Aux âmes bien nées la valeur n'attends point le nombre d'années. Pierre Corneille
Chapitre 1 : Evousses
Le véhicule des casques bleus s’éloignait petit à petit de Mombutu avec comme passagers moi et le reste des enfants Evousses. C'est ainsi que l'on appelait les enfants qui avaient grandit très vite et alors flirté avec le bien et le mal, le crime et le viol, les armes et les fétiches dans mon pays.
Je pouvais voir par les fenêtres de cette voiture les petites cabanes construite tout le long du village. Ce Village, qui avait été le fief de la milice à laquelle nous appartenons ,l'une des plus meurtrières et des plus redoutés du pays qui s'est dit être là au départ pour le peuple. Pour défendre ce peuple qu'elle finit elle- même par décimer en assassinant ses chefs(ceux là qui ne se pliaient pas à leurs volontés), à v****r ses femmes et ses filles ainsi qu’en enrôlant de force ses jeunes garçons. Faire subir autant d'atrocités à ce même peuple qu'ils disaient protéger du "mal blanc" et de la dictature de son gouvernement. À y repenser, c'était eux le mal !
Pas un mal blanc, mais un mal bien plus sombre que le t-shirt que je portais constamment pour mieux me faufiler durant les opérations de jours comme de nuits auxquelles, nous étions assignés après notre enrôlement dans la milice.
Assis dans ce véhicule que l'on appelait communément la bâchée ,parce-qu'une énorme bâche en caoutchouc de couleur bleu enveloppait tout l'arrière de ce dernier afin de nous protégé du soleil , telle une langue qui léchait jalousement le contenu d'une délicieuse sucette .
Je m'efforçai de ne pas verser de larmes, surtout pas maintenant,pas après avoir survécu au pire ,après avoir fait le plus dur durant ces deux années passées auprès de la milice . Je prenais petit à petit conscience il que le cauchemar avait prit fin . Nous étions près de trente enfants. Visages fermés, cerveaux ébranlés. Chacun de nous était venu bien plus jeune que maintenant. D'autres morts lors des affrontements ou mort de maladies dans la forêt du kassangaï .
J'en profite pour saluer la mémoire de Issou qui était un enfant enlevé lui aussi, par la milice au village d'Ekwa un village voisin du mien, Afane . Issou était avant tout mon ami. Le meilleur, que, je n'avais jamais eu durant ces deux années et que je n'aurais sans doute plus jamais. Pendant que nous roulions sur 25km entre Mombutu et Gaïo tout à coup une musique apaisante s'échappa du post radio du véhicule des casque bleus dans lequel nous étions . Cette musique me possédait, lentement l'esprit. On aurait dit qu'elle conversait directement avec mon âme. Elle me faisait presque oublier l'enfer vécu pendant ces deux années de ma vie. C'était comme un second souffle! En regardant tout autour de moi, je pouvais constater que la même magie s'opérait avec les autres enfants. Maintenant, je m'en souvient. C'était un morceau de Jazz . Je m'en souviens! Car, mon père en était, un grand fan. La musique Jazz et le drapeau aux cinquante (50) étoiles représentait pour lui un nouveau départ, un second souffle. Il me répétait sans cesse plus jeune qu'un jour nous irions aux USA . Mais malheureusement je ne savais pas si après ces deux années passés loin de lui son cœur battait toujours.
l'Éternel américain!
Voici comment l'appellait les gens du village. Mon père était à la base, un jeune homme cultivé, amoureux des chiffres et des lettres . Il avait poursuivit ses études de mathématiques à l'université de la capitale. Il s'était donné comme mission, d'apporter sa connaissance au fin fond du pays, dans les villages les plus reculés de ce dernier. C'est avec plein de joie qu'il avait été reçu par le chef du village et les anciens . Il débuta un 2 novembre l'enseignement dans la petite mais prestigieuse école du village "the Forest Mask" qui signifiait le masque de la forêt . Selon la légende, les dieux y avaient enterrés le visage de l'esprit de la forêt au centre où se dressait le drapeau de notre chère patrie . Au départ, mon père ne devait rester que six mois au village. Mais un an passa, puis deux ans ,puis trois ans et maintenant toute une vie sinon presque. Il s'était épris d'une jeune villageoise au teint ébène et aux traits indonésiens, ma mère. Cette fille de chasseur, aux traits du visage peu commun dans la communauté. Ce qui lui valait la convoitise de tout un chacun . Ma mère était une belle femme, discrète, avec le rythme dans la peau.Elle était surtout, un conseiller de premier ordre pour mon père. À eux deux, ils formaient une équipe de choc! Tout comme Starsky&Hutch, Nicky Larson&Laura ou encore, comme le mangas japonais "équipière de choc".
Le véhicule des casques bleus s’était mis à ralentir puis, s’était brusquement arrêté . On se posait pleins de questions à l'intérieur de ce dernier .
_Sommes-nous arrivés ?
_Y'a t-il un problème ?
_Une attaque ?
Les mêmes questions incessantes se succédaient les unes après les autres sans obtenir aucunes réponses .
Je me décidais à jeter un coup d'œil dans la cabine, préoccupé par ce qui se passait à l'extérieur . Les deux casques bleus qui étaient de l'autre côté dans la cabine n'avaient pas l'air inquiets. C’était à la fois une assurance et un soulagement profond pour moi. Alors je m’étais dis qu’il fallait que je prenne la parole auprès des autres Evousses pour les rassurer en leurs disant que tout allait bien . On venait d'arriver à un poste de contrôle pas celui d'un groupe armé mais, celui de "la puissance bleue . On pouvait apercevoir écrit sur une grande balustrade les initiales U.N . C'était la base militaire de Gaïo dans laquelle, on pouvait nettement voir la puissance bleu dans toutes ses formes ou sinon presque, quelques unes. Il y'en avait partout! Des militaires de tout âge, Pas le nôtre bien sûr et de toutes les couleurs de peaux. Le véhicule se remit en marche et pénétrait lentement dans la base en dépassant le barrage . On nous fîmes descendre moi et les autres Evousses du véhicule un par un, puis, les militaires autour de nous ,nous ordonnait de faire un rang. Certains soldats de la puissance bleu avaient du mal à dissimuler leurs sentiments . Tristesse ,pitié ,haine ,admiration ,colère mais surtout du respect ,oui du respect . Ils se demandaient certainement comment nous avions fais pour survivre pendant ces deux longues années . Comme toujours, j'étais vêtu d'un t-shirt sombre qui à force d'encaisser soleil, pluie , poussières et boue avait littéralement perdu de son éclat. Et à ma taille, une culotte de type baggy qui ne reflétait rien d'autre que les dures conditions de la guerre à laquelle nous étions exposées les autres enfants et moi . Mais je n'étais pas à plaindre! À côté il y'en avait pire . Les autres enfants, ou sinon la plupart étaient à moitié nue ,ils n'avaient même plus de vêtements sur leurs bustes et portaient paresseusement des culottes et des jeans qui laissaient voir sans détour qu'il n'y avait même plus de caleçons propres en dessous ou qu'il n'y en avait plus simplement .