Chapitre 6

579 Mots
6Les vacances scolaires touchaient à leur fin. En entendant les cris de leur père, les enfants Mariani disparurent en courant dans le jardin avec leurs pistolets à eau. — Clara ! aboya le maître de maison sans quitter son fauteuil d’osier. Son appel résonna dans toutes les pièces de la somptueuse villa qui dominait le golfe de Saint-Florent. Rapidement, la gouvernante se présenta sur la terrasse ombragée. — Vous m’avez appelée, Monsieur ? Michel Mariani posa son cigare sur le rebord d’un cendrier et s’adressa à elle, sans quitter des yeux l’édition du jour de Corse-Matin. — Occupez-vous des enfants. Sortez-les d’ici. Emmenez-les au marché. Son fort accent insulaire et sa personnalité n’incitaient pas à la contradiction. L’air contrit, la gouvernante répondit : — Nous sommes samedi, Monsieur. Ce n’est pas jour de marché. — Eh bien, descendez à la plage avec eux et offrez-leur une glace. Je ne sais pas… Trouvez leur une occupation, mais je ne veux pas les avoir dans les pattes. Je dois m’entretenir avec Petru et je ne veux pas qu’on nous dérange. Debout au bord de la piscine à débordement, un homme en costume trois pièces et chapeau blanc tournait le dos à Michel Mariani et regardait l’horizon. Au bas de la colline, le village de Saint-Florent s’étendait à ses pieds. Sur la droite, le versant occidental du cap Corse se prolongeait au-delà du golfe, avec de vastes espaces verdoyants et des falaises à pic qui rivalisaient avec la Méditerranée. — Très bien, Monsieur, lâcha la gouvernante en s’excusant. Elle allait se retirer lorsque Mariani la retint. — Au fait, Clara, avez-vous engagé une nouvelle femme de ménage ? — Je reçois une fille en entretien cet après-midi, Monsieur. — Très bien. J’espère qu’elle conviendra. Elle s’éclipsa discrètement. Petru s’assit en face de Michel Mariani qui lui tendit Corse-Matin. L’étrange libération de son cousin Vincent Mariani et la découverte de son cadavre dans la crypte du couvent Saint-Antoine à Bastia faisaient la Une. — Tu crois que ça peut compromettre nos projets ? demanda l’homme au chapeau. — Non, je ne pense pas. Nous n’avons rien à craindre de la police ni de la justice. — Je te trouve bien sûr de toi, Michel. — Te fais pas de bile, Petru. La juge Faure n’est qu’une pimbêche naïve. Elle s’est fait avoir comme une bleue. Et ce connard de Langlois est le procureur le plus nul qu’ait connu la Haute-Corse depuis des lustres. Il agit avec un esprit revanchard parce qu’il n’a jamais réussi à prouver mon implication dans le moindre délit. Pas même un stationnement interdit. Quant à ce flic, c’est l’ex-ami de ma défunte cousine Hélène. Paix à son âme ! Cet imbécile de Beaussant est convaincu que ma famille a commandité l’assassinat d’Hélène en prison. Mais il n’arrive à rien prouver non plus et noie son chagrin dans l’alcool. — Ce n’est pas lui qui a fait arrêter ta cousine en 2015 ? — Oui. Mais il n’a jamais cessé de l’aimer pour autant. C’était un bon flic. Hélas, l’amour l’a rendu aveugle, et la mort d’Hélène l’a rendu fou. Aujourd’hui, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Petru admirait l’assurance de Michel Mariani, qu’il considérait comme un vrai businessman, un protecteur, un parrain. Mariani avait une certaine ressemblance avec le Marlon Brando de Coppola. La valse de Nino Rota trottait souvent dans l’esprit de Petru quand il pensait à lui. — D’accord, Michel, c’est toi qui décides. Comment vois-tu la suite du plan ? Mariani reprit le cigare posé sur le rebord du cendrier, craqua une allumette et le ralluma. Il en savoura une bouffée, avant de conclure : — Fais venir la fille ! Je veux mettre les choses au point avec elle. Je n’apprécie pas les libertés qu’elle a prises. Ça ne correspond pas à ce qu’on lui a demandé. Son contrat n’est pas fini et si elle ne veut pas que les choses se terminent mal entre nous, elle a intérêt à montrer plus de discrétion dans les jours à venir.
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