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774 Mots
Chapitre 11 Le feu dans l’âtre de la villa vacillait, projetant des ombres mouvantes sur le profil impeccable de Victoria. La lumière changeante dansait sur ses traits, soulignant une beauté presque irréelle. Ses longs cheveux sombres retombaient sur un côté de son visage, voilant à moitié son expression, tandis qu’elle s’attardait sur une seule phrase du livre posé sur ses genoux. " L’amour de jeunesse d’un homme est la menace ultime pour son épouse. Il n’oubliera jamais ce premier amour et, après six ans de mariage, je réalise que je n’étais même pas un substitut. Je n’étais rien du tout. " Victoria ne put s’empêcher de se laisser happer par ces mots, chaque souvenir doux amer avec McNeil remontant à la surface. Elle était totalement absorbée, le roman se mêlant à la douleur de son propre cœur. " Qu’est ce que tu lis ? " Une odeur fraîche de cèdre l’enveloppa. Inconfondablement, celle de McNeil. Ses bras se glissèrent autour de sa taille. Elle sursauta sous ce contact soudain, son corps se crispant, mais elle ne se donna même pas la peine de se retourner. Elle fixa le feu, écoutant le bois crépiter, un son qui se mêlait à la tempête de neige à l’extérieur, rendant le silence de minuit encore plus profond. McNeil tendit la main vers le livre. Sans réfléchir, Victoria le lança dans les flammes. Il décrivit un arc dans l’air avant d’atterrir doucement dans l’âtre, où le feu le dévora aussitôt, sans laisser la moindre trace. " Je suis fatiguée. Je vais me coucher. " Elle tenta de se dégager de son étreinte. Ce contact qui autrefois la faisait frissonner lui donnait désormais la chair de poule. Nuit après nuit, depuis que McNeil passait de plus en plus de temps loin de la maison, elle se réveillait de cauchemars où elle le voyait enlacé avec Violet. Ces images la rendaient physiquement malade. Elle courait aux toilettes, prise de haut le cœur, la nausée s’accrochant à elle bien après son réveil. McNeil, inconscient de son dégoût, la serra davantage contre lui. Il pensa qu’elle faisait encore la tête à cause de la robe de mariée, ou parce qu’il avait pris la défense de Violet. Mais il savait que Victoria l’aimait. Sinon, elle n’aurait jamais accepté de sauver Violet. Reconnaissant, il sentit la balance pencher, ne serait ce qu’un peu, en sa faveur. Il prit une décision. Il n’allait plus la laisser seule dans cette maison. En vérité, l’état de Violet était stable la plupart du temps. McNeil se dit qu’il était temps de mieux traiter Victoria. Il ne perçut pas les signaux dans sa voix, ceux qui disaient reste loin. Au contraire, il se rapprocha encore, posa son menton sur son épaule et respira le parfum propre de ses cheveux fraîchement lavés. Ses pensées commencèrent à dériver. Cela faisait plus de deux semaines qu’ils n’avaient pas été ensemble. Les besoins de Violet, l’inquiétude pour leur fille, tout les avait tenus à distance. La dernière fois qu’ils avaient essayé, Gwyneth les avait interrompus. À présent, le désir brûlait à nouveau en lui. " Gwyn n’est pas à la maison ce soir. Laisse moi te porter jusqu’au lit, d’accord ? " Il avait voulu ramener Gwyneth, mais leur fille avait refusé de quitter Violet après l’opération. Violet se remettait bien, entourée d’une équipe d’infirmières dans la maison de Winding Peak Lane. McNeil se sentait enfin apaisé. Ce soir, il voulait offrir son temps à Victoria, la remercier, la réconforter, de toutes les manières possibles. Corps et âme. " McNeil, pour qui me prends tu ? " La voix de Victoria était tranchante, presque glaciale. " Pour un jouet que tu peux appeler quand ça t’arrange ? Même si je n’étais qu’un jouet, ne penses tu pas que tu devrais me demander si j’ai envie de toi ? " Son visage vacillait dans la lueur du feu, à moitié caché par ses cheveux, ses lèvres d’un rouge éclatant. La lumière la rendait à la fois dangereuse et terriblement belle, mais ses mots étaient froids comme l’hiver. Le désir de McNeil, attisé par la chaleur de son corps et l’intimité du moment, s’éteignit instantanément. Son mépris s’abattit sur lui comme un seau d’eau glacée. Il avait laissé Violet, à peine sortie du bloc opératoire, juste pour être avec Victoria, et voilà comment elle l’accueillait. Victoria se leva du canapé, la couverture glissant à ses pieds. La lumière du feu révéla les lignes délicates de sa silhouette, mais son visage était fermé, blessé et hostile. La passion de McNeil s’évanouit complètement. Ses tempes battaient, la colère grondant sous la surface tandis qu’il luttait pour la contenir.
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