Les regards qui en disent trop

794 Mots
Lucie Je me suis installée dans la voiture en silence, refermant doucement la portière derrière moi, comme si le moindre bruit pouvait rompre l’équilibre fragile dans lequel je me trouvais. L’odeur du cuir, subtile et élégante, m’enveloppa aussitôt. Tout ici respirait le luxe discret, maîtrisé. Rien n’était ostentatoire, tout était à sa place. Exactement comme Thomas. Je gardais le regard fixé droit devant moi, essayant de calmer les battements trop rapides de mon cœur. La réunion était terminée, le contrat signé, et pourtant la tension refusait de me quitter. — Ça va ? demanda Thomas en démarrant. Sa voix était calme, mais attentive. — Oui… oui, répondis-je un peu trop vite. Je crois que je réalise seulement maintenant. Il hocha la tête, esquissa un léger sourire. — Dans ce cas, j’aimerais vous inviter à déjeuner. Pour fêter ça. Je me raidis aussitôt. — Oh… non, ce n’est vraiment pas nécessaire, dis-je précipitamment. Ce n’est pas très approprié. Vous êtes mon patron, et… Je m’interrompis, consciente d’avoir parlé trop vite. Trop franchement. Thomas ralentit légèrement, puis tourna la tête vers moi. — Lucie, vous êtes un élément clé de cette entreprise. Et encore plus sur ce dossier. Vous allez devoir vous habituer à ce genre de moments. Ce ne sera pas la dernière fois que nous sortirons pour célébrer un succès. Il marqua une pause, puis ajouta d’un ton plus sérieux : — Et aujourd’hui, ce succès est en grande partie le vôtre. Je sentis mes joues s’embraser malgré moi. — D’accord…, murmurai-je finalement. Son sourire s’élargit, franc, presque amusé. Il avait remarqué ma gêne. Comme toujours. Thomas Elle accepte, mais elle rougit encore. Toujours cette pudeur, cette retenue qui la rend différente de toutes celles que j’ai connues. Elle ne cherche rien. Elle ne prend rien. Elle mérite. Je conduis jusqu’à un restaurant élégant, à l’abri du bruit et de l’agitation. Un endroit calme, chaleureux, où l’on peut parler sans être observé. Le champagne est servi, les verres tintent doucement. — À la réussite du projet, dis-je. — À l’équipe…, répond-elle avec ce sourire sincère qui ne triche jamais. Je parle de la réunion, des clients, puis inévitablement de Marc Delcourt. — Ce qu’il vous a dit était déplacé. Il n’avait pas à vous parler de cette façon. Elle baisse les yeux. — Merci… vraiment. Votre intervention m’a beaucoup aidée. Je n’ai aucun doute : j’ai bien fait. Puis une voix que je reconnaîtrais entre mille. — Thomas ? Lina. Je me lève immédiatement. — Lina. Comme à son habitude, elle s’approche pour m’embrasser sur la bouche. Comme à chaque fois, je tourne légèrement la tête. — Tu finiras par arrêter d’esquiver, dit-elle en souriant. Je remarque son regard qui glisse aussitôt vers Lucie. — Oh… je ne savais pas que tu étais accompagné. Lucie se lève, un peu raide. — Bonjour. Lucie. — Lina, répond-elle. La petite amie de Thomas. Je rectifie aussitôt : — Lina est une amie d’enfance. Ma meilleure amie. Lina sourit, amusée, puis sans attendre d’invitation, tire une chaise et s’installe. — Alors, qu’est-ce qu’on fête ? Je raconte la réunion, le contrat, et surtout… Lucie. Son sang-froid. Son intervention. Sa connaissance du dossier. Lina Je le vois immédiatement. Ses yeux brillent. Thomas ne brille pas pour grand-chose. Encore moins pour quelqu’un. Et pourtant, quand il parle d’elle… il est différent. Plus vivant. Plus fier. Je tourne lentement la tête vers Lucie. Elle est simple. Naturelle. Pas de maquillage excessif, pas de posture calculée. Ses grands yeux vert émeraude attirent la lumière sans effort, et son sourire est d’une douceur désarmante. On voit tout de suite qu’elle n’essaie pas de séduire. Elle est juste… elle-même. Humble. Gentille. Authentique. Dangereux. Je comprends aussitôt. Pas pour moi. Pour lui. Lucie Je me sens minuscule à côté d’elle. Lina est sublime, élégante, sûre d’elle. Elle pose la main sur le bras de Thomas avec naturel, plaisante, le connaît par cœur. Ils ont l’air si proches. Trop proches. Je n’ai pas ma place ici. Quand le serveur apporte la carte des desserts, je prends mon courage à deux mains. — Je vais rentrer, dis-je doucement. Je suis un peu fatiguée. Thomas se lève aussitôt. — Je vais vous déposer. — Non, ce n’est pas nécessaire, vraiment. Prenez un dessert… je vais prendre le métro. Je souris, gênée, puis je pars avant de changer d’avis. Mais à peine ai-je fait quelques pas dehors que j’entends quelqu’un m’appeler. — Lucie ! Je me retourne, surprise. Thomas arrive, essoufflé. — Vous avez couru ?, demandé-je, inquiète. — Oui. — Tout va bien ? Il reprend son souffle, puis me regarde droit dans les yeux. — On rentre au bureau ensemble. Et à cet instant précis, sans savoir pourquoi, je sens que quelque chose vient de changer.
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