Chapitre 7. Retour dans ma ville natale. Partie 2

1418 Mots
Quand j'arrive à l'entrée de la gare, je vois mes deux parents qui m'attendent. Cela fait plus d'un mois que je ne les ai pas vu. Il fallait que je révise mes partiels et ensuite j'ai eu mes examens. Je ne suis pas venue dans ma ville natale pour étudier car je n'avais pas besoin de souvenirs, ça m'aurait empêché de travailler correctement. J'aime voir mes parents mais les voir avec cette lueur de souffrance au fond d'eux ça me fait mal. Je pense qu'on l'a tous hérité quand elle a décidé de partir, mais la voir dans leurs yeux c'est croiser mon propre regard et je ne peux rien faire d'autre que de fuir, afin de me protéger. Je ne nie pas que cependant cela me fait du bien de les revoir. Cela fait plus de quatre ans que cette histoire s'est passée et elle résonne en nous comme une souffrance indélébile. J'aime savoir que ce qui a sauvé mes parents c'est l'amour qu'ils se vouent. Malgré le temps leur amour n'a jamais faiblit et même dans cette épreuve ils se sont encore plus rapprochés, unis encore plus par une même souffrance. Cette souffrance est la notre. -Enora, comme tu es belle ! Ma mère me serre très fort dans ses bras et me couvre de baisers. Je lui ai beaucoup manqué. Il est vrai que au départ avoir deux enfants et se retrouver avec la moitié d'un ce n'est pas ce qu'il y a de mieux pour une mère, ce doit même être la pire chose qui puisse lui arriver. -Bonjour maman, tu m'as manqué. Mon père s'approche de moi et m'embrasse le front. Je sens tout son amour à travers son regard. Mon père est beaucoup plus pudique que ma mère, les élans d'affections ce n'est pas trop son domaine et pour ça je lui ressemble beaucoup. Hélas il est également très sincère, peut-être trop par moment. -On dirait que tu es malade, tu es si pâle, ça n'a pas changé, et puis habillée comme ça avec ta guitare, on dirait une artiste de rue. C'est normal que habillée comme ça tu ne rencontres pas de gentil garçon. Je vois bien qu'il cherche à me dire quelque chose d'autre et au bout de quelques secondes d'hésitation il ajoute. -Tu pourrais faire un petit effort quand même. Ah il n'y a pas à dire ça fait du bien de rentrer à la maison. Malgré tout ils n'ont pas totalement changés et ça me soulage de le constater. Ils ne se sont pas laissés pourrir comme les gens le font en général dans ce genre de situation. Au contraire, leur amour les a sauvé. Ça me rappelle toujours le même souvenir de les voir ainsi l'un près de l'autre, un souvenir qui remonte avant le drame de notre vie. Nous étions à cette époque bien jeunes, je crois que nous n'avions alors que neuf ans. -Maman, papa vous pouvez nous raconter comment vous vous êtes rencontrés ? On est tous à table, on vient tout juste de s'y mettre. On a commencé à manger, et avec Lara on attend la réponse de nos parents. Ceux-ci se regardent un instant et comme d'un commun accord muet, dont tous deux sont les seuls à détenir le secret, ils se mirent en connivence. J'admire tant leur complicité, avec Lara on trouvait ça magique à l'époque. Ma mère prend la parole pour eux deux. Mon père n'est pas très doué pour raconter les histoires et n'est pas du style très bavard. - On s'est rencontré au foyer d'hébergement pour les jeunes comme nous, comme votre père était pleins de bêtises, on l'a changé de famille d'accueil, encore, puis il est arrivé au même foyer que le mien. J'avais quinze ans et lui il en avait seize. Au début je ne l'aimais pas du tout, je me demandais pourquoi il passait sa vie à faire n'importe quoi. J'étais du genre à penser que quelque soit l'endroit où nous naissions, nous étions maîtres de notre avenir, tandis que lui avait tendance à prendre sa condition comme une fatalité. Mais petit à petit on a fini par tomber amoureux. On a commencé à être ensemble un an plus tard, jour pour jour après son arrivée. Votre père m'a fait découvrir la vie autrement, ainsi que sa passion pour la musique. Et avec moi il s'est calmé, il a arrêté de fuguer du foyer pour un oui ou pour un non. En tout cas, depuis ce jour là on ne s'est plus jamais quittés. Je trouve cette histoire magnifique, j'ai des étoiles pleins les yeux. Je tiens bien fermement la main de ma sœur et je rêve moi aussi d'une belle histoire d'amour. Aujourd'hui ce souvenir me fait mal car je n'arrive pas à oublier la main de ma sœur, le bonheur que nous avions d'être une famille unie. Mes parents avaient été placés alors qu'ils étaient tous les deux bien jeunes, leurs parents respectifs étaient des gens violents et pour ce qui est de mon père, même si cela est venu trop tard, ils ont été déchus de leurs droits parentaux. Ils ont partagé leur douleur et ensemble ils ont construis leur propre famille. J'imagine l'importance que cela devait avoir pour eux d'avoir leur propre famille. Une famille qui ne les abandonnerait pas cette fois-ci. Et pourtant, ça ne s'est pas totalement passé ainsi, cette famille dont ils rêvaient, cette famille qu'ils ont construit avec tout leur amour et toute leur force, elle s'est brisée car pour la deuxième fois de leur vie, quelqu'un de leur famille les a abandonné. Je ne peux pas imaginer la souffrance qu'ils ont enduré face à cette nouvelle tragédie. Oui je m'en veux de ne pas venir plus souvent mais en même temps je leur en veux de rester dans cette maison et de n'avoir rien touché depuis ces quatre dernières années. Dans sa chambre rien n'a bougé, on le sait parfaitement parce que plus personne n'y est jamais entré. Cette porte est restée fermée et elle le restera encore pour plusieurs années. Tout dans cette maison attend patiemment son retour. Les horloges font un bruit monstrueux qui nous plongent souvent dans un silence qui se fait assourdissant dans nos cœurs. On rentre dans la voiture et tout le long de la route je réponds aux questions incessantes de ma mère sans plus d'attention que ça. Je regarde le paysage au dehors. Nous n'avons pas beaucoup de route à faire mais on habite tout de même assez loin de la gare. Chaque mètre qui me rapproche de cette maison où nous avons grandit ne fait que creuser le trou au fond de ma poitrine. J'ai peur et très mal comme à chaque fois que je reviens ici. Comme cela doit être pénible pour mes parents de me regarder, ils doivent à chaque fois penser à elle. Moi je n'ai pas cette douleur, j'évite les miroirs et le tour est joué. Mais pour eux c'est différent, ils ne peuvent pas m'éviter comme je le fais. Je me souviens quand j'entrais dans la pièce et qu'ils pensaient voir un fantôme, ils pensaient que j'étais elle. Je voyais l'espoir et le désespoir se succéder. J'arrive chez moi et je retrouve cette même odeur, les mêmes meubles, la même table. Tout est exactement pareil. Je voudrais vous dire que cette maison a repris vie mais ça n'est hélas pas le cas. Au bord de la fenêtre de la cuisine, ce jour là comme c'était le premier jour de l'été, on avait décidé d'y mettre un bouquet de fleur. L'emplacement est idéal, l'endroit baigne sous le soleil. Ces fleurs au bout de quatre ans elles ont fanées vous vous doutez bien, pire que ça elles partent en poussière et pourtant ma mère n'a jamais voulu les changer. Elle n'a jamais pu s'y résoudre, je ne sais pas vraiment pourquoi elle s'est accrochée avec autant de vigueur à ces détails. Dans cette maison le temps s'est arrêté comme si rien ici n'avait voulu admettre qu'elle ne franchirait plus le pas de la porte. Moi-même j'ai toujours du mal à m'y faire. Ce premier jour d'été est une journée maudite pour moi. J'ai banni de mes pensées la triste réalité qui est qu'elle ne reviendra jamais. Ce que je déteste le plus dans le salon ce sont tous ces portraits de famille où tout le monde sourit au photographe comme si il n'y avait pas plus heureuse comme famille, le cliché serait bien triste aujourd'hui.
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