le domestique jeta autour de lui un regard rapide pour s’assurer que le lieutenant était seul.
— Fermez la porte ! lui dit le lieutenant qui se remit dans son lit.
Ce domestique était jeune, il avait l’air effronté. Victor s’imagina qu’il était au service de quelqu’une de ces belles pécheresses qui l’avaient souvent honoré de leurs faveurs faciles, et que c’était quelque ancienne maîtresse qui le venait relancer.
— De la part de qui venez-vous ? demanda Victor.
— De la mienne, répondit le valet.
— Hein ? fit le lieutenant avec hauteur.
Mais le domestique ne se déconcerta point.
— Monsieur m’excusera, dit-il, de mon impertinence apparente, mais si j’ose me présenter devant monsieur, c’est qu’il s’agit pour lui des plus graves intérêts.
Ces mots frappèrent le lieutenant.
— Expliquez-vous donc, mon ami, dit-il.
— Monsieur a reçu une lettre, hier ?
— Oui, que je n’ai pas eu le temps de décacheter ! dit vivement Victor Bonnet.
— Monsieur ignore sans doute ce qu’elle contient ?
— Certainement. D’autant mieux que cette lettre m’a été volée.
Le domestique se prit à sourire.
— Tu sais qui me l’a prise ? s’écria Victor.
— Oui, monsieur. Et je sais ce qu’elle contenait.
— Alors tu vas me dire…
— Pardon, interrompit le domestique, monsieur va trop vite.
— Comment cela ?
— Je vais d’abord mettre monsieur au courant de la situation.
— Voyons ?
— Monsieur connaît-il sa famille ?
Cette question à brûle-pour point fit monter le rouge au visage de Victor Bonnet.
— Qu’est-ce à dire, maraud ? s’écria-t-il.
Le domestique fit un pas de retraite.
— Si je déplais à monsieur, dit-il, je vais me retirer.
— Non, reste !
— Alors, pour m’entendre avec monsieur, il faut bien que je le questionne.
— Eh bien ! dit le lieutenant qui se résigna, dominé qu’il était par la curiosité, je n’ai ni père ni mère, du moins je ne les ai jamais connus.
— La lettre qui a été volée à monsieur contenait de précieux documents sur la famille de monsieur.
— Que dis-tu ?
— Et lui annonçait une fortune considérable à recueillir.
Le lieutenant fit un soubresaut sur son lit et se dressa sur son séant.
— Te railles-tu de moi ? fit-il avec une émotion subite.
— Non, monsieur.
— J’ai donc une famille ?
— C’est-à-dire que monsieur a un père.
— Et une fortune ?
— Considérable. Mais, dit froidement le domestique, comme c’est le hasard qui m’a mis au courant de ce secret, je désire en tirer parti.
— Veux-tu dix mille francs ! s’écria Victor Bonnet.
Le domestique eut un nouveau sourire :
— Avant de fixer un chiffre à monsieur, dit-il, je dois le prévenir d’une chose.
— Laquelle ?
— C’est qu’il y a des gens qui ont intérêt à ce que monsieur ne retrouve ni sa famille, ni sa fortune.
— Ah !
— Et ces gens-là paieront mon secret au moins le double de la somme que m’offre monsieur.
— Mais la fortune dont tu me parles est donc bien grande ! exclama Victor.
— Quelque chose comme trente mille livres de rentes.
Victor fut ébloui.
— Et tu connais mon père ?
— Moi et la personne qui a intérêt à ce que vous ne le retrouviez jamais.
— Eh bien ! que veux-tu ?
— Je veux soixante mille francs, dit résolument le valet.
Le lieutenant sauta à bas de son lit, enfila un pantalon et saisit le valet à la gorge :
— Et si je te conduisais chez le commissaire de police ? dit-il.
— Monsieur aurait tort.
Et le valet croisa ses bras sur sa poitrine et demeura calme et souriant.
— Ah ! tu crois que j’aurais tort ? fit le jeune homme que ce sang-froid déconcerta.
— Je vais le prouver à monsieur.
— Voyons ?
— D’abord, je suis seul avec monsieur, personne ne nous a entendus ; je dirai au commissaire que je ne sais ce que monsieur veut dire ; que, me trouvant sans place et ayant appris que monsieur cherchait un domestique, je me suis présenté chez lui.
— Après ? fit Victor.
— On prendra monsieur pour un fou, et c’est lui qu’on arrêtera pour le conduire à Bicêtre.
Ces derniers mots firent tressaillir Victor, qui songea, malgré lui, qu’un commissaire de police ne croit pas facilement à des histoires de pères mystérieux et d’héritages inespérés.
Cependant il demeura impassible et regarda le valet.
— Est-ce tout ?
— Non, monsieur ; tandis que monsieur marchande, lui qui, il y a une heure, ne savait pas qu’il était destiné à avoir un jour trente mille livres de rente, les ennemis de monsieur font leurs petites affaires ; monsieur perd un temps bien précieux.
Ces paroles impressionnèrent encore plus vivement Victor Bonnet.
— Mais, mon garçon, dit-il, tu sens que je n’ai pas soixante mille francs dans mon tiroir.
— Je le pense bien, mais j’ai prévu le cas.
— Comment ?
— Monsieur va me signer une obligation que j’ai préparée et que voici.
Le valet tira alors de sa poche une feuille de papier timbré, sur laquelle il avait écrit les lignes suivantes :
Le lendemain du jour où j’aurai touché un coupon de trente mille francs de rentes, je paierai au porteur la somme de soixante mille francs.
— Je veux bien signer cela, dit-il, mais quand j’aurai le secret.
— Monsieur me donne-t-il sa parole ?
— Sur le drapeau de mon régiment, je te le jure ! répondit l’officier.
— Voilà votre lettre, dit le valet qui ouvrit sa redingote et mit sous les yeux de Victor Bonnet le pli volumineux qui lui avait été volé la veille. Monsieur prendra connaissance de ces lettres et il y verra qu’il est le fils naturel de M. le marquis de Hauteserre, ancien pair de France, et, par conséquent, le frère de M. le comte Georges de Hauteserre.
Victor jeta un cri.
Le valet ajouta :
— Que monsieur prenne connaissance de tous ces papiers ; il verra qu’ils valent bien soixante mille francs.
Victor alla vers une table sur laquelle se trouvaient du papier, des plumes et de l’encre, et il écrivit au bas de l’obligation : Approuvé l’écriture ci-dessus.
Puis il signa.
Le valet mit l’obligation dans sa poche et fit un pas de retraite.
— Je reviendrai dans une heure, dit-il, car il faut bien ce temps-là à monsieur pour lire ces papiers.
Victor parcourait avidement déjà les premières lignes du manuscrit.
Le valet sortit sur la pointe du pied.
Quand il fut dans l’escalier, il se dit :
— Il y avait une troisième lettre sous l’enveloppe que M. Georges n’a point décachetée. Il paraît qu’il n’a pas eu le temps ; moi, non plus. Et puis il y a écrit en marge de l’enveloppe : A ne lire qu’après ma mort.
J’ai pensé que les deux premières lettres valaient bien soixante mille francs.
Mais, qui sait si la troisième ne vaut pas plus que les deux autres, à elle seule ?
Et il prit cette lettre dans sa poche et la tourna et la retourna dans ses doigts.
Cependant, il ne l’ouvrit point encore.
Une fois dans la rue, le valet prit un petit escalier qui met en communication la rue Neuve des Bons Enfants et celle de Valois, ce qui lui permit de gagner en deux minutes le jardin du palais Royal.
Le jardin, à cette heure matinale, car on était en hiver, était à peu près désert.
Jean, c’était le nom du valet de chambre de M. Georges de Hautesserre, alla s’asseoir sur un banc, et continua ainsi son monologue :
— Je ne sais pas où mon maître a passé la nuit ; mais bien certainement il rentrera, et il s’apercevra du vol des papiers. Je ne dois donc plus songer à rentrer rue de Richelieu.
Par conséquent, je ne vois aucun inconvénient à entrer désormais au service de M. Victor Bonnet et à lui être dévoué, moyennant beaucoup d’argent.
Tout en parlant, le valet tournait et retournait toujours dans ses doigts la lettre cachetée qui, suivant la volonté de M. le marquis de Hauteserre, ne devait être ouverte qu’après sa mort.
Une crainte superstitieuse semblait le retenir.
Il avait hésité le matin, il hésitait encore, il eût hésité longtemps, si une idée qui ne lui était point venue encore n’eût tout à coup traversé son cerveau.
— Eh mais ! se dit-il, le marquis dit, dans sa première lettre, qu’il a caché avec soin le coupon de rente. Qui sait si cette troisième lettre n’indique pas le lieu où il est caché ?
Et, dès lors, Jean n’hésita plus, et il brisa le cachet de l’enveloppe.
La lettre contenait ces trois lignes :
Le coupon de rentes a été cousu dans la doublure de la manche gauche de mon habit de pair de France.
Jean remit la lettre dans sa poche.
— Si le marquis était mort, se dit-il, cette lettre aurait une bien belle valeur, et M. Victor Bonnet donnerait certainement cent mille francs au lieu de soixante. Mais comme le marquis est vivant, et que M. Victor Bonnet va courir à l’hôtel de Hauteserre, le père dira lui-même à son fils où se trouve le coupon de rente.
Jean remit la lettre dans sa poche et continua à réfléchir :
— C’est gentil trois mille francs de rente, se dit-il ; avec ça j’épouserai Nanon, la cuisinière de l’avoué qui demeure au-dessus de nous.
— C’est une belle fille, Nanon ; elle a une quinzaine de mille francs d’économie, tant bien elle a su faire danser l’anse du panier.
Nous nous établirons restaurateurs.
— C’est égal, soupira-t-il, je suis allé un peu vite… le lieutenant aurait bien mis dix mille francs de plus ; mais je les rattraperai ; il aura certainement besoin de moi, car M. Georges de Hauteserre fera bien tout son possible pour avoir le coupon.
Soudain une idée lumineuse éclaira le cerveau du valet :
— Suis-je bête ! se dit-il, ce qu’il y aurait de plus simple et de plus sage serait de pénétrer dans l’hôtel et de tâcher d’y voler le coupon. Ce serait une fière besogne !
On le voit, Jean était un homme de sens, qui, après avoir longtemps examiné une situation, trouvait le meilleur parti qu’on en pût tirer.
Et il quitta le banc sur lequel il était assis, traversa comme une flèche le jardin du Palais-Royal, gagna la rue de Rivoli et le Carrousel et se dit, en passant la Seine :
— Allons donc flâner un peu aux environs de la rue de Verneuil. Il est toujours bon de reconnaître le terrain.
Comme il entrait dans la rue des Saints-Pères, un fiacre arrivait au grand trot sur le quai.
— Gare ! lui cria le cocher qui paraissait pressé.
Jean s’effaça contre une borne et étouffa un cri de surprise.
Un homme était dans le fiacre. Cet homme était pâle, agité, et ses traits témoignaient d’une nuit d’insomnie.
Jean reconnut son maître, M. Georges de Hauteserre ; mais le comte ne l’aperçut point, et le fiacre continua à rouler avec une célérité qui n’est point dans les habitudes des petites voitures.
— Oh ! oh ! se dit le valet, est-ce que mon honoré maître aurait fait une visite à son père ?
Un moment il se demanda s’il ne courrait point après le fiacre pour savoir où allait son maître ; mais il fit la réflexion suivante :
— Puisque je suis si près de la rue de Verneuil, allons-y !
A l’entrée de cette rue, il rencontra un domestique en veste d’écurie qui lui frappa sur l’épaule d’un air familier :
— Eh ! bonjour, Jean, dit-il, payes-tu quelque chose ?
— Certainement. Bonjour, Auguste, d’où sors-tu ?
— De chez mon nouveau maître, le baron de B…, chez qui je suis cocher depuis quelques jours. Et toi, es-tu toujours chez le comte ?
— Toujours.
— En ce cas, tu vas toucher tes gages, car nous héritons, n’est-ce pas ?
— Hein ? fit Jean.
— Dame ! est-ce que tu ne sais pas que le vieux est mort ?
— Quel vieux ?
— Le marquis, parbleu ! il s’est laissé tomber dans le feu… On l’enterre à midi.
Jean poussa un cri. Il ne songea plus à régaler le cocher Auguste, et il prit sa course vers l’hôtel de Hauteserre.
La petite porte était ouverte. Jean entra dans la cour.
La porte cochère était tendue de noir ; la cour était encombrée de croque-morts ; sous la voûte du vestibule, le cercueil était exposé entre quatre cierges.
Jean ne pouvait plus douter, le marquis de Hauteserre était bien mort.
Auprès du cercueil, le vieux Germain, agenouillé, priait et pleurait.
— Que voulez-vous ? dit-il brusquement à Jean qui s’avançait vers lui.
— Je suis le valet de chambre de M. Georges, répondit Jean.
L’astucieux laquais avait déjà deviné que M. Georges de Hauteserre courait chez lui revêtir un habit noir pour conduire le deuil de son père, et peut-être aussi pour y chercher cette lettre dont il avait laissé le cachet intact.
Aussitôt il fit ce raisonnement :
— Mon maître va s’apercevoir que cette lettre a disparu. D’un autre côté, si je m’en vais, je perds peut-être une occasion unique de pouvoir m’introduire dans l’hôtel, et, alors, adieu le coupon de rente !
— Votre maître n’est pas ici, lui dit Germain, il est allé s’habiller.
— Je le sais ; c’est lui qui m’envoie.
— Ah !
— Pour garder l’hôtel pendant l’enterrement, dit Jean avec effronterie.
Le vieux Germain ne répondit rien et se remit à prier.
Jean se glissa entre le cercueil et la porte et pénétra dans le vestibule.
Là il se mit pareillement à genoux auprès du cercueil et se donna l’attitude d’un serviteur de la maison.
A demi-caché par les tentures noires, le valet, feignant de prier, ne perdait aucun détail de ce qui se passait dans la cour.
Bientôt les voitures de deuil arrivèrent.
Elles renfermaient plusieurs membres de la Chambre des pairs, qui venaient rendre les derniers devoirs à leur collègue ; des gens du monde, qui avaient eu des relations avec le marquis ; deux ou trois parents éloignés et quelques anciens amis, car M. le marquis de Hauteserre avait depuis longtemps renoncé à ses relations.
Tout à coup une rumeur discrète se fit.
Un jeune officier venait de s’arrêter stupéfait au milieu de la cour, regardant d’un œil atone tous ces apprêts funèbres.
Jean reconnut Victor Bonnet, et se dissimula tout à fait derrière les draperies.
Le lieutenant fit quelques pas et s’adressa à un employé des pompes funèbres.
— Qui donc enterre-t-on ici ? demanda-t-il avec émotion.
— Le maître de la maison, M. le marquis de Hauteserre, qui est mort hier matin.
Victor jeta un cri et chancela comme s’il eût reçu une balle…
Puis il s’écria :
— Mon père !
Ce cri excita la surprise et la curiosité de toutes les personnes qui se trouvaient là.
On entoura le lieutenant qui chancelait toujours et était d’une pâleur mortelle.
En ce moment un homme accourut :
C’était le baron Vincent, son adversaire de la veille.
Il fendit la foule qui entourait le lieutenant :
— Pardon, monsieur, lui dit-il, mais comment êtes-vous ici ?
Victor, au milieu de sa douleur, eut un éclair de prudence et de raison.
— Je vous expliquerai cela plus tard, monsieur, dit-il… Où est M. Georges de Hauteserre ?
— Le voilà, dit une voix.
En effet, le comte Georges, tout de noir vêtu, et paraissant extrêmement affligé, descendait en ce moment de voiture.
Victor avait pris connaissance du manuscrit et de la lettre de feu le marquis. Il savait tout.
Il marcha, au milieu de la foule étonnée, à la rencontre de Georges.
A sa vue, le comte de Hauteserre, déjà fort pâle, devint livide.
— Diable, pensa Jean tout à fait dissimulé derrière la draperie, le comte s’est aperçu de la disparition des papiers ; c’est clair.
Et il se tint immobile, écoutant et regardant à travers les fentes de la tenture mortuaire.
Le lieutenant s’approcha du comte et lui dit :
— Un mot, monsieur, je vous prie.
Le comte salua et parut attendre. Victor Bonnet lui dit :
— Lorsque vous aurez rendu les derniers devoirs à… votre père, je vous prierai, monsieur, de m’accorder quelques minutes d’entretien.
Le comte s’inclina sans mot dire.
— En attendant, continua Victor qui avait des larmes dans les yeux et dans la voix, veuillez me permettre d’accompagner M. le marquis de Hauteserre à sa dernière demeure.
— C’est un honneur que vous me faites et dont je vous remercie, monsieur, répondit le comte avec une politesse glaciale.
Victor le salua de nouveau et alla se perdre dans la foule qui continuait à le regarder avec une ardente curiosité.
— C’est sans doute un fils naturel du défunt, murmurèrent quelques voix.
Victor ne parut pas entendre.
Le char funèbre et le clergé arrivaient.
Le cercueil fut placé dans le char, et Jean continua à se cacher derrière les tentures.
Puis, lorsque le convoi se mit en marche, Georges de Hauteserre conduisant le deuil, à pied, Jean s’élança vers le fond du vestibule et se blottit sous le grand escalier.
Le vieux Germain suivait le convoi, laissant la garde de l’hôtel à deux sergents de ville qui demeurèrent dans la cour.
— On a dû mettre les scellés partout, se dit le valet de chambre de Georges ; mais j’ai assez l’habitude de servir dans les bonnes maisons pour trouver facilement la chambre et le cabinet de toilette du défunt.
C’est là que doit être la garde-robe et, par conséquent, le fameux habit de pair de France.
Il attendit qu’on eût refermé la grande porte de l’hôtel.
Puis il quitta sa cachette, monta au premier étage et s’aventura dans un corridor.
A l’extrémité de ce corridor se trouvait une porte ouverte.
Une forte odeur de brûlé et quelques traces d’incendie guidèrent le valet.
La porte ouverte était celle de la chambre mortuaire.
— Allons ! se dit-il, c’est trop de chance !
Et il entra dans la chambre.
La porte d’un cabinet donnait dans cette pièce.
Jean devina que c’était celle du cabinet de toilette.
Mais on avait posé les scellés sur cette porte.
Le valet alla jusqu’à la fenêtre, colla son visage aux carreaux et s’assura que les deux sergents de ville se promenaient tranquillement dans la cour.
Alors il tira un couteau de sa poche et revint vers la porte du cabinet de toilette, bien décidé à briser les scellés et à enfoncer cette porte.
— Et dire, murmura-t-il, qu’il y a derrière trente mille livres de rente ou quinze ans de travaux forcés !
Il hésita un moment ; puis, la perspective des trente mille livres de rente l’emporta, et le couteau fit son office…