Chapitre VIII

590 Mots
VIIISeul comme jamais. Il ne se rappelait pas avoir vécu une situation aussi désastreuse. Il regarda un long moment la porte qui venait de se refermer. Tel les yeux du chat dans Alice, il y voyait, comme sur un écran, le sourire de Yoann. Puis se succédaient les images de sa femme et de ses filles qui lui disaient quelque chose qu’il n’entendait pas. De Nancy qui lui criait de faire attention. Attention à quoi ? À ne pas perdre celles qu’il aimait ? Il ne prit pas le temps de s’attendrir, l’autre voix résonnait encore : « Reste sur terre ! Reviens dans la réalité ! » Il se retourna vers la fenêtre. Rester dans la réalité… Tout semblait en effet tellement irréel. Il détailla avec dégoût le plateau, type SNCF, que le brigadier avait laissé sur la couchette. Première nécessité, reprendre des forces, mais il semblait qu’on lui avait resservi le même menu qu’il n’avait pas pu avaler à midi. C’était déjà froid. Du riz à la place des petits pois. Le même jus d’orange et la même cuisse de poulet en carton. Cette fois cependant, il s’obligea à se nourrir. Après tout, ce n’était pas plus mauvais que dans le train, et pas le moment de faire le délicat. Sauf qu’il était en prison. Et en même temps qu’il reprenait un peu ses esprits, la même inquiétude revenait, lancinante. « Où est-elle ? » Allongé sur sa couchette, il tenta de reconstituer mentalement la scène du meurtre. Puisque c’était bel et bien une tentative de meurtre et pas un accident. Quelque chose d’essentiel lui avait forcément échappé. Il fallait préciser cet élément nouveau et séparer sa propre implication dans cette affaire de la disparition de Nancy. Cependant, chaque fois qu’il pensait à elle, il sentait chanceler sa détermination alors qu’il souhaitait le contraire… Ils arrivent à la pointe de PenHir. Les Tas de Pois. Là, Nancy lui donne la main… Il se leva de sa couchette parce que, faute de pouvoir écrire, il avait besoin de bouger. Prendre des notes, même ça, c’était donc interdit… …Nancy lui donne la main. Il regarde la marée montante battre les rochers. Quelques bateaux. Maintenant, il aperçoit le grimpeur et Nancy lui serre les doigts à lui faire mal en même temps que se produit la chute. Autour d’eux, personne. Première question : il n’y avait personne ? Impossible cependant puisque quelqu’un avait réellement tiré un ou peut-être plusieurs coups de feu. C’était là le point essentiel justifiant les soupçons qui pesaient sur lui et, du même coup, sa détention. …Il essaie de descendre. Des bateaux en bas, dont un voilier avec à son bord des hommes d’équipage à qui il fait signe et qui ne le voient pas, ou en tout cas ne lui répondent pas, trop occupés par leurs manœuvres sans doute. Il y a aussi un hors-bord. Là, des gens font des photos. Il voit les flashes. Nancy crie quelque chose qu’il n’entend pas. Pourquoi ? Il marchait dans la cellule. Six pas dans un sens, six pas dans l’autre. « Reste sur terre ! » …Il n’entend rien, pourquoi ? Ah, évidemment, l’hélicoptère de la Marine. Non, l’hélicoptère est déjà reparti. Alors ? Oui, c’est le bruit des vagues en bas et du ressac contre la paroi. À son tour, il fait signe à Nancy d’appeler du secours par téléphone. Elle semble avoir compris, il ne la voit plus. Maintenant, il est remonté et… plus personne ! Sauf peut-être un camping-car qui s’éloigne… Non, ce n’est pas un camping-car. Un camion ? C’est ça, un camion tout blanc. Quelque chose comme un camion frigorifique peut-être… Il s’aperçut que, depuis un moment, faute de pouvoir écrire, il parlait tout haut, et fit encore quelques pas dans le faible espace où il se heurtait aux murs comme il s’était heurté l’après-midi à l’incompréhension de ceux qui l’interrogeaient. Il finit par s’allonger et, parce qu’il était à bout de forces, il sombra dans un sommeil épais.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER