Sous la pierre

613 Mots
Nyra attendit que le couloir soit vide. Les gardes avaient changé de poste. Elle connaissait maintenant leurs horaires. Trois minutes de silence. Pas plus. Elle glissa le long du mur, pieds nus, respiration lente. La trappe se trouvait derrière une ancienne réserve à vin. Un endroit oublié. Elle posa la main sur la poignée rouillée. Froide. Elle inspira une fois. Puis tira. Un souffle humide remonta. Une odeur métallique mêlée à celle de la peur. Nyra referma aussitôt. Son cœur battait trop fort. Elle compta jusqu’à cinq. Puis rouvrit. Cette fois, elle descendit. Les marches étaient étroites, glissantes. Elle se tint à la paroi, avançant lentement. Plus elle descendait, plus la lumière disparaissait. Elle arriva dans un couloir bas de plafond. Des murs de pierre brute. De l’eau qui gouttait. Et ce silence lourd. Elle avança. Ses yeux s’habituèrent à l’obscurité. Puis elle vit les portes. Des grilles. Derrière, des silhouettes. Des corps roulés en boule. Certaines femmes dormaient. D’autres fixaient le vide. Nyra s’approcha. Une main maigre passa entre les barreaux. — De l’eau… Nyra sortit une petite gourde qu’elle avait cachée sous sa tunique. Elle la fit glisser doucement. La femme but avec avidité. — Depuis combien de temps ? murmura Nyra. La femme hésita. — Je ne sais plus. Une autre voix s’éleva. — Ils nous descendent quand on ne sert plus. — Trois repas par semaine. — Certaines deviennent folles. — Certaines se laissent mourir. Nyra sentit quelque chose se fendre en elle. Elle posa son front contre la pierre froide. Voilà ce qu’ils font de nous. Elle regarda autour. Il y avait six cages. Presque pleines. Elle compta rapidement. Une trentaine de femmes. Certaines à peine conscientes. Elle se redressa. — Je vais vous sortir d’ici. Un rire faible répondit. — Personne ne sort d’ici. Nyra planta son regard dans celui de la femme. — Moi si. Un silence. Puis : — Tu es différente. Nyra hocha la tête. — Oui. Elle se leva. Elle savait maintenant. Le m******e ne pouvait plus attendre. À l’étage supérieur, Draven tournait en rond dans sa chambre. Il sentait Nyra. Même quand elle n’était pas là. Il n’aimait pas ça. Il sortit brusquement. Il la chercha dans la cour. Dans les cuisines. Dans les couloirs. Elle était introuvable. Sa mâchoire se crispa. Il attrapa un garde. — Où est l’esclave Nyra ? — Je… je ne sais pas, Alpha. Il lâcha l’homme avec brutalité. Il sentit quelque chose de mauvais ramper sous sa peau. Zarek, lui, venait de recevoir un murmure. Un soldat s’était approché discrètement. — Alpha… quelqu’un parle d’une espionne parmi les esclaves. Zarek leva lentement la tête. — Qui ? — Personne ne sait. Mais certaines disparaissent la nuit. Zarek sourit. — Parfait. Il se redressa. — Prépare une inspection. — Inspection ? — Oui. Ses yeux bleus brillèrent. — Et annonce une réunion pour demain. Il ajouta calmement : — Sous la pleine lune. Nyra referma la trappe doucement. Ses mains tremblaient. Elle s’essuya le visage. Puis elle se redressa. Elle croisa Ken dans le couloir. Il vit immédiatement son expression. — Tu as trouvé quelque chose. Elle hocha la tête. — Ils les enterrent vivantes. Ken serra les poings. — Merde… — Les Veuves sont là. Ses yeux s’agrandirent. — Alors c’est maintenant. Nyra inspira profondément. — Oui. Dans sa chambre, Zarek observait la lune monter. Il posa une main contre la vitre. — Viens, petite louve… murmura-t-il. — Montre-moi jusqu’où tu peux aller. Nyra s’allongea cette nuit-là sans fermer l’œil. Elle sentait le poids de trente vies sur sa poitrine. Elle pensa à sa mère. Puis elle ferma les yeux. Demain, ils allaient commencer à mourir.
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