2000. Clinique de la Source, Genève.Elisabeth se demanda ce qu’elle faisait là. Pourquoi s’était-elle précipitée à la clinique après le coup de téléphone de Matthew ? Il n’arriverait de Londres que dans deux heures. Elle fut tentée de repartir, mais elle sortit du taxi, poussée par un vieil instinct, un vieux devoir.
– La chambre 142, s’il vous plaît ?
– Vous êtes Elisabeth, n’est-ce pas ?
– Oui. Comment le savez-vous, je vous prie ?
– Je vous ai reconnue de la photo. Il y a un portrait de vous et de Matthew sur la table de nuit de M. McNeil.
– Je vois.
– C’est bien que vous soyez venue. M. McNeil n’est pas en forme, du tout.
– Il est en train de mourir, je sais.
– Oui… Il s’est beaucoup battu, mais la maladie l’a rattrapé, malheureusement… C’est bien que vous en soyez consciente, que vous soyez là pour lui dire au revoir.
– Oui, c’est bien, répondit Elisabeth en fixant crûment l’employée de la clinique qui pâlit légèrement.
– C’est par ici, madame.
La chambre 142 arriva rapidement, au détour d’un bête couloir. Elisabeth entra dans une pièce très lumineuse et très blanche. Le lit prenait tout un coin de la pièce. Elle ne comprit pas immédiatement que l’homme qui haletait dans ce lit était Patrick McNeil. Elle avait su que sa cirrhose évoluait mal, mais jamais elle n’avait pensé à la souffrance, à la mort. La peau jaune et cireuse de Louis se matérialisa, elle dut fermer les yeux très fort pour chasser cette image, chasser la haine, la colère de trouver le mauvais père dans ce lit. Mme McNeil émit un son aigu, mais ne la salua pas. Elisabeth s’assit au chevet du malade et lui prit la main. Il ouvrit les yeux et murmura :
– Elisabeth, Queen of Coppet…
– Bonjour Patrick, comment allez-vous ? répondit Elisabeth en regrettant cette question ridicule.
– Not so well, my dear. Not so well…
Il perdit connaissance au milieu de sa phrase. Elisabeth entendit les petits sanglots de Mme McNeil. Le mourant releva la tête quelques minutes avant l’apparition de Matthew. Il fit approcher Elisabeth jusqu’à ce que sa moustache chatouillât l’oreille de la jeune femme et lui chuchota :
– Love Matthew or leave him alone.
– I will, répondit Elisabeth.
***
Le prince Charles se déplaça afin d’assister à la cérémonie du souvenir qui eut lieu à l’ambassade. Il tint la main de la veuve pendant tout le service et accompagna la dépouille de lord McNeil jusqu’en Écosse.
Francine de Boisseau garda le lit pendant quelques jours. Lorsqu’elle se releva, elle n’écrivit pas de carte de condoléances et brûla les journaux qui mentionnaient la visite en Suisse de l’héritier de la Couronne d’Angleterre.