Quand j'ouvre les yeux, un léger rayon de soleil traverse l'un des rideaux opaques de la chambre. Je regarde l'horloge à mes côtés, il est presque 11h. Petit à petit je reprends conscience de mon corps. Je suis assaillie par les courbatures, comme-ci j'avais courue un marathon. Je pose une main sur mon entre-jambes presque d'instinct, en me souvenant qu'il y a quelques heures il était encore en moi. Quand je me retourne, je suis surprise de voir encore Johann allongé à mes côtés. Il dort paisiblement, la tête penchée, les lèvres entre ouvertes, prouvant son total abandon. Le drap le couvre à hauteur des hanches, laissant son torse à l'air libre. Je l'observe un long moment, subjuguée par son être.
Toute la soirée d'hier me reviens en mémoire, et une profonde honte m'envahie. J'ai fait ce que je m'étais refusée de faire depuis tant de temps, je me suis donnée à un homme que je n'aimais pas. Cela à beau être une stratégie pour m'assurer que ce mariage puisse m'être utile, j'ai le sentiment d'avoir bafouée mes idéaux. J'ai besoin de voir Sylvia, il faut que je lui explique ce que je ressens, elle seul peut m'écouter et me dire ce que je dois faire pour ne plus me sentir si... faible.
Je me lève et m'habille. Je sais qu'il y a des gardes qui m'attendent derrière la porte, mais maintenant que je suis princesse, il me semble que j'ai le droit d'aller et venir où bonne semble. J'ouvre la porte délicatement pour ne pas réveiller Johann, puis tombe nez à nez avec deux gardes.
Adélaïde : " Bonjour messieurs. Auriez-vous l'amabilité de me guider jusqu'à la chambre de ma tante Sylvia. Mon époux m'a dit que vous pourriez le faire? "
" Bien sûr princesse. " répond, l'un des gardes.
Princesse? Je suis un temps surprise par cet appellation, mais m'y accommode malgré tout... Je suis extatique quand je constate qu'ils m'accompagnent sans encombre jusqu'aux appartements de ma tante. J'en profite pour retenir le chemin : traverser le long couloir, monter un étage et prendre la première à droite... après ce périple, ils frappent à la porte et attendent à mes côtés.
Sylvia: " Oui... ". Elle s'immobilise instantanément à ma vue. " Princesse... " dit-elle, en me souriant. " Entrez, je vous en prie... " Je passe sa porte et laisse les gardes sur le pallier. Quand elle la referme derrière moi, elle se précipite à ma rencontre et me prend dans ses bras. " Alors? Comment ça s'est passé? "
Adélaïde : " J'ai suivi le livre à la lettre... du moins, ce que j'ai retenue... "
Sylvia : " Et donc? "
Adélaïde : " Ça semble lui avoir plu... "
Sylvia : " Tu n'en est pas sûr? "
Adélaïde : " Il ne me l'a pas dit explicitement, mais... il me l'a fait comprendre. Il m'a demandé où j'avais appris à être... comme ça..." dis-je presque rougissante.
Sylvia : " Et toi? Comment as-tu trouvée cela? "
Adélaïde : " Au début, j'étais plus concentrée sur le fait de ne pas faire d'erreurs et de le contenter, comme vous me l'aviez dit... et oui, à un moment, je... je ne sais pas, c'est comme-ci tout m'avait échappé. "
Sylvia : " Tu as aimée, c'est ça... " dit-elle, compréhensive.
Adélaïde : " Je me disais que je faisais un sacrifice, mais en réalité je n'ai pas trouvée cela si désagréable. "
Sylvia : " Tant mieux, si toi aussi tu peux prendre du plaisir! Tu as de la chance... certaines n'en éprouvent jamais. " dit-elle, avec dépit. " Maintenant il faut savoir, si tu peux utiliser cela à ton avantage... "
Adélaïde : " C'est à dire? "
Sylvia : " Demande lui quelque chose... une chose qu'il te refusait avant. S'il insiste dans son obstination, tu devras le convaincre de façon charnelle."
Adélaïde : " C'est une sorte de chantage? "
Sylvia : " Pas vraiment. Le vrai chantage c'est lui qui l'a fait, en te forçant la main pour l'épouser."
Adélaïde : " Tu as raison, je n'ai pas de remords à avoir, c'est lui qui nous a mis dans cette situation. Il va falloir que je relise certains passages... il y en a un sur le plaisir masculin qui m'a sembler très étrange ... "
Sylvia : " La f*******n? " dit-elle, amusée.
Adélaïde : " Oui... il y est expliqué qu'il suffit de... Je ne sais pas si je peux le dire en votre présence ma tante. " dis-je gênée.
Sylvia : " Je pense qu'a présent nous ne devons plus avoir d'embarras l'une envers l'autre... "
Adélaïde : " L'auteur décris une forme de caresse... mais aussi... d'aspiration qui contenterait n'importe quel partenaire masculin. "
Sylvia : " Tu l'as très bien lu, on dirait... C'est vrai. Utilise le comme une arme, mais en cas de situation complexe... "
Adélaïde : " Lorsque nous l'avons fait la deuxième fois... "
Sylvia : " Vous l'avez fait deux fois! " me coupe-t-elle, surprise.
Adélaïde : " Pourquoi, cela ne se fait pas? "
Sylvia : " Pas lors de sa première nuit... Il te désire Adélaïde. Tu as réussie, maintenant rend le amoureux! " dit-elle, en m'encourageant.
Alors que nous discutons à bâton rompu, un garde fait irruption dans la chambre et s'avance jusqu'à moi. " Le prince vous cherche dans tout le château ! " dit-il, paniqué. " Il a réquisitionné tout les gardes des alentours. "
Je regarde Sylvia une dernière fois avant de partir retrouver mon époux. Alors que nous nous dirigeons jusqu'à ma chambre, une idée me traverse l'esprit.
Adélaïde : " Si il vous questionne, dite lui que je suis partie sans vous et que vous m'avez trouvés. Afin que vous n'ayez pas de problème. " Ils se regardent avec perplexité. " Je ne veux pas que mes actions se répercutent sur vous... Vous m'avez trouvé essayant de sortir dehors. "
Nous arrivons à ma chambre et Johann est habillé, en train de discuter avec plusieurs gardes. Quant il me voit, il s'interrompt et marche à ma hauteur.
Johann : " Où diable étiez-vous!?" dit-il d'une sourde.
Adélaïde : " Dehors. " répondis-je naturellement.
Johann : " Où l'avez vous trouvez? " demande-t-il à l'un des gardes.
" Elle venait de pénétrer la cours, lorsque nous lui avons demandé de nous suivre." dit-il, mal à l'aise. " Elle nous a suivit sans encombre. " rajoute l'autre.
Johann : " Sortez! " crie-t-il, aux gardes. "Tous!" Ils se précipitent à l'extérieur bruyamment et je les regarde partir, souhaitant être à leur place. " Tu as voulu t'enfuir, encore une fois? "
Adélaïde : " Non, mais je me suis dit que maintenant que je t'avais épousé, je pouvais aller où bon me semblait dans le château. "
Johann : " Donc, tu es allée dehors? "
Adélaïde : " J'ai vécu à la campagne... sortir dehors m'est naturel... je suis restée cloîtrée ici si longtemps... "
Johann : " Tu n'as pas le droit de faire ce que tu veux car tu dois me demander à l'avance ! " dit-il, en m'attrapant par le bras. " Tu es princesse, mais mon épouse avant tout! "
Je le repousse. N'acceptant pas sa façon de me tenir.
Adélaïde : " Ne me touche pas ainsi! Je ne suis pas un animal! "
Il m'observe, méfiant.
Johann : " Je t'ai promis une punition la première fois que tu as tentée de partir... c'est peut-être le moment de te la donner... "
Adélaïde : " Puisque je te dis que je ne m'enfuyais pas! Et tu n'as pas à me punir, car je ne suis pas une enfant, tu l'a constaté hier soir."
Johann : " Justement ! Viens par là. " dit-il, tendant sa main vers moi.
Adélaïde : " Non. "
Johann : " Qu'as tu dis? "
Adélaïde : " Non. " répétais-je avec aplomb.
Il m'attrape violemment et me bascule sur son épaule en m'emmenant jusqu'au lit. Il me cale sur ses genoux et lève ma robe. Je crie de toute mes forces pour essayer de l'arrêter et aussi alerter les gardes mais personnes ne vient. Il me frappe les fesses tout en me coinçant les bras derrière les dos.
Johann : " Ne me désobéit jamais! " dit-il, en m'infligeant cette humiliante correction.
Je me débat de toutes mes forces et arrive à me dégager. Je lui colle un coup de pied au visage et atteint le sol où je rampe avant de me relever. Je prends un objet à mes côtés et constate que c'est un petit vase.
Adélaïde : " Vous êtes fou! Ne m'approchez pas! " dis-je en le menaçant.
Johann : " Tu ne me fait pas peur. Je ferai ce que je veux de toi. "
Je lui lance le vase à la figure, énervée par son assurance. Il est atteint à l'épaule et pousse un crie quand un éclat de verre s'enfonce dans sa chair.
Adélaïde : " Oh mon Dieu! " dis-je, en m'avançant jusqu'à lui.
Il tient son bras en regardant le sang en jaillir.
Johann : " Il me faut un médecin. " dit-il se tordant de douleur.
Je le guide jusqu'au lit, puis pars ouvrir la porte pour demander aux gardes de quérir le médecin le plus rapidement possible.
...
Après avoir été soigné, je reste assise à ses côtés.
Adélaïde : " C'est douloureux?" Il me regarde mais ne me répond pas. Il m'a ignoré tout le temps où le médecin a été là. Je crois l'avoir vexée car je lui ai infligée la correction qu'il me réservait. "Je peux faire la discussion toute seule, vous savez... Je suis née à Rotterdam, mais mes parents ont vite quittés la ville pour se rendre à la campagne. Mon père est propriétaire terrien, mais il possède aussi une scierie. Je suis fille unique, mais j'ai toujours rêvée d'avoir un frère ou une soeur..."
Johann : " Assez! " dit-il, agacé.
Je me tût.
Adélaïde : " Je suis désolée de vous avoir blessé durement, mais vous l'aviez mérité! Ne levez plus jamais la main sur moi! "
Johann : " Pourquoi es-tu... si... agaçante?! " dit-il, contrarier.
Adélaïde : " Je t'ai prévenu, mais tu as dit : qu'une femme restait une femme, et que tu arriverais à me faire plier à tes désirs... Ce fut un honneur de te montrer que tu as eu tord... " répondis-je avec fierté.
Johann : " Quand je me suis réveillé et que je ne t'ai pas vu... J'ai eu peur... hier soir, tu as... nous avons... j'ai eu la sensation que tu as aimée ça. " dit-il perdu.
Adélaïde : " Oui... j'ai aimée... " avoue-ai-je, à contre coeur.
Johann : " Bien. Parce-que moi aussi... " dit-il, calmement.
Adélaïde : " Peut-être pourrions-nous apprendre à nous connaitre? Normalement ça se fait avant, mais ... "
Johann : " Je n'avais pas le temps de faire connaissance Adélaïde. " dit-il, contrit. " Mon père... tu t'en rendras compte, est un homme capricieux et autoritaire. Quand il a une idée derrière la tête, il ne lâche jamais tant qu'il n'a pas eu gain de cause. Voyant que je m'accomplissais dans ma vie d'homme libre, il a exigé que je me marie pour me faire rentrer dans le droit chemin, mais aussi pour pouvoir avoir la main sur sa descendance. Il est obsédé par le fait d'en avoir une, pour être sûr que la famille Von Armsberg restera sur le trône sur plusieurs générations... Il m'a donné une date butoir et elle arrivait à sa fin le jour où je t'ai rencontré. Tu m'as donné ton nom et je le lui ai répété, quand il a exigé de moi un choix... Soit je t'épousais, soit il me mariait avec une femme que je n'avais jamais vu... Te trouvant à mon goût, j'ai préféré que ce soit toi. "
Vient-il de tout me raconter sans que j'ai eu à insister? Je suis stupéfaite par son changement d'approche. En effet, l'intimité... ça change tout!