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790 Mots
Chapitre 17 McNeil ne ralluma son téléphone que le lendemain. Dès que l’écran s’illumina, il vit plus d’une dizaine d’appels manqués, tous provenant du commissariat local. « Monsieur Langford ? » La voix à l’autre bout du fil était brève et officielle. La réponse de McNeil fut froide, presque détachée. « Oui. De quoi s’agit il ? » « Aux premières heures de ce matin, nous avons retrouvé le corps d’une jeune femme sur Westchester Avenue. Le numéro d’identification est… » L’agent égrena une longue suite de chiffres. À chaque numéro, la poitrine de McNeil se serrait davantage, son cœur battant de plus en plus fort dans ses oreilles. « La défunte est Victoria. Nous avons découvert son corps gelé à l’intérieur d’une Ferrari. Il existe des indices indiquant qu’elle a été agressée et mutilée avant sa mort. Monsieur Langford, je crains que vous ne deviez vous préparer. Nous souhaiterions que vous veniez au poste pour procéder à l’identification. » Lorsque l’agent eut terminé, McNeil sentit le sang se figer dans ses veines. Une Ferrari. Le numéro d’identification. Victoria. « Non… ce n’est pas possible. » Il rejeta cette idée immédiatement. Victoria n’aurait jamais été assez imprudente pour conduire pendant une tempête de neige. Jamais. Même si le nom et la voiture correspondaient, il refusait d’y croire. Il ne répondit pas tout de suite à l’agent. Après avoir raccroché, il composa le numéro de Victoria. La veille au soir, elle l’avait appelé au moins dix fois, mais son téléphone était éteint. Essayait elle de le joindre pour demander de l’aide ? Une montée d’adrénaline lui brouilla la vue, comme une tempête de neige blanche. Un bourdonnement assourdissant envahit ses oreilles, au point qu’il entendait à peine la voix de Violet à côté de lui. Il ne savait même plus où elle se trouvait dans la pièce. Il resta figé, glacé jusqu’aux os. « McNeil ? » La voix de Violet était calme et posée, résultat d’une nuit complète de sommeil. « C’est Victoria ? Je vais bien, tu devrais aller voir comment elle va. » La nuit précédente, Violet avait murmuré un plan à Gwyneth : distraire l’infirmière, prendre une gorgée d’eau mélangée à du sirop, puis la recracher de façon convaincante devant le personnel. Ensuite, Gwyneth avait appelé McNeil. Tout le monde savait que Victoria ferait une scène, elle l’avait toujours fait, mais Violet avait placé Gwyneth en sentinelle. McNeil serra son téléphone, engourdi, rappelant encore et encore. L’appel n’aboutissait pas. Elle avait déjà bloqué son numéro. Victoria ne pouvait pas être morte. Il refusait d’y croire. La veille encore, ils s’étaient disputés à propos de Violet. Comment quelqu’un d’aussi vivante pouvait il disparaître ainsi ? « Je vais au commissariat », réussit il à dire, la voix tremblante, la main secouée en attrapant ses clés. Violet le regarda, confuse. McNeil tenta de se ressaisir. « La police a trouvé le corps d’une femme. Ils pensent que ça pourrait être Victoria… » --- Aéroport international d’Echo City Au moment où Victoria descendit de l’avion, une Mercedes noire s’arrêta avec élégance au bord du trottoir. Un homme l’attendait à l’arrière, remarquablement beau, enveloppé dans un long manteau bleu nuit qui lui donnait une aura d’autorité tranquille. Ses traits s’adoucirent dès qu’il la vit. Il sortit pour l’accueillir en personne. Les yeux de Victoria se remplirent de larmes en le voyant. « Cousin… » « Je pensais que tu n’arriverais qu’après demain. Tu m’as presque donné une crise cardiaque. » Stein Campbell sourit, fit signe au chauffeur de ranger les bagages de Victoria dans le coffre, puis s’installa à l’arrière à côté d’elle. Victoria désigna l’étui en cuir qu’il tenait. « C’est vraiment la dernière œuvre de ma tante ? » Stein ouvrit le portfolio et lui tendit le catalogue. Les yeux de Victoria se remplirent de larmes lorsqu’elle découvrit le paysage à l’intérieur. Dans un coin figurait la signature de sa mère, Edith, scellée de cire rouge. Victoria passa doucement ses doigts sur l’image, comme si elle touchait sa mère à travers le papier. Voyant sa peine, Stein posa une main réconfortante dans son dos. « Elle est partie, Victoria. Ne laisse pas cela te briser. J’aimerais pouvoir faire davantage. » Edith avait consacré toute sa vie à son art. Après sa mort, le père de Victoria, Simms Miller, avait vendu sans scrupule chaque œuvre que sa femme avait aimée, les dispersant aux quatre coins du pays dans des maisons de vente aux enchères. Victoria n’était jamais retournée chez son père après cela. Elle avait pris le nom de famille de sa mère, et la rupture entre elle et Simms était si profonde qu’elle aurait presque pu publier une annonce officielle pour déclarer la fin de tout lien entre eux.
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