1989. Hôtel Montesquieu, Paris.– Tu devrais boire moins.
– Et toi, tu devrais boire plus, Francine. Quand est-ce que tu as ri pour la dernière fois ? Hein ?
– Je suis bien plus heureuse maintenant que du temps de notre vie commune.
– Si tu le dis. Qu’est-ce que tu veux, ma chérie ?
– Je veux divorcer.
Louis se redressa et se mordit la lèvre.
– J’ai rencontré quelqu’un, ajouta Francine.
– Qui ? Qui veut épouser une vieille bonne de quarante ans ?
– Quarante-trois, tu as toujours été trop galant avec moi.
Louis éclata d’un seul rire et laissa quelques larmes s’échapper de ses yeux.
– Est-ce bien nécessaire, Francine ?
– Je veux un père pour Elisabeth.
– Je ne suis pas le père de l’année ? Tu me prends au dépourvu, moi qui croyais l’être !
– Tu aurais pu l’être, si seulement tu nous avais choisies. Tu nous as toujours préféré le cognac.
– Le cognac et les garçons… N’oublie pas les garçons, ma chérie.
– Je me serais faite aux garçons. Tu le sais bien.
Louis regarda Francine et tendit la main vers son visage, sans la toucher.
– Comment il s’appelle ? Ton fiancé, comment il s’appelle ?
– François Branex.
– Qu’est-ce qu’il fait ?
– Notaire. Son étude est installée à Genève.
– Tu passes du grand aristocrate au petit bourgeois ? Je te félicite, ma chérie, tu as enfin compris d’où venait l’argent ! Le solide, le garanti. Le vrai, le laborieux.
– C’est un homme bien.
– Laisse-moi deviner, il a hérité de l’étude de son père, projette de s’acheter une Porsche et pique une colère noire si tu ne ranges pas ses charentaises à leur place ?
– Il s’est fait tout seul, contrairement à toi.
– Les notaires ne se font pas tout seuls, ma chérie. Les petites bonnes se font toutes seules, pour ça oui, ajouta Louis dans un lourd clin d’œil.
– Arrête de m’appeler comme ça !
Francine avait crié, les quelques clients du bar de l’hôtel se retournèrent, mais les employés restèrent tranquillement à leur poste.
– Ne fais pas de scandale, ma chérie, ça ne te va pas.
– J’aimerais que tu me donnes quelque chose, pour Elisabeth.
– Tu as toujours ta bague, non ? Je la vois à ton doigt, là. Cette grosse pierre doit valoir une petite fortune, n’est-ce pas ?
– Ne fais pas l’innocent… Ça fait des années que tu me demandes de la vendre pour te donner un petit coup de main. Cette bague est à moi. Je veux quelque chose pour elle.
– Je n’ai plus rien, tu le sais bien. Tu te remaries pour ça, non ?
– Tais-toi, chuchota Francine.
– Bien sûr que tu te remaries pour ça, sinon pourquoi quitter mon nom, mon titre ? Tu y tenais tant, ma petite bonne.
– Arrête !
– Laisse-moi encore un peu être ton maître, fais-moi encore ce petit plaisir avant de me quitter.
– Elisabeth a droit à quelque chose.
– Quand ma mère mourra, je mettrai la villa de Coppet et le chalet au nom de la petite, ça te va ?
– Je veux un papier.
– Mon avocat passera te voir.