Nancy n'en revient toujours pas. Je vois des étoiles dans ses yeux. J'ai l'impression que tout son monde tourne autour de moi.
Est-ce que quelqu'un vous a déjà aimé comme ça ? Ça fait plaisir de savoir que l'on compte autant pour quelqu'un et qu'il y'a au moins une personne sur cette terre qui a vraiment besoin de nous. Quand tout va mal il suffit d'y penser pour se ressaisir.
Nancy : alors tu m'accompagnes à mon prochain rendez-vous chez le médecin me demande-t-elle en me faisant sortir de mes pensées.
Moi : Ah oui avec plaisir ! On pourra connaître le s**e du bébé ?
Nancy : ah non Candy* pas maintenant dit-elle en rigolant.
Ce surnom me rappelle beaucoup de choses. Elle avait l'habitude de m'appeler comme ça quand on était encore au lycée.
Moi : waouh Candy* ? Tu n'as pas oublié
Nancy : comment pourrais-je ?
Moi : je me rappelle de la première fois que tu m'avais appelé par ce surnom
Nancy : tu n'avais rien compris, tu étais trop nul en anglais
Moi : oui et je faisais genre, c'est quand j'ai raccroché que j'ai vérifié le dico
Nancy : tu ne pouvais pas me demander simplement
Moi : ah non je ne voulais pas paraître idiot devant toi, tu étais vraiment une petite princesse gâtée à l'époque
Nancy : sans vouloir me vanter presque tous les gars du lycée voulaient sortir avec moi quand je suis arrivée là-bas en seconde
Moi : mais toi tu n'avais œil que pour moi
Nancy : arrête ce n’est pas vrai.
Moi : c'est vrai, c'est toi qui m'as lancé tous ces signaux
Nancy : et comment ça ?
Moi : heu genre tu te rappelles notre premier cours de math, tu es venu t'asseoir à côté de moi et tu ne cessais de me poser des questions dont tu connaissais déjà la réponse
Nancy : aïe tu savais dès le début alors la honte ! Mais comment tu as su ?
Moi : tu as eu la meilleure note au premier devoir et j'avais remarqué que tu étais trop bien en math.
Nancy : ah et moi qui croyais que tu n'avais pas deviné que c'était juste des prétextes
Moi : tu cherchais tout le temps des prétextes pour me parler
Nancy : c'est vrai
Moi : et moi tu me plaisais de ouf mais j'attendais le bon moment
Nancy : et c'était pendant la sortie pédagogique à Gorée ?
Moi : en fait ce jour-là je n’avais pas l'intention de te demander de sortir avec moi mais j'en pouvais plus j'avais l'occasion dons je me suis lancé sans hésiter
Nancy : tu connaissais déjà la réponse ?
Moi : oui mais n'empêche tu m'intimidais, la petite fille avec un teint de mulâtresse et avec des formes là où il faut, intelligente en plus.
Nancy : et j'étais tellement capricieuse
Moi : hum c'est toi qui le dis
Nancy : toi tu as toujours été modeste au fond, alors que tu étais magnifique
Moi : je le suis toujours.
Nancy : j'avoue, remercie tes grands parents
Moi : je le fais chaque jour
Nancy : alors ? Tu vas rester pour le dîner ?
Moi : heu je dois regagner la confiance de mes parents je reste le maximum de temps possible à la maison.
Nancy : je comprends
Moi : et surtout n'oublie pas de parler à tes parents, dis-leur qu'on doit venir chez toi
Nancy : hum, ce sera sûrement le week-end prochain.
Moi : ça marche, tu m'accompagnes à la porte.
Nancy : oh non reste un peu.
Moi : Nancy comprends moi.
Nancy : ok de toute façon rien ne va gâcher ma bonne humeur.
Moi : c'est ce que je veux entendre allez viens, je dois partir.
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Comme prévu mes parents et moi devions nous rendre chez Nancy pour parler à ses parents.
Nancy m'a dit qu'elle a déjà parlé de sa grossesse a ses parents et qu'ils étaient trop énervés mais apparemment elle s'en fout. Elle ne les considère plus, afin pour le moment elle est toujours remontée.
La veille mes parents m'avaient appelé pour me demander si j'étais sûr de moi, si j'allais épouser Nancy après son accouchement. J'avais confirmé bien sûr. Maman en avait profité pour me prévenir, "rester sage" jusqu'au mariage. Pourtant on n’avait pas l'intention de faire le contraire.
Quand on est arrivé là-bas, mon cœur commençait à battre plus fort. En fait je ne savais pas comment réagir. Ses parents sont là et ils nous ont bien accueilli mais je ne vois pas Nancy.
Madame Ba ou tata Khady comme on a l'habitude de l'appeler est comme toujours très élégante. Elle a le teint noir, elle est élancée et son boubou traditionnel en basin ne fait que mettre en valeur son charisme. Elle porte des bijoux en or comme d'habitude. Elle est d'une beauté cette femme.
Le père de Nancy lui je l'avais vu une seule fois avant aujourd'hui. On était encore au lycée et il était venu prendre le bulletin de sa fille. Il travaille tout le temps même Nancy pouvait rester des jours sans le voir. Mais il entendait beaucoup parler de moi d'après ce que j'ai remarqué.
On était tous assis dans leur salon, leur gouvernante nous avait apporté à boire et tout mais je ne voyais toujours pas l'ombre de Nancy. Papa a finalement décidé de demander après elle.
Papa : mais où est Nancy ?
Madame Ba : heu Nancy elle ne doit pas tarder
Ça se voyait qu'elle ne savait pas quoi dire, elle ne voulait pas que mes parents sachent qu'elle n'habitait plus là-bas.
Monsieur Ba : en fait elle avait quelques douleurs ce matin et j'ai demandé à sa sœur de l'accompagner à l'hôpital pour être plus prudent.
Apparemment ce vieux sait raconter des histoires pour s'en sortir.
Moi : je m'excuse je vais sortir un peu pour appeler Nancy, pour savoir si ça s'est bien passé.
Papa : oui c'est mieux, essaye de contacter sa sœur.
Moi : d’accord
Je suis parti dans le jardin pour l'appeler. Heureusement qu'elle n'a pas pris du temps pour décrocher.
Moi : mais qu'est-ce que tu nous fais là
Nancy : tu sais très bien que je n'arrive plus à les supporter
Moi : mais fais des efforts pour moi, mes parents se sont déplacés jusqu'ici.
Nancy : je suis vraiment désolé
Moi : imagine déjà on a fait une bêtise avant mariage maintenant si on leur dit que tu ne vis pas chez tes parents que vont-ils penser de toi ? Je dois t'épouser Nancy, sois de mon côté essayons de nous battre tous les deux
Nancy : je te comprends parfaitement
Moi : est-ce que tu peux venir maintenant ?
Nancy : ok j'arrive.
Moi : merci ! Bon je dois rejoindre les parents maintenant
Nancy : d'accord à toute chéri
Je suis reparti dans le salon et je les ai trouvés en train de parler de la météo.
Papa : alors ? Me dit-il quand il m'a vu entrer.
Moi : elle va bien, elle est en route.
Madame Ba : ah Dieu merci.
Papa : on est vraiment désolé pour tout ça, elle n'avait pas à subir tout ça étant célibataire, mais ne vous inquiétez pas mon fils assumera tous ses responsabilités.
Madame Ba : ils sont tous les deux fautifs, on serait hypocrite de n'en vouloir qu'à lui, et on apprécie vraiment le fait que vous veniez ici tous ensemble
Monsieur Ba : c'est vrai mais il faut savoir que les conséquences seront beaucoup plus dures pour notre fille, votre fils peut continuer de faire ses activités, ce n'est pas lui qui sera jugé, et il n'aura aucun problème pour se marier plus tard
Maman : exactement c'est pourquoi on a décidé de venir ici, on sait votre fille va souffrir plus que tout le monde, c'est la vie mais on ne va pas la laisser seule dans cette épreuve
Papa : je la considère comme ma fille désormais et on va prendre soin d'elle comme si c'était le cas
Moi : je voulais parler dès le début mais je suis un peu gêné face à la situation parce que avant tout vous m'avez toujours fait confiance, je connais Nancy depuis des années et je pense que j'aurais dû la protéger comme j'aurai fait avec mes sœurs, mais l'erreur est humaine et il y'a des sentiments c'est un peu différent. Peut-être qu'on devait faire ça depuis longtemps mais je n’ai pas saisi le bon moment mais là je sais ce que je dois faire et ce que je veux faire ; je veux épouser votre fille.
On peut voir que les parents de parents sont très contents quand j'ai dit ça. De toute façon sa belle-mère a toujours voulu qu'on se marie. Je suis apprécié dans cette famille et malgré ce qui s'est passé je vois que rien a changé.
Madame Ba : ah c'est ce qu'on espérait entendre, en plus votre relation ne date pas d'aujourd'hui donc je pense que vous savez ce que vous voulez
Monsieur Ba : on ne peut faire qu'accepter si bien sûr notre fille est d'accord
Papa : on sera ravi que vous nous acceptiez parmi vous
Madame Ba : Bachir a toujours été considéré comme un fils dans cette maison
Maman : je n’en doute pas, j'ai toujours apprécié votre fille aussi, ils sont jeunes ils ont suivi leurs instincts mais c'est à nous de les pousser à prendre leurs responsabilités. Je pense que Bachir vient de prendre une bonne décision
Monsieur Ba : après son accouchement, vous pourrez venir demander sa main.
Papa : on vous a donné notre parole, dit-papa en me regardant dans les yeux.
C'est un moyen de me dire « tu as donné ta parole ».
Monsieur Ba : je suis rassuré alors.
Papa : bon nous on doit partir maintenant, je voulais vraiment voir votre fille aujourd'hui mais ce sera sûrement une prochaine fois.
Maman : on va vous inviter à venir dîner à la maison avec vos deux filles.
Madame Ba : ça nous fera vraiment plaisir.
Maman : parfait, on va choisir un samedi pour ça.
Monsieur Ba : En tout cas ça nous a fait plaisir de vous voir ici.
Papa : c'est normal !
Moi : N'hésitez pas à m'appeler pour tout ce dont Nancy aura besoin, même si c'est pour l'accompagner à l'hôpital.
Monsieur Ba : ah non toi je te défends d'approcher ma fille pour ces huit mois dit-il en rigolant.
Moi : comme vous voulez
On s'est tous levé et les parents de Nancy nous ont raccompagné jusqu'à la voiture.
Quand on est monté dans la voiture, papa m'a demandé de rappeler Nancy pour voir pourquoi elle n'était pas encore arrivée. Je l'ai envoyé un texto vite fait « mon père croit que tu es à l'hôpital joue le jeu ». J'espère qu'elle l'a reçu. Elle n'a pas mis du temps à décrocher quand j'ai passé l'appel.
Nancy : je suis désolé mon cœur mais ça a été plus fort que moi.
Apparemment elle n'a pas lu mon message.
Moi : ok mais tu es où maintenant ?
Nancy : j'étais en route pour venir, mais je n’ai pas eu la force, en plus j'ai honte devant tes parents et tout, ce n'est vraiment pas facile pour moi de les regarder dans les yeux.
Moi : tu es où exactement ?
Nancy : je voulais vider ma tête, je suis à la pointe des Almadies
Moi : ok c'est bon, dis-je avant de raccrocher.
Je lui ai envoyé un autre texto « je te rejoins ».
Moi : papa apparemment il y'a beaucoup d'embouteillages, elles ne vont sûrement pas tarder.
Maman : c'est normal on est samedi
Papa : oui c'est normal.
Moi : papa je veux aller au supermarché pour acheter quelques trucs pour elle, je peux prendre un taxi.
Papa : hum Bachir c'est bien que tu te soucies d'elle et tout mais n'oublie pas ce qu'on t'a dit.
Moi : d'accord papa ne t'en fais pas pour ça.
Maman : tu vas descendre ici ?
Moi : oui je vais prendre un taxi d'ici.
Papa : alors on se revoit à la maison dans maximum deux heures.
Moi : promis papa.
Je suis descendu de la voiture pour prendre un taxi. Quand je suis arrivé là-bas, j'ai appelé Nancy et on a pu se retrouver. Elle était assise en face de la mer. Je l'ai rejoint pour parler avec elle.
Moi : tu aurais dû venir.
Nancy : je suis désolé
Moi : Nancy tôt ou tard tu vas devoir revoir mes parents
Nancy : je sais mais aujourd'hui je n’étais pas prête, en plus je ne peux pas faire l'hypocrite devant eux, je n'arrive plus à me les voir Monsieur et Madame Ba.
Moi : arrête de te comporter une gamine.
Nancy : mais je rêve ou quoi ? Avec tout ce qu'ils m'ont fait subir tu penses que je me comporte comme une gamine.
Moi : c'est dur mais essaye de prendre sur toi, juste le temps de ta grossesse.
Nancy : Bachir une mère est ce qu'il y'a de plus important dans la vie d'un enfant, ils m'ont privé ça et en plus m'ont forcé à la détester pendant 20 longues années j'étais malheureuse, et tout ça à cause d'eux
Moi : je comprends mais
Nancy : tu ne comprends rien mais s'il te plaît évite de me dire ces genres de choses, tu n'as aucun droit de juger mon comportement envers ces personnes, je suis la seule à savoir ce que je ressens
Moi : ne pense surtout pas que je ne compatis pas ; et je m'excuse j'ai été maladroit mais je veux juste qu'on gère cette situation ensemble jusqu'à la naissance de notre enfant. Après on va se marier on aura notre appartement, on va vivre comme tu le voudras.
Elle m'a regardé dans les yeux avant de me faire un câlin.
Nancy : j'ai besoin de toi
Moi : je suis là, allez viens on va marcher un peu.
On s'est levé et je lui ai tendu la main. On marche tranquillement en discutant. J'essaye de lui remonter le moral au maximum. Plus on marche plus je vois une silhouette qui m'est très familière. Et oui je viens de la reconnaître, c'était Cherifa.
Moi : Nancy tu vois la fille qui marche vers nous, celle avec la combinaison colorée là.
Nancy : oui ?
Moi : c'est elle Cherifa.
Nancy : quoi ? Ton ex fiancée ?
Moi : oui, elle.
Nancy : quelle coïncidence !