J’eus des frissons. Sa voix me donnait des frissons et ce n’était pas le genre de sensations que j’aimais ressentir qui plus était, sans aucune réelle raison. Sans lui répondre, je pris place de la plus gracieuse des manières possibles dans le fauteuil face au sien en croisant mes jambes.
- Je vous écoute !
Oui, c’était assez malpoli mais… je ne me contrôlais plus vraiment en ce moment. Le seul moyen de ne pas perdre la face était de feindre l’arrogance.
- Alors pour aller droit au but, je n’ai pas réellement l’envie de racheter des actions de votre société, mais plutôt de vous proposer une collaboration.
- Vous êtes un farceur, c'est ça ? Savez-vous au moins que je n’ai guère de temps à perdre ? D’abord un faux nom, puis vous mentez en disant travailler ici et là… ?
- J’ai l’air de ne pas être quelqu’un de sérieux ? me demanda-t-il un sourire en coin aux lèvres.
- Votre attitude le montre oui. Depuis votre arrivée, vous ne faites que vous payez ma tête et j’ignore le pourquoi je n’ai pas encore demandé à ce qu’on vous mette dehors !
- Il n’est nullement de mon vouloir de paraître malpoli. Je suis un entrepreneur qui travaille très dur. J’ai à mon actif deux sociétés d’import-export et si je suis venu jusqu’ici, c'est parce que j’ai longtemps eu écho de votre structure et je désire vous proposer un deal qui nous profitera à tous les deux.
Voilà que monsieur devenait tout brusquement sérieux !, c'était… déroutant.
- Un deal ? fis-je en arquant un sourcil.
- Tout à fait. Je suis actuellement en relation avec une société qui produit des essences de parfums grâce à des actifs naturels. Ils proposent un prix très alléchant et je suis sûr que cela vous intéressera.
- J’ai déjà des fournisseurs dans ce domaine et je projette moi-même commencer l’exploitation de fleurs exotiques. De plus, je ne peux me permettre de changer ainsi de fournisseur. Le bien-être de notre clientèle dépend également de l’authenticité de nos matières premières.
Je le vis sourire et se redresser.
- Je n’en doute pas. Loin de moi l’idée de nuire à votre business et en ce qui concerne la production de vos propres essences, j’ai également quelque chose à vous proposer. Vous ne le regretterez pas, je vous assure.
- C’est ce que dirait quelqu’un qui est prêt à faire un coup bas.
Il éclata de rire. Son rire était doux, éclatant… presque charmant. À mon plus grand étonnement, j’étais en train de baver au sens littéraire bien sûr, sur cet homme. Comme si elle venait me tirer d’un sommeil qui pointait son nez, j’entendis sa voix me sortir de mes réflexions érotiques.
- Vous avez de la repartie, il faut l’avouer ! dit-il. Toutefois, je ne suis pas un s****d, je vous l’assure. Mon ultime but est de pouvoir faire partir de tout ceci.
Cette dernière phrase semblait pleine de sous-entendus.
- Heuurrmm… Je… ok, je suis prête à vous écouter plus ouvertement, répliquai-je.
- Très bien. Je pense qu’il faudrait un cadre beaucoup plus… détendant.
- Comment ?
- On se voit ce soir au restaurant de l’hôtel Dolls.
- Et qu’est-ce qui vous fait croire que je vais accepter une telle invitation ? Ceci est le cadre le plus approprié pour parler business ! A moins que vous n’ayez l’intention de me faire volontairement du mal.
Il sourit.
- Si c’était le cas, je ne pense pas que j’aurais proposé un restaurant aussi bondé, peu importe le moment... Ce n’est qu’une proposition, Miss Sage Peterson. Je ne vous forcerai cependant pas à accepter si vous ne le voulez pas.
- Je vois…
- Dix-neuf heures ?
- Ainsi soit-il, répondis-je en un soupir.
A vrai dire, je manquais bêtement d’air.
- Soyez à l’heure et surtout !, appuyai-je pour ne pas paraitre crédule. Je m’attends à ce que vous ne me fassiez pas perdre mon temps.
Je me suis levée au même moment que lui et après un bref signe de tête, un sourire aux lèvres, il tourna les talons et s’en alla. Mais qu’est-ce qui m’a pris d’accepter bon sang ? c’était trop tard pour les regrets. Ou plutôt… je voulais que ce soit une raison pour ne pas annuler ce mystérieux rendez-vous avec ce mystérieux personnage.