Chapitre 6. Retour dans ma ville natale. Première partie.

1478 Mots
Après cette nuit comme toutes les autres, remplie de douleur, de désespoir et de mort, je m'extirpe enfin de tout cela. Il faut que je fasse mes bagages, et si je le fais toujours au dernier moment c'est que je n'ai pas vraiment besoin de beaucoup de choses. Quand je vais chez moi il me suffit de prendre un petit sac. Je ne sors jamais de ma maison. Je n'ai pas envie de me balader dans cette ville où les souvenirs grouillent. Mais il m'est aussi dur de rester dans cet endroit, dans cette maison, dans ces pièces où son souvenir règne, où elle a foulé chaque recoin. Elle était à l'aise partout où elle allait, j'aurais aimé être comme elle. Elle avait quelque chose de plus que moi, de plus que n'importe qui. Elle savait pourquoi elle vivait, et elle aimait vivre plus que la plupart des gens. Elle comprenait à quel point elle avait reçu un cadeau précieux. Tout cela cachait en vérité une grande souffrance et une grande fragilité, mais je suppose que j'ai toujours refusé de la voir. Je prends mon petit sac avec mes affaires, comme ma brosse à dent, un petit cahier où j'écris le soir pour me vider. Je prends également ma guitare sur le dos et c'est tout, mes affaires sont prêtes. Avant je me brosse les cheveux à l'aveuglette, tous les prétextes sont bons pour éviter le miroir. Je déteste la voir en moi, cela me rappelle beaucoup trop de souvenirs et ça me tue. Une fois prête je prends le métro pour aller à la gare. Je mets mes écouteurs, m'installe sur un siège et attends. J'ai mis pour bien me détendre Avenged Sevenfold. Je ferme les yeux quand la musique bat son plein et je me laisse emporter dans ce monde. « Don't go to sleep tonight, darling, hold me in your arms. These will be our final day and I can't let go. » J'arrive à la gare, de là je rentre dans le train. Je me mets seule et je suis en route pour ma petite ville de province. Je sors, pour faire passer le temps, ma guitare acoustique et commence à gratter un air tout en fredonnant. Quand je vois quelqu'un s'asseoir face à moi, je m'arrête de suite. -Pourquoi vous arrêtez-vous ? Je regarde l'inconnue, incroyable que je ne l'ai même pas reconnue ! J'étais sûrement trop absorbée à gratter et à fredonner. Ces cheveux blonds, ce sourire radieux, ces grands yeux vert, c'est la serveuse du café. Elle est vraiment belle et en plus elle me parle à moi. Je me demande si elle m'a reconnu. Je n'en sais trop rien, après tout elle est nouvelle, c'était la deuxième ou troisième fois que je l’apercevais. -Je ne voulais pas que ça vous dérange. -Non pas du tout je me suis assise à côté de vous uniquement pour vous écouter, c'est très joli je ne connaissais pas. -Oh très peu de personnes connaissent, c'est my fate de Anna Tsuchiya, une japonaise. -Eh bien j'aime beaucoup. Je lui souris sincèrement, tout cela me fait repenser à ce Peter. J'aimerais tellement le croiser à nouveau. Il avait un sourire vraiment magnifique en y repensant, enfin, je crois que ce que j'ai le plus aimé c'était bel et bien ses fossettes. -C'était vous hier n'est-ce pas ? Reprend-t-elle. Elle fait des efforts pour continuer la conversation, ça m'arrange parce que je ne suis pas assez douée pour réengager la conversation, quand bien même j'en meurs d'envie. -Oui et puis je vous en pris tutoyez moi, j'ai l'impression qu'on a le même âge non ? -J'ai vingt ans. -Alors oui on a le même âge. Elle me fait un grand sourire, c'est dingue certaines filles sont vraiment très belles, elles ont tout pour elles. Cette fille à l'air très gentille et elle est d'une beauté à couper le souffle, le grand loto de la génétique a encore frappé. Je reprends ma guitare et cette fois-ci je chante en un souffle les paroles de la chanson. Elle est là, à m'écouter chanter cette chanson. Ces paroles qui me reflètent si bien, je voudrais tant avoir des ailes et voler pour toujours loin de ce monde. Revoir le sourire de celle que j'ai tant aimé. Je pense toujours et encore à elle en chantant cette chanson que je lui chantais si souvent. Mais son image vient me hanter malgré moi. Peter. Je me demande si lui aussi pense à moi, ce qu'il pense de moi. Si cette attirance, cette attraction émotionnelle extrêmement forte lui aussi la ressent encore maintenant, ou si même il l'a ressenti ne serais-ce qu'une fraction de seconde ? Il n'a pas fait une seule fois allusion à tout ça. Il s'est comporté comme si on était de simples amis. Je dois dire que je ne sais pas trop quoi en penser. Je ferme les yeux et je chante encore et encore, cette chanson qui me ramène à mon passé, à ce passé où malgré tout j'étais heureuse. Parce que son sourire m'emplissait de joie. Un même visage mais deux caractères si différents. Deux façons d'être et de vivre à l'opposé, nous étions deux moitiés d'une même personne et je lui en veux d'être partie comme ça. J'étais en colère contre elle mais encore plus contre moi je dois bien l'admettre. Je n'ai rien su voir. Et je commence à me sentir pousser des ailes, je commence à voler, je touche le ciel et je la revois me sourire. Puis la chanson se finit et son image vole en éclat et mon cœur se brise, encore une fois. -C'est tellement magnifique, tu vis réellement ta musique. Si seulement elle pouvait savoir à quel point ce qu'elle dit est vrai. Je ne supporte pas de la voir triste, c'est si rare chez elle. Elle sait que ça me fait beaucoup de mal, c'est elle la plus heureuse de nous, la joie de vivre, la plus courageuse, la plus forte. Quand elle pleure je me sens impuissante, malheureuse. Je me mets à côté d'elle et je lui chante cette chanson. Celle que je lui chante à chaque fois qu'elle est malade, malheureuse, en colère, ou bien très heureuse. Cette chanson nous accompagne à chaque grande émotion de notre vie. Simplement au lieu de lui dire tout cela, de lui raconter tous mes souvenirs, je lui souris simplement et la remercie en un souffle, les yeux remplis de larmes que je me refuse à laisser sortir. Ce n'est pas ma voix qui est belle mais c'est le simple fait de chanter cette chanson qui me donne l'impression que je pourrais tout réussir et à la fois tout perdre. Je me suis promis d'être forte comme toi tu l'étais, de devenir une part de toi, de devenir entière, ce que nous n'avons jamais pu être quand tu étais à mes côtés car nous étions à nous deux une seule et même personne. Mais tu sais, c'est si dur. Le reste du trajet, se passe simplement, on ne s'est plus adressées la parole. Je joue de ma guitare et chante ou parfois fredonne. Quand on arrive à destination, on se salue, on se sourit, et chacune part de son côté. On n'a pas besoin de se demander le numéro ou autre coordonnée, on sait qu'on se reverra de toute façon. Et je prie également pour que ça soit le cas avec Peter. C'est fou comme en une soirée, il a réussit à me faire le désirer à ce point. Mais je ne suis même pas sûre de le revoir un jour. Il faut t'y faire ma pauvre, tu peux d'ors et déjà commencer à l'oublier. Il s'est amusé le temps d'une soirée et c'est fini. Si il faut ça n'était qu'un pari avec ses potes. Ça me fait mal de penser comme ça parce que ce garçon avait l'air si pur mais je ne suis pas stupide, je sais parfaitement que les histoires qui finissent bien ça n'arrivent que dans les films, ou dans mes romans que j'aime tant. C'est peut-être pour cela d'ailleurs que je les aime autant. Et puis même si je le revois alors que se passera-t-il ? Je n'ai pas d'avenir, je n'ai rien à lui apporter, juste de la douleur, ma douleur. Il est beau, joyeux, pur et moi je suis tout le contraire. Je n'ai pas ma place dans ce monde, et il me le fait bien comprendre, cet homme ou cette chose qui tous les soirs vient me serrer dans ses bras, qui me promet de m'emmener dans son royaume de peur, de mort et de douleur. Tous les soirs je me laisse bercer car je n'ai personne d'autres à serrer dans mes bras. Je n'ai pas le pouvoir de le rejeter, et même si je le faisais, il est plus fort que moi.
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