... du reste de ma vie.

2941 Mots
Je suis dans un taxi en route pour la maison d'un des proches amis de papa, mon œil et mon poignet me tançent douloureusement à chaque mouvement que je fais. Saleté d'Anastasie! Malgré tout la bonne humeur qui m'accompagne depuis le matin ne me quitte pas, mais je commençe à stresser. Cela fait bientôt un an que Tonton Khadim ne m'a pas vu et je m'inquiète de la réaction qu'il pourrait avoir en me voyant débarquer sans prévenir. Surtout avec tout ce qui s'est passé, enfin...tout ce que j'ai fait.... Je déteste cette sensation, devoir me sentir coupable d'erreurs que je n'ai pas commises. Tout est la faute de cette oiselle de malheur! Safiètou! Moi qui pensais que ma haine pour cette vieille folle avait atteint son paroxysme, la petite douleur au niveau de ma poitrine me détrompe. Je déteste cette femme chaque jour un peu plus, le fait de la voir gaspiller l'argent de mon père en des fêtes, des toilettes... Tout ça me devient insupportable. Et ce qui me lime le cœur, c'est qu'elle me nargue, elle se pavane devant moi dans des robes de créateurs qu'elle ne porte jamais deux fois, elle change de voiture tous les deux mois, et les bijoux qu'elle porte autour de son cou et ses doigts valent au moins un an de salaire d'un sénégalais moyen. Ses fêtes sont plus des banquets qu'autre chose, elle en organise au moins deux à trois fois par semaine, invitant toujours les personnes les plus en vues du pays. Je me demande toujours pas quel miracle les administrateurs de mes comptes ne se rendent pas comptent des sommes folles qu'elle dépense. Elle a une procuration à mon nom, mais elle ne peut retirer que des sommes limitées. Mais je n'arrive pas à m'expliquer d'où elle tient les sommes qu'elle dépense. Il y a la possibilité qu'elle soit de mèche avec mes fameux administrateurs, mais je les connais, ce sont des hommes qui tiennent trop à leur réputation pour tremper dans du louche. Voilà une chose que mon père a bien réussi à faire. Le pire avec ma belle-mère, c'est ses amants. A quarante cinq ans Safiètou ne se gêne pas pour coucher avec des hommes, des garçons plutôt de mon âge. Dès fois je l'entend la nuit, gémir, crier, ahaner sans plus de pudeur de que ça. Pour moi ceci est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, c'est juste inacceptable. En tant que veuve, elle doit avoir un comportement exemplaire , et par respect pour mon défunt père elle aurait au moins dû faire preuve de discrétion. Le taxi s'arrête devant une maison à la façade décrépie. J'allai dire au chauffeur qu'il s'était trompé, mais une petite plaque fixée au mûr capte mon attention. * villa Sokhna Diarra, n°206* C'est bien la maison de Tonton Khadim! Je descends du taxi perdue, les idées se bousculant dans ma tête. Mon Dieu! Que s'est-il donc passé pour que cette maison tombe en ruines? Une petite voix dans ma tête me souffle que Safiètou y est pour quelque chose, mais je la fais taire en me convainquant que Safiètou ne peut pas être à l'origine de tous les maux de la terre. Elle n'est quand même pas omnisciente. Je pousse doucement la porte en fer forgé qui n'est pas fermée et je suis stupéfaite du spectacle qui s'étale devant mes yeux. Une jungle hostile se dresse maintenant là où j'avais laissé, il y a à peine un an, un joli jardin plein de fleurs. Une mauvaise herbe haute d'environs un mètre cache la vue de tout ce qui se trouve derrière elle. Heureusement pour moi que l'allée de pierre qui conduit vers l'intérieur de la maison est dégagée et propre. Je regarde autour de moi ébahie, tout en avançant doucement. J'essaie de comprendre ce qui a bien pu se passer pour que cette maison dépérisse autant, mais je ne trouve rien qui puisse expliquer le spectacle désolant auquel je fais face. Cette maison était tellement accueillante dans le temps que toute la famille de tonton Khadim de Touba et cette de Tata Sokhna passait très fréquemment. Elle était toujours remplie de visiteurs, de voyageurs.... Qu'à t-il bien pu se passer? Les choses semblent avoir tellement changé pendant cette année... Mon pauvre petit cœur tambourine dans ma poitrine alors que j'avançe doucement, très très doucement vers l'entrée de la maison. La grande porte n'est pas fermée, je la pousse du bout des doigts et ...surprise! Toutes les fenêtres sont closes, chose bizarre car la femme de tonton Khadim les gardait toujours ouvertes pour un maximum de luminosité mais là...plouf! Plongé dans la pénombre. Je suis juste perdue, mon cerveau fonctionne à la vitesse grand V pour trouver à quoi rime tout ça mais, je ne trouve pas de réponse. Des tasses salles traînent sur la table de séjour avec leur théière, la nappe sur laquelle elles reposent est sale et défraîchie. Le sol est jonché de déchets de toutes sortes; des emballages de café, des filtres à café usés, des cartons de biscuits... Je ne vois toujours personne alors que je suis là depuis bientôt deux minutes. Je décide donc de signaler ma présence. - TOC TOC! Assalamou aleykoum ! Il y a quelqu'un ici? Une voix faible répond quelque chose puis j'entends des pas traînants dans le couloir. Quelqu'un vient. Une vieille femme apparaît après un moment. J'ai du mal à la reconnaître, et je crois qu'elle a le même problème que moi puisqu'elle me scrute de bas en haut en plissant les yeux. - Mon Dieu! Milouda? C'est toi? S'écrie t-elle lorsqu'elle me remarque enfin. Une seconde surprise! C'est Tata Sokhna la femme de Tonton Khadim, apparemment. Décidément je vais de surprise en surprise, après la maison qui tombe en ruine, j'ai droit à la propriétaire de la maison qui tombe en ruine. Tata Sokhna était le prototype de la "Drianké" (grande Dame) Sénégalaise. La chose la plus frappante chez elle était son odeur: une odeur particulière d'encens Mecquoise et d'eau de Cologne qui vous pénètre entièrement. Puis il y avait ses mains toujours recouvertes de savants dessins faits au henné. Ensuite ses mouchoirs de tête, toujours énormes qui accompagnaient ses grands boubou de Basin riche ou de Getzner turque qui bruissent dans un froufrou discret. Seulement, la femme qui se tient devant moi n'a rien d'une drianké ni de ma Ta' Sokhna. Elle porte une robe en tissu léger et un simple foulard de prière sur sa tête. Quand elle me prend les mains, je remarque sur les siennes des dessins au henné qui commençent à s'estomper, elles doivent dater. Autre petit détail, la femme qui se tient devant moi est menue, presque maigre alors que ma Tata, en bonne sénégalaise était... pour le moins, enrobée. -Tata? C'est bien toi? Je demande incertaine, en la regardant. - Ay Milou! C'est bien moi Où étais tu pendant tout ce temps? Pourquoi ne nous as tu pas donné de tes nouvelles? Je ne sais pas à quelle question répondre d'abord, et puis tout serait si long à expliquer... Je décidai donc de passer outre toutes ses questions, il faut d'abord que je sache ce qui se passe. - Tata, tu es malade? Qu'est-ce qui t'arrive? Elle me presse les mains en me regardant avec des yeux larmoyants. -Milouda tu n'es pas au courant? -Au courant de quoi Ta'? Mon cœur rate un battement. J'espère juste qu'elle ne va pas m'annoncer une mauvaise nouvelle. Elle renifle puis me tire doucement par la main en me désignant le salon qui se trouve au fond du couloir. En la suivant, je remarque qu'elle claudique en marchant, ce que je n'avais jamais remarqué chez elle auparavant. Nous entrons enfin dans le salon. Ce doit être la pièce qui a le moins souffert de toute la maison, rien n'a vraiment changé, sauf qu'il manque cette délicieuse et captivante odeur de "Thiouraye" (encens) qui flottait dans l'air. Nous prenons place sur le canapé. Je ne sais vraiment pas par où commencer, tellement les questions se bousculent dans ma tête, donc je me tais. Ma tante garde le silence un moment puis fait d'une toute petite voix: - Milouda, tu as disparu pendant presque un an, Khadim et moi on s'est fait un sang d'encre pour toi. Tu étais où pendant ce temps? Je ne sais vraiment pas quoi répondre à ça. - Euh, je...C'est long à expliquer Ta'. En gros je me cachais, tu sais avec tout ce qui se passais autour de moi. - Mais tu aurais dû appeler ma chérie, nous faire signe. Même avec l'emprisonnement de Tala on ne t'as pas entendu. Mon coeur manque un de nouveau un battement... Elle a bien dit l'emprisonnement de Tala? Je prie pour avoir mal entendu. - Tata tu as dis emprisonnement de Tala? Tala est en prison? Elle me regarda surprise. -Milou tu n'es pas au courant de ça ? Je ne réalise pas ce qu'elle vient de dire. Mon cerveau refuse l'information. Je ne sais que dire, ou faire. Vomir peut-être Toutes mes forces me quittent doucement. Je m'affale sur le canapé en me tenant ma tête des deux mains. Un autre problème de plus s'ajoute au tas. Toute la bonne humeur avec laquelle je me suis réveillée m'a quitté d'un coup. En fait, j'ai vraiment atteint mon maximum cette semaine. Je suis certaine de ne recevoir une nouvelle pire que celle-ci. Mon horrible migraine recommençe à pointer le bout de son nez. Voyant mon incompréhension face à tout cela, ma tante me demande. - Ah ma chérie, foo nékone ba yeuguo lolou? Tu n'étais pas dans le pays pendant tout ce temps? Il y a un autre blanc, je cherche mes mots pour lui expliquer. Mais pour lui dire quoi? Elle a beau être la personne la plus compréhensive au monde, mais cette fois ci, je doute qu'elle puisse comprendre. -Non...je...enfin...j'avais voyagé. Finis-je par dire. Que Dieu me pardonne ce mensonge -Même si tu n'étais pas ici, tu aurais dû le savoir, ça a fait la une des journaux pendant un certain temps. Je souris malgré moi, amèrement. - Je ne lis plus de journal Tata. Je fuis tout ce qui a un rapport avec la presse. Je suis désolée. Mais que s'est-il passé pour qu'on l'emprisonne? Je n'y comprends rien... On entends des pas dans le couloir, elles viennent vers le salon. Un homme entre dans le salon, il se stoppe net quand il me voit. Tonton Khadim! Je commençe à trembler légèrement, j'en ai trop vu, je peux tout supporter sauf ça. Cette vision de Tonton Khadim marchant à l'aide d'une canne. Mes yeux se remplissent de larmes, doucement. Non il ne faut pas que je pleure, pas devant eux...Mais déjà, une larme s'échappe de mon œil droit. - Milouda? C'est toi? Demande t-il en s'approchant doucement. Je me leve pour le saluer, mais il m'attire doucement dans ses bras pour m'étreindre. J'ai peur de le casser, il est devenu tout petit entre mes bras. Que lui est-il arrivé? À lui aussi! Le Tonton Khadim que je connaissais était presque un géant, du haut des son mètre quatre-vingt dix-neuf. Il avait un gros ventre bedonnant qu'il traînait jadis avec, une jovialité, qui lui était propre, un rire contagieux qui le caractérisait. L'homme que je serre dans mes bras est tout chétif avec des cheveux blancs qui strient sa coiffure. -Ay Milou! Tu nous as fait une de ces peurs! Tu étais où? Demande t-il d'une voix chevrotante. On a essayé de te joindre par le biais de Safietou mais tu la connais.... Elle les a envoyé promener... Si elle ne les a pas insultés avant. - On en parlait justement Khadim. Intervient Tata Sokhna. Tonton Khadim hoche la tête et prend place dans le canapé près de sa femme. Je m'assois en face d'eux dans un fauteuil. ************************************************************************************************** Il est environs 22 heures et le taxi que j'ais pris pour rentrer n'avançe pas de plus de 5 mètres par minute à cause des embouteillages. Ah Dakar! Ville pourrie! Je suis fatiguée, épuisée, exténuée, harassée et dépassée par les événements. Tous les chocs que j'ai reçu dans la journée commençent à se faire sentir. L'événement qui m'a le plus marqué reste sans doute ma visite à la prison de Rebeuss où Mourtala est détenu. À cette pensée mon corps tout entier se crispe et je ferme les yeux tentant d'oublier la vision de Tala enfermé dans un cachot miteux et lugubre avec près d'une dizaine de personnes. Cette visite a été l'un des plus durs moments de ma vie. Je n'ai pas pu retenir mes larmes à la vue d'un Tala qui à dépérit au même titre que ses parents. Il faut encore aller affronter Safiètou qui essayerait de savoir où je me trouvais toute la journée, mais avec un peu de chance elle serait occupée avec ses fêtes. FLASH-BACK *CENTRE DE DETENTION DE REBEUSS* Cet endroit sentait mauvais, très mauvais, et les regards lubriques que me lancaient tous ces hommes me faisaient froid dans le dos. Cela faisait bientôt 10 min que j'étais là, à attendre quelqu'un que j'avais peur de voir. J'avais peur de sa réaction, et surtout j'avais peur de le voir aussi changé que ses parents. Mourtala comment avait t-il pu en arriver là? Je ne pouvais que croire en son innocence. Mourtala détourner des fonds ? Voler? Je l'en croyais incapable et surtout je n voyais pas pourquoi il l'aurait fait. Il n'était pas dans le besoin, pas à ma connaissance. Je m'en voulais, je m'en voulais de n'avoir pas été au courant. Tout ça par ce que je fuyais les médias. J'avais honte malgré moi, honte même si je n'avais rien fait. Mais c'était quand même quelque chose de ne pas être au courant des malheurs de mon presque frère. Un homme arriva accompagné d'un gardien. Mon dieu j'avais peiné à le reconnaître, comme ses parents. Il avait l'air de ne pas me reconnaître. lui aussi. Avais-je changé à ce point? Il s'assit et me fixa pendant quelques secondes. -Tala, c'est moi...Milouda. Hasardais-je. -Je sais. Fit-il. Que fais tu là? Son ton était froid et distant, je n'y prêtais pas attention, trop occupée à le scruter. Il avait maigri , lui aussi. - Je...je suis venue...pour te voir. Soufflai-je. - Ça je le sais, mais pourquoi veux-tu me voir? Je ne su pas quoi lui répondre, par où commencer? -Je ne savais pas que tu étais...hum...ici. C'est ta mère qui me le appris ce matin. -Quoi? Comment ça tu ne savais pas? Fit-il surpris. -Je n'étais pas dans le pays. Mentis-je Il se tut quelques minutes puis finit par sourire. - Et moi qui croyait que c'est parce que tu m'en voulais que je n'avais pas de tes nouvelles. Expliqua t-il. -Moi aussi je pensais que tu m'en voulais, pour...enfin tu vois de quoi je parles. - Pourquoi t'en voudrais je pour ça? Tu n'es pas comme ça. Je te connais. Je pus enfin respirer normalement, soulagée. Ouf! Il ne m'en voulait pas, ni ses parents d'ailleurs. Leur avis compte pour moi, beaucoup, bien plus que l'avis de ces milliers de Sénégalais qui me jugent, se basant sur des faits relatés par un journal à scandales. On se tut puis je lui dis doucement. - Je suis désolée Tala! Sincèrement. -Mais pourquoi? demanda t-il. - C'est de ma faute.... Tout ça c'est à cause de moi. -Hey! Mais pourquoi tu dis ça? -Safiètou, c'est elle! Tentais je d'expliquer d'une voix entre coupée de sanglots. Je suis sûre qu'elle est derrière tout ça. Elle veut se venger de vous. Ici n'est pas ta place Tala! C'est elle! Silence. J'essuyais mes larmes alors que Tala m regardait en silence. - Nous n'avons aucune preuve de ce que tu avances. Finit-il par dire. On ne peut pas accuser cette femme de tous les malheurs qui nous arrivent. Même si... même si elle a jugé de nous détruire ma famille et moi. Je le regardai avec des yeux pleins d'espoirs, j'étais prête à saisir tout les opportunité pour pouvoir le sortir de cet endroit. Elle avait effectivement jure de les réduite à néant, lors d'une dispute. Quand ce journal à scandal à annonce à gros titres que j'avais été surprise entraînez coucher abec le neveu de Safiètou, Tata sokhna à débarqué chez nous en colère, suivie de son fils qui tentait de la calmer. Elle a directement attaqué Safietou, l'accusant de négligence me concernant. Elle considérait que si je faisais toutes ces frasques c'est parce que ma belle-mère qui était ma tutrice légale ne se préoccupait pas trop de mon sort alors que j'étais encore une ado qui devait être éduquée, surveillée et cadrée. Et elle avait totalement raison. Tata Sokhna à exigé que je prenne mes affaires et que je la suive. Safietou ne l'a pas entendu de cet oreille. Elle a menacé de leur pourrir la vie si jamais elle s'immiscait dans notre vie privée. J'ai du calmer le jeu en promettant à Tata Sokhna de venir la voir le lendemain pour qu'on parle parce qu'à l'époque, j'avais une peur bleue des menaces de ma belle-mère. Et apparemment j'avais raison. Tala me prit doucement les mains, les siennes étant entravées par des menottes à la propreté douteuse. Il regarda à gauche et à droite puis voyant que personne ne nous écoutait, se pencha vers moi. Je me concentrais sur ce qu'il dit pendant une bonne dizaine de minutes, avant qu'un garde ne vienne nous dire que le temps de visite était écoulé, sans aucune aménité. Il me regardait haineusement, sans doute m'avait il reconnue
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