L’Île Verte : 2012

287 Mots
L’Île Verte 2012Marchant aussi vite qu’il le pouvait avec ses deux brocs de lait, Arnaud rejoignit son nouvel ami à la barrière. – J’avais peur que tu sois parti, dit-il. Sieg leva vers lui des yeux tristes et lui ouvrit la barrière. – Je ne t’aurais pas fait ce coup-là. J’ai beau être un boche, je tiens ma parole. À la morosité de son ami, Arnaud vit qu’il n’était pas vexé mais plutôt blessé. Sieg referma la barrière sur son passage et les deux garçons s’engagèrent sur le sentier sablonneux, bordé de genêts. – Faut pas prendre ce qu’elle dit au sérieux, commença-t-il. Elle a des préjugés mais dans le fond elle est OK. – OK ? répéta Sieg. Tu trouves que c’est « OK » d’attaquer quelqu’un à cause de sa nationalité ? Ce n’est pas ma faute où je suis né ! – Non, concéda Arnaud, mortifié. Ils marchèrent un moment en silence. La pluie s’était arrêtée et on entendait seulement le crissement de leurs semelles sur le chemin, le souffle de la mer toute proche et les cris désordonnés de quelques mouettes. – Je suis désolé, balbutia Arnaud, je ne voulais pas mettre les pieds dans le plat. Il regarda le profil pur du grand garçon blond et sentit qu’il ne supporterait pas que ce stupide malentendu gâche les possibilités d’une amitié entre eux. – Toi et moi, reprit-il, ça n’a rien à voir avec elle ! Pris d’une inspiration, il lui balança l’un des deux brocs dans les bras. – J’te parie que j’arrive à la maison avant toi ! Puis il partit en marchant aussi vite que possible sans renverser le lait. Son cœur battait la chamade car il n’avait pas l’impression que Sieg l’ait suivi. Il ralentit un peu, sans se retourner. Quand une silhouette rieuse le dépassa, son broc à bout de bras, Arnaud sentit sa poitrine se gonfler de joie. – J’te parie que j’te bats et que j’arrive avant toi, cria-t-il en accélérant le pas.
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