Assis à table, j'observe plus que je ne mange, mes beaux-parents royaux échanger avec mon époux. Bien que la Reine Béatrice soit aimable, elle n'en demeure pas moins distante avec son fils, et quant au Roi... c'est une armoire à glace. Il ne fait que lui poser des questions succinctement.
Pieter : " Maintenant que tu es marié, tu vas pouvoir faire des déplacements diplomatiques à ma place. Tu me représenteras et feras suivre mes instructions. "
Johann : " Si vous le souhaitez... " dit-il, en continuant à manger.
Beatrice : " L'aile ouest du château à été préparée pour vous. Elle sera votre résidence officiel à partir de maintenant. Vous devez avoir vos propres appartements... "
Johann : " Vraiment mère? Toute l'aile ouest? " demande-t-il avec enthousiasme.
Béatrice : " Oui. On ne peut pas vivre les uns sur les autres éternellement."
"Les uns sur les autres"? Dans un château qui compte autant de pièces? Ils ont perdu la notion de toute choses...
Pieter : " Vous y déménagerez dès cette après-midi. Tout est prêt. " dit-il, autoritaire. "J'espère qu'avec tout ça, je n'attendrais pas trop longtemps pour constater une grossesse. "
Il parle comme-ci je n'étais pas là.
Johann : " Tout arrive au bon moment... " dit-il, détaché.
Pieter : " ll faut savoir forcer le destin! Je ne suis pas éternel et toi non plus... tu es si imprudent à cheval, que je me demande qu'est-ce-qui se passerait si tu faisais un accident... "
Adélaïde : " Si je puis me permettre votre excellence... Johann a parfaitement conscience de ses priorités. Le royaume a besoin d'héritiers et c'est en cela que notre mariage est un gage pour le futur. Quant à son imprudence, j'ai entendue des histoires contant votre courage démesuré lors de certaines batailles... je pense donc que Johann a hérité cela de vous... " dis-je calmement.
Ils m'observent tous les trois, interdit. Johann regarde son père redoutant sa réaction à ma prise de parole impétueuse. Pieter n'a pas baisser ses yeux et éclate de rire, avant de se tourner vers son fils.
Pieter : " Que de saintes paroles dans la bouche d'une femme... " dit-il enjoué. La Reine Béatrice est elle-même surprise par la bonhomie de son époux. " Soit à la hauteur de ses espoirs... elle ne sait pas qui elle a épousé. " dit-il, avec sarcasme.
Ces paroles désobligeantes semble blesser Johann, qui perd tout appétit. Leur relation est étrange: teintée de fascination et de rancoeur. Le Roi semble mettre énormément d'espoir en son fils, peut-être trop... Lui reprochant son insuccès par la suite. Je ne le trouve pas sympathique, il n'est pas méchant mais, il n'est pas charmant non plus... ces gens qui pensent avoir tout, n'ont en réalité pas grand chose...
Sachant que je déménage cette après-midi, après le déjeuner, je me précipite dans ma chambre pour cacher mon livre dans un petit sac qui contient quelques unes de mes affaires, afin de le garder à l'abris des regards indiscrets.
...
L'aile l'ouest est en réalité une charmante maison de taille très convenable, collée aux bâtiment du château. La vue sur le parc est imprenable et bien que nous soyons à Amsterdam, j'ai l'impression d'avoir trouvée un petit coin de campagne. Les écuries ne sont pas loin, ce qui à l'air de ravir Johann qui voue une passion sans borne pour les chevaux... Il y a un cuisinier et deux femmes de chambres qui nous sont détachés en permanence. Cela ressemble à n'importe quel maison bourgeoise du centre ville, sauf qu'elle est habitée par le prince.
Johann : " Voulez-vous voir le reste? Les chambres sont en haut. "
Adélaïde : " Qu'en est-il de mes affaires? " demandais-je avec intérêts.
Johann : " On les fera emmener ici, dans quelques instants. " répondit-il, rapidement. " Venez! "
Je le suis sans grand enthousiasme. Il y a quatre grandes chambres à l'étage, mais il y une a une qui a une vue imprenable sur le jardin. Je comprends que c'est celle-ci qui sera occupée par nous.
Adélaïde : " Ferons-nous chambre à part? "
Johann : " C'est une demande? " dit-il en fronçant des sourcils.
Adélaïde : " C'est une question... la gouvernante m'a dit que nous ferions chambre à part, hormis les fois où nous devrons nous rencontrer pour concevoir... " dis-je, récitant ces propos.
Il se poste devant moi, les bras croisés et me regarde droit dans les yeux.
Johann : " Normalement, c'est ce qui convient... mais après votre démonstration durant notre nuit de noce... je ne me résous pas à vous laisser dormir seule... " dit-il, avec un petit sourire. "D'ailleurs quand nous serons entre les murs de notre chambre, nous nous tutoierons. Le vouvoiement est pour nos apparitions publiques... Alors Adélaïde, tu dormiras avec moi, toutes les nuits, du moins quand je ne te prendrais pas pour concevoir... " dit-il, en s'approchant de mon oreille.
Adélaïde : " Du moment que vous... tu n'essayes pas de me battre comme tu l'as fait hier... je saurais restée courtoise. " répondis-je en croisant son regard.
Son sourire disparait à l'évocation de ce souvenir humiliant pour lui.
Johann : " Je ne suis pas homme à frapper les femmes... "
Adélaïde : " Alors pourquoi le faire avec moi? "
Johann : " Tu ne m'écoutes pas! Je n'ai jamais eu à insister pour avoir ce que je veux! Tu sembles prendre un malin plaisir à me défier. "
Adélaïde : " Je ne te défie pas! Tu nous as mis dans une situation délicate toi et moi. À présent, je n'ai pas d'autre choix que d'être ton épouse et princesse de surcroit! Alors que je n'ai jamais désirée, ni l'un ni l'autre... Tu dois prendre tes responsabilités. "
Johann : " Tu parles comme mon père... "
Adélaïde : " Il a raison sur certains points... pas tous. Que veux-tu faire pour le royaume? "
Johann : " Comment ça? "
Adélaïde : " Quelle est ta vision à long terme sur les évolutions à mettre en place? "
Johann : " Je ne sais pas. Je ne suis pas sûre que ce soit avec toi que je dois en parler... "
Adélaïde : " Avec qui d'autre alors? Ton père? Ses conseillers? Je suis une femme, mais je pense et réfléchis comme n'importe quel être humain! Je n'ai pas grandit entourée de nobles, mais avec des personnes normales. Qui travaillaient pour pouvoir subsister... Il y a des choses que tu ignores et si tu le veux, je me ferai une joie de te les apprendre. "
Johann : " Pourquoi cela devrais-je m'intéresser? "
Adélaïde : " Parce-que tu veux impressionner ton père. Lui montrer que tu as l'étoffe d'un roi. "
Johann : " Je n'ai pas besoin de toi pour ça. "
Adélaïde : " C'est vrai que tu t'es bien débrouillé... il t'a fallu un ultimatum pour te trouver une femme, que tu as d'ailleurs quasi enlevée pour pouvoir l'épouser... ça ne fait pas de toi quelqu'un de très responsable. "
Un éclair passe dans ses yeux et il se précipite sur moi, alors qu'il lève la main en ma direction, il la baisse rapidement, se ravissant.
Johann : " Comment oses-tu me parler ainsi! Tu me dois le respect. "
Adélaïde : " Le respect ça se mérite, et je ne crois pas que tu ai fait quoique ce soit pour que je te l'accorde! Je ne veux pas te faire de remontrance, je t'offre mon aide. J'essaye de me comporter en épouse. Du moins en véritable épouse! Pas celle que tu penses avoir! Une femme silencieuse qui attendrait d'être prise afin d'offrir des descendants au royaume... tu as misé sur le mauvais cheval, si je puis me permettre. "
Il laisse échapper un rire, devant ma métaphore animalière. Il s'assied sur le rebord du lit, et je l'observe réfléchir un instant. Il m'écoute... sinon, je n'aurais pas réussi à distiller le doute en lui, et cela sans avoir utiliser une quelconque satisfaction sexuelle... ce n'est donc pas le seul moyen...
Johann : " Tu es douée pour faire douter les autres... tu as réussi à faire rire mon père... Ce qui n'étais pas arrivée depuis des lustres! Je veux bien prendre certains de tes conseils, mais seulement lorsque je te les aurais demandés! Je ne veux pas que tu t'immisces dans les affaires du royaume, cela est bien trop important et te dépasse! C'est clair?! "
Bon, ce n'est pas la victoire à laquelle je m'attendais, mais il ne m'a pas dis non...
Adélaïde : " D'accord. " répondis-je, bien trop docilement pour être honnête.