Aujourd'hui au réveil, un sentiment qui m'avait fui depuis bien longtemps refait surface
De l'espoir.
Oui, j'espère un renouveau, ma méditation de la veille m'a fait prendre une décision: changer l'Etat des choses.
Hier, environs trois heures après le départ de Josée, Safiètou avait martelé ma porte en criant à tue-tête.
- OUVRES MOI! Milouda ouvre cette p****n de porte tout de suite! tu as osé m'humilier devant Rawane Aïdir? Tu vas souffrir , tu m'entends? tu vas ouvrir cette p****n de porte oui? Oubil Ndeyou bountou bi. MILOUDA!
J'ai tout fait pour me maîtriser, maintenant qu'elle elle ne me fait plus peur, je dois me maîtriser pour ne pas aller lui casser sa gueule.
Mais ma consolation, c'est que j'ai enfin compris sa faille, le seul moyen de l'atteindre.
L'argent.
Mon argent.
Mon héritage.
J'avais envie de lui crier un bon "vas te faire voir vieille peau", mais comme d'habitude, j'ai encore pensé à papa, et je me suis tu. Moi et mes états d'âmes! Pff..
Elle a continué de frapper, taper, rouer de coups ma pauvre petite porte mais j'ai tenu bon. Rien qu'en l'entendant brailler comme un âne, j'ai su qu'elle s'était encore bourrée; pour ne pas changer.
Entre Safiètou et l'alcool, ça a toujours été une grande histoire d'amour. Ou un moyen de passer ses frustrations.
Finalement c'est sa dévouée Anastasie Ndione ,lèche-cul de première, qui vint la chercher dans le couloir. Et pour ne pas changer elle reçu une tonne, non des tonnes d'insultes, pour ne pas changer, ainsi qu'une baffe de la part de Safiètou. Quand elles partirent je pus enfin sombrer dans les bras de Morphée sans arrière pensée, l'esprit apaisé.
Maintenant que j'ai enfin pris la décision de me tirer de ses griffes, je suis plus sereine.
Un v*****t coup à la porte me tire de mes méditations, je ne réponds pas, de toute façon je ne veux voir personne de cette maison.
Après ma douche, je m'habille d'une djellaba blanche et un foulard noir.
Safiètou va succomber à une crise cardiaque en me voyant et cette idée me remplit de bonheur.
Ça va contredire l'image qu'elle veut envoyer de moi. Une petite fille pourie gâtée sans vergogne.
Après avoir mis mes chaussures, pris mon sac et mes lunettes de soleil, je sors tranquillement de la chambre en sifflotant.
Je suis humeur belliqueuse aujourd'hui.
Je croise Satou, une des nombreuses boniche de ma bien-aimé tante. Elle est si surprise de me voir souriante qu'elle arque un sourcil, perplexe.
- Bonjour Milouda! Dit-elle doucement en regardant à gauche et à droite.
Eh oui, il est interdit aux employés de m'adresser la parole!
Je lui réponds sur le même ton et me dirige vers la sortie de la maison, le soleil me frappe de plein fouet.
Je suis restée si longtemps enfermée que la lumière m'aveugle.
J'ai presque atteint la véranda quand une main me tire violemment le poignet. Je ravale mon cri de douleur et me tourne vers mon agresseur.
Anastasie! Quelle surprise!
- Tu vas ou comme ça toi? Hurle t-elle.
En voilà une qui m'offre l'opportunité de passer mes nerfs sur elle.
- Chez ton père? Je lui lance.
-Quoi? Fait-elle étonnée. C'est à moi que tu parles.
Connasse.
- Non à Michèle OBAMA! Je réponds en souriant. Lâches moi tu veux? Tu fais chier.
Jamais je n'ai eu le cran de lui parler comme ça.
Mais aujourd'hui est un autre jour.
Elle tente de me gifler, mais malheureusement pour elle j'avais anticipé son geste, je reteins sa main.
- Si j'étais toi je ne ferai pas ça Anas, c'est pas malin. Ne vois tu pas que je n'ai pas l'intention de me laisser faire aujourd'hui.
Elle écarquille les yeux stupéfaite.
- Non mais je rêve? Tu as poussé des ailes depuis hier dis-moi? Fait elle en arrachant sa main.
- Bravo! Mais tu es perspicace! j'ai poussé des ailes, tu ne les as pas vu? elles sont là, juste dans mon dos!
Je la plante là abasourdie et reprends mon chemin. Je suis assez satisfaite de moi! Anastasie ne m'a jamais vu parler comme ça auparavant
Encore une fois, elle tire sur ma main avec force faisant tomber mon sac .
Je commençe à sentir l'énervement pointer le bout de son nez. Et ma main me fait mal à présent.
-Anas lane leuh? Qu'est-ce qu'il y a tu veux quoi?
J'essaie de parler calmement malgré mon énervement.
- Tu vas ou? Réponds moi! Recommençe t-elle.
- Ça ne te regardes pas bouffonne!
- p****n c'est à moi que tu parles Milouda? Re-crie t-elle.
J'en ai ma claque !
- Tu n'as pas compris que c'est à toi que je parles? Apparemment tu n'est pas que lèche-botte mais aussi idiote! Tu n'es pas ma mère pour me donner des ordre! Lâches moi les basque, tu veux! Tu ferai mieux de t'occuper de ton Simon, moungui tass deukk bi! Il fait des trucs pas vraiment catholiques sous ton nez.
J'ai réussi à piquer son intérêt en lui parlant de la prunelle de ses yeux. Elle a même lâché ma main qui fait très mal.
-Quoi? Fait-elle intéressée.
- Ne me dis pas que tu ne sais pas? Sérieusement, tu sais bien qu'il couche avec la moitié des femmes de tout Dakar!
Elle s'énerve doucement.
- Non mais tu parles de quoi? fait-elle doucement.
Tiens tiens, mademoiselle semble vraiment intéressée.
Je me dirige doucement vers un fauteuil en rotin et y pris place. Je lui désigne une place à coté de moi de manière mélodramatique.
Je commençe lorsqu'elle est bien installée.
-Je sais que tu ne vas sans doute pas me croire puisque tu crois que ton Simon est un ange, mais je vais quand même te le dire. Simon te trompes avec la moitié de la ville. Ça ne devrait pas t'étonner puisqu'il est devenu si sexy, ce qui est normal vu les sommes colossales que tu dépenses pour l'entretenir et le rendre présentable. Mais bon... En parlant de ça, il doit être vraiment très doué au lit, non?
- Quoi? S'écrie t-elle étonnée que de tels propos puissent sortir de ma bouche.
Je jubile de la voir déstabilisée, l'idiote, quand on lui parlait de son crétin elle était toute douce.
- Ah je demande ça à cause des gémissements qui me parviennent depuis la chambre d'Elisabeth et celle de Safiètou. Elles ont toujours l'air de prendre leur pied, tu sais quand tu vas au salon de coiffure, ou quand tu vas faire des courses pour Safiè...
PAFF! Je venais de recevoir une gifle, encore. Celle là je l'avais pas vu venir. Ouch ça fait mal hein!
- Comment oses-tu? Je vais te démolir sale peste! Elle crie à tue-tête en se jetant sur moi, je m'échappe de justesse et cours me réfugier derrière la table.
Elle prend une de ses sandales qu'elle lance sur moi, malheureusement, elle atterrit sur un des tableaux chéris de Safiètou la faisant tomber au sol.
Quelqu'un ne va pas être content en se réveillant!
Je me moque d'elle en courant à travers la pièce et elle comme une demeurée me suit en jetant sur moi tout ce qui lui tombe sur la main.
Satou, Xavier le chauffeur, Moussa le gardien, tous accourent pour voir d'où vient ce raffut.
Ils ouvrent tous de grands yeux étonnés en voyant la scène.
J'avoue qu'on leur offre un spectacle plutôt cocasse: des objets éparpillés à travers la pièce, des tableaux, des vases...
Des chaises et des fauteuils retournés, Anastasie courant derrière moi en criant comme une folle, et moi qui rie aux larmes.
Je m'arrête en apercevant Elisabeth sur le pas de la porte.
-TEMPS MORT! Anastasie si tu me crois pas demande leur! Satou, n'est-ce pas que Simon couche avec Elisabeth.
Anas s'arrête net et se tourne vers Satou en attente d'une réponse.
-Heu, je...c'est à dire...balbutie Satou mal à l'aise.
-Tu vois, sale petite menteuse! crie Anastasie victorieuse.
-Allez Satou dis lui!
Cette dernière se triture les doigts nerveusement.
- Je...c'est que c'est pas trop mes affaires. renchérit Satou.
Sale peureuse.
-Je vous jure madame Anastasie que c'est pas vrai! Cette fille ment. Jamais je ne ferai ça!
Génial, Elisabeth s'en mêle.
Xavier lui jette un sale regard en coin mais ne dit rien. Ils craignent tous Anastasie.
-Mais dites quelque chose vous là, enfin! M'énervais-je
- Ta gueule Milouda! Hurle Anas. Mon Simon ne me tromperait jamais avec une moins que rien comme celle là.
Elisa tique mais ne dit rien se contentant de se mordiller la lèvre.
Une idée me vient.
Elle est un peu idiote mais vu le quotient intellectuel de ces deux cervelles de mollusques, ça devrait prendre...
...Avec un peu de chance.
Je mise tout sur l'apparence peu recherchée d'Elisabeth.
Elle arbore aujourd'hui des faux-cils tellement fournis qu'on dirait qu'elle a des éventails sur les paupières.
Sa peau depigmenté est rougeâtre par endroit et les percings sur son nez, son arcade sourcilière et sa lèvre inférieure lui donne l'air d'une...
J'ai beau chercher je ne trouve pas avec quoi la comparer.
Honnêtement... elle a l'air d'une pouffe de bas étage.
- Tu crois que tu es mieux qu'elle pour que ton mec n'ait d'yeux que pour toi. Détrompes toi vieille peau. Elisabeth à beau être laide comme un pou mais elle a l'avantage d'être jeune. Répondis-je.
Elisabeth se mords la lèvre encore plus, ça se voit qu'elle fait un effort pour se calmer.
Patience elle va bientot craquer!
- Simon, ne me tromperais jamais et surtout pas avec ce genre de fille! Il a de la classe lui.
On y arrive...
-Hé! qu'est-ce que vous voulez dire? Que je n'ai pas de classe? dit enfin Elisa.
-Bien sur que c'est ce qu'elle veut dire! Avec ta face de rat et tes manières de villageoise tu ne peux attirer aucun homme saint d'esprit.
Elle hurle en se jetant sur moi. Xavier le retint de justesse. Elle se débat avec hargne.
- Alors sachez que Simon n'a aucune classe parce que oui il a couché avec moi et pas qu'une seule fois! C'était délicieux. Fait-elle avec un geste Lubrique.
- JE VAIS LA TUER! JE VAIS LA TUER! pestifére Anastasie en rejoignant Elisabeth.
Je m'éclipse discrètement en laissant derrière moi un chaos indescriptible. Anastasie et Elisa l'une roulant sur l'autre en s'arrachant les cheveux et en se lançant des mots que vous ne voulez sans doute pas entendre. Une Xavier et un Moussa tentant de les séparer et une Satou dépassée qui se mordait les doigts.
Je suis
aux
anges!
Pour une fois j'ai vraiment réussi mon coup, c'est presque trop facile. Je sais que ces deux là s'énervent pour un rien mais là. Leur manque de sang froid va les perdre...
Je prends même une petite photo souvenir de cette scène trop drôle.
J'atteins la porte sans grand encombre et prit un taxi en direction de Dieupeul. Heureusement que j'ai des lunettes de soleil parce qu'un coquard commence à se former autour de mon œil gauche, là où j'ai reçu la baffe d'Anastasie.
Voilà l'inconvénient d'avoir la peau éclaircie par le manque de vitamine D.
Ça me fera de bien de sortir sous le soleil