Après le départ de Sarah, je suis allée dans les toilettes de mon bureau et j’ai remis de l’ordre dans ma tenue. J’ai pris les documents dont j’avais besoin et je me suis rendue dans la salle de réunion avec quelques secondes d’avance. Je m’installai et entrepris de lire un rapport en attendant que les membres du conseil n’arrivent. En vrai, j’aurais pu simplement rester dans mon bureau et attendre l’heure, mais ce qui venait de s’y passer me troublait et y rester n’aurait qu’accentuer mon envie qui devait malencontreusement attendre.
Zut Sage… concentre-toi voyons !
C’est bizarre mais mes collaborateurs avaient du retard. Je consultai rapidement mon agenda et zut !, c'est moi qui me suis trompée. La réunion était dans encore près d’une vingtaine de minutes. Aussitôt, je vis un message de Sarah qui me disait qu’elle avait revu mon agenda et que la réunion n’était pas à l’heure que je pensais. Elle s’excusait également, car elle non plus n’avais pas fait attention. Normal… elle était plutôt occupée à me faire un cunni. Voilà les risques d’entretenir une relation avec ses employés, quelle qu’elle soit !, mais cela ne voulait pas dire que j’étais prête d’y mettre un terme. Sarah est très compétente et ce n’est pas parce qu’elle a fait une minuscule erreur de rien du tout… Ah ouais, je sais, je sais ! Vous allez certainement dire que j’avais déjà dit qu’au moindre pépin la personne fout le camp, mais ici ce n’est pas pareil. Je parlais de la fabrication des parfums. Nuance. Et d’ailleurs, je n’ai pas de compte à vous rendre, mdr. Je fais ce qui me chante !
L’esprit plongé dans la paperasse, j’entendis à peine quelqu’un entrer. C’est bizarre, mais je viens de me rendre compte que j’ai très fréquemment l’air absent. Surtout si je suis concentrée sur une tâche. Après… c’est logique non ?! Et oh ! excusez-moi de sans cesse divaguer. Ce fut donc la salutation du mystérieux personnage qui me ramena à la réalité. Je le nomme ainsi dans un premier temps parce qu’étant de dos, sa voix ne me disait rien sur le coup. Je me retournai et plissai le front. Qui était-ce et pourquoi était-il dans ma salle de réunion ?
Il avança vers moi en souriant puis dit :
- Je m’excuse de vous avoir fait peur.
- Qui êtes-vous ? demandai-je sans détours.
- Aladin.
- Aladin ?
- Oui.
- Comment ça Aladin ? Vous vous appelez Aladin ?
- Exact !
Il se foutait de moi ou quoi ?
- Et que faites-vous ici ? repris-je. Il s’agit d’une salle privée. Le personnel n’y a pas accès.
Je le vis se retenir de rire en baissant la tête.
Ah ! comme ça on me rit au nez ?, pensai-je, sentant déjà que son attitude allait un peu trop loin et que je risquais de m’énerver.
- Qu’y a-t-il de drôle ?
- Je m’excuse ! se rattrapa -t-il en se raclant la gorge. En fait… je fais partie des membres du conseil.
- Pardon ? Comment pouvez-vous faire partie des membres du conseil de ma société et je ne vous connais même pas ? S’il s’agit du personnel, encore d’accord parce qu’il n’est pas dans mes priorités de retenir tous les visages, mais à moins que ce ne soit une grosse blague, vous n’avez absolument rien à faire ici !
Il ouvrit la bouche pour répondre, mais la porte coulissa pile à ce moment et entra dans la pièce le directeur des ressources humaines.
- Bonjour ! lança-t-il avant d’enchainer. Oh ! je vois Ethan. Je vois que tu es déjà là.
Ethan ?!
- Tu le connais ? questionnai-je.
- Oui. C’est moi qui l’ai fait venir de la part d’Olivier. En fait, il voudrait avoir des parts dans la société et donc, je lui ai demandé de se présenter aujourd’hui. Il est en avance. Normalement, il aurait dû arriver après notre réunion, ajouta-t-il en regardant simultanément sa montre et le fameux Ethan. On était censé avoir une petite discussion tous les deux avant toute chose ? Ce pourquoi je n’ai pas pris la peine de t’en parler.
Je jetai un coup d’œil rapide à l’intrus. Il venait de se foutre deux fois de ma gueule et cela avait l’air de l’amuser. Je ne comprenais pas à quoi il jouait, mais il est vrai qu’il était très élégant dans son costume noir qui semblant d’admirables pectoraux. Il avait l’air assez mature. La quarantaine, j'aurais dit à l’instant T. Barbe bien rasée, manucure parfaite, un air un peu mystérieux et enjoué, des dents blanches et proportionnées, une voix comme je l’aime et hop ! Validé. Il ferait un amant incroyable si mon intuition est bonne et…
Woh, woh, woh ! Non mais je raconte quoi là, moi ? Certes, je suis folle de sexe, mais je ne suis pas non plus une obsédée sexuelle. Il y a des limites… Je dois vraiment me contrôler !
- Miss Peterson ?
- Hum ? fis-je en sursautant presque.
- Vous allez bien ? vous avez les joues rouges brusquement et vous sembliez ailleurs.
Je regardai un moment Vincent, mon DRH comme si ça avait été un mirage. Mais je me repris aussitôt.
- Oh oui, oui euh… ça va. Alors, que disais-tu à propos de monsieur A-l-a-d-i-n ? Il veut investir ?
- Aladin ? reprit Vincent, déboussolé.
- Il m’a dit qu’il s’appelle Aladin, appuyai-je en lui jetant un regard plus sombre qu’un ciel annonciateur d’une immense tempête.
- Je m’excuse pour la blague, intervint le« faux Aladin ». En fait mon nom, c'est Ethan. Ethan Quenum. Et comme vient de le dire monsieur Vincent, je suis là pour parler affaire. Olivier, votre directeur informatique est un vieil ami.
J’étais tellement troublée sans vraiment comprendre le pourquoi que je lâchai de façon un peu trop abrupte :
- Je vois. Bon bah, je vous retrouve après ma réunion. Même si ce n’est pas vraiment à moi de gérer ça présentement.
Puis me tournant vers Vincent, un sourire aux lèvres :
- Je vais m’en occuper. Tu peux demander à l’une des filles de le conduire dans la salle d’attente et lui servir quelque chose à boire s’il te plait ?
- Oui sans soucis, me répondit-il avant de faire signe à notre « potentiel investisseur » de le suivre.
Après leur départ, je suis un peu restée perplexe. C’était un peu bizarre ce qui venait de se passer, mais bof, j’avais plus important à gérer. Ma réunion a débuté quelques minutes après et bizarrement, j’avais un mal fou à me concentrer. C’était l’une des rares fois que j’étais distraite pendant mon travail. L’image d’Ethan forçait à ne pas quitter mon esprit. J’imaginais ses muscles sous son costume, ses veines… si bien sûr, il en avait !
Zut ! et Rezut ! je faisais n’importe quoi.
La réunion a duré une heure environs et sincèrement, j’avais hâte qu’elle prenne fin. Aussitôt la pièce quittée, je montai à l’étage retrouver le fameux Ethan qui attendait patiemment, jambes majestueusement croisées, une presse people en main. Lorsqu’il m’aperçut, il se leva prestement avant de dire presque en un murmure :
- Vous voilà…