— On doit faire le plein. Il ne reste presque plus rien.
Beau leva la tête vers Maggie.
— D'accord, je passerai au supermarché en rentrant.
— Merci.
Comme elle s'apprêtait à retourner dans la cuisine, il l'appela. Elle vint s'asseoir sur le fauteuil devant lui, et il se leva pour prendre place à côté d'elle. Durant la nuit, il avait beaucoup réfléchi. Et même s'il n'avait pas trouvé de solution, il connaissait la décision qui s’imposait.
Il lui prit les mains, et les baisa sans faire attention au regard curieux qu'elle lui lançait.
— Je sais que tu ne veux pas l'entendre, mais je veux que tu ailles consulter un médecin...
— J'ai dit non.
— Moi je dis que si. Tu n'as plus ton mot à dire. Tu as choisi de partager ma vie, et tu l'as bien fait. Mais tu penses que je vais te laisser sachant que tu as peut-être un problème de santé ?
Elle roula des yeux et retira ses mains.
— Je ne veux pas aller à l'hôpital. Je déteste les hôpitaux.
— Moi aussi je déteste les hôpitaux, et pourtant, je t'y emmènerai, de gré ou de force.
Ils se fusillèrent du regard, et au moment où il pensait qu'elle allait exploser, elle demanda :
— Et quand est-ce que tu m'obligerais à y aller ?
Il ne prit pas la peine de cacher sa surprise. Elle acceptait ? Sans se battre ? Épatant ! S'il avait remarqué qu'elle avait changé, il ne croyait pas que c'était à ce point.
Un sourire illumina son visage, et il reprit les mains de Maggie.
— Merci.
Il lui baisa à nouveau les mains, alors qu'elle souriait.
— Je prendrai un rendez-vous pour toi. Tu verras, une fois qu'on saura ce que tu as, on fera tout pour le réparer.
Elle rit.
— Tu parles comme si j'étais un robot déréglé, rétorqua-t-elle.
— Je parle comme si je me faisais des soucis pour toi, et c'est le cas, répliqua-t-il.
Monica finissait d'habiller Tommy quand Ilona vint l'informer de l'arrivée de Beau Roth. Quand elle eut fini, elle se dirigea vers le salon où elle le découvrit dans la petite bibliothèque en train de lire la couverture d'un livre. Quand il la remarqua, il déposa le livre et s'avança vers elle.
Bonjour mademoiselle Darcie.
— Ne vous sentez pas coupable de feuilleter ses livres. Je vous ai dit de faire comme chez vous, et je le pensais, dit-elle en souriant. Bonjour, vous avez passé une bonne soirée ?
Elle s'avança vers les fauteuils et s'assit. Puis elle l'invita à prendre place sur le fauteuil d'en face. Elle le détailla un moment. Il portait un t-shirt gris neutre et un jean. Depuis le vendredi, elle avait apprécié le voir dans de nouveaux vêtements, qui lui donnaient un air plus affirmé. Même si ses cheveux semblaient toujours en batailles, elle savait que c'était à cause du vent matinal. Au contraire de Conny, Beau Roth ne plaquait pas ses cheveux avec du gel pour les disciplinés.
Elle sourit, et leva les yeux sur lui. Il la regardait.
— Demain je ne serai pas là pour vous surveiller, informa-t-elle en glissant une main dans ceux de Tommy. Je suis invitée à un gala de charité, et même si ça me soûle d'y aller à chaque fois, je ne peux pas ne pas y aller.
Elle se tu, le regardas dans les yeux, puis porta son attention sur Tommy. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle voulait qu'il lui donne son avis. C'était complètement étrange, bien sûr, de vouloir discuter d'autre chose que Tommy avec lui, mais elle avait envie de mieux le connaître. Et pas pour savoir s'il n'avait rien de suspect, mais juste par envie. Du vendredi dernier à hier, elle avait apprécié passer la journée avec lui, même s'ils n'avaient pas beaucoup parlé. Bien sûr, c'était lui qui ne voulait pas faire la conversation, mais elle n'allait certainement pas l'y forcer !
Elle reporta son attention sur lui. Il fronçait les sourcils en la regardant.
— Si vous n'avez pas envie d'y aller, je ne vois pas pourquoi vous serez obligé. (Il haussa les épaules). On dit qu'on est indépendant à l'âge de 18 ans, non ?
Sans s'en apercevoir, elle rit, d'un rire franc. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il lui dise ça.
— Aussi longtemps que je me souvienne, j'ai pris mon indépendance à l'âge de 15 ans, dit-elle en riant.
Beau souleva un sourcil, mais ne dit rien. Maintenant qu'elle avait réussi à le faire parler, elle n'allait certainement pas s'arrêter là.
— Mes parents ont toujours été très protecteurs avec moi, commença-t-elle en couvant Tommy des yeux. Tout ce qu'ils me permettaient de choisir était la peinture de ma chambre, mes draps, et mes jouets.
Elle haussa les épaules.
— Je sentais une barrière entre moi et le monde, alors quelques mois après mes 15 ans, j'ai cassé ma tirelire et je suis allée acheter des articles. Quand je suis rentrée, je me rappelle que ma mère a failli faire une crise.
Elle rit, et lança un regard à Beau pour savoir s'il prêtait attention à elle. Il faisait attention, et peut-être même un peu trop, vue la concentration avec laquelle il attendait qu'elle continue. Elle sourit intérieurement. S'il n'était pas très bavard, il était curieux.
— J'avais trois paquets remplis sous les bras, et Lucie en tenait deux.
Elle remarqua qu'il fronçait les sourcils. Était-ce parce qu'elle avait mentionné le nom de Lucie
?
— Lucie ne vous a pas dit qu'on est amies d'enfance ? Demanda-t-elle.
Il détourna le regard, avant de répondre.
— Si, enfin, elle disait que vous étiez de vieilles amies, je ne savais pas que c'était il y a si longtemps.
Monica rit.
— De vieilles amies, c'est le mot en effet. On se connaissait depuis la maternelle.
— Ah.
Hum. Elle sentait que quelque chose n'allait pas. Était-ce vraiment Lucie la raison ? Il semblait se rappeler quelque chose, et elle ne put s'empêcher de se demander de quoi il s'agissait.
— Vous et Lucie êtes amies depuis longtemps aussi ? Demanda-t-elle alors.
Il leva les yeux sur elle en fronçant les sourcils.
— Oh, on s'est connues il y a quatre ans.
Il avait rougi ! Elle le jurait. Soudain, elle se rappela la première fois où il était venu chez elle, et le regard dont l'avait couvert Lucie en lui tendant Tommy. Ce pourrait-il qu'il y ait quelque chose entre eux ? Bizarrement, cette idée ne lui plaisait pas. Beau Roth n'était peut-être pas marié, mais il avait une copine qui lui avait fait un enfant. Et si elle se rappelait bien, ils vivaient ensemble. Elle connaissait assez Lucie pour savoir que cette dernière ne se laisserait jamais tenter par le diable au point de détruire un foyer.
Elle soupira. Enfin, elle n'avait pas à les juger. Et si c'était vrai que son amie avait jeté son dévolu sur cet homme, elle pouvait comprendre. Il n'était peut-être pas riche, mais il était beau. Et la douceur qui caractérisait ses traits lui donnait un air charmant. Elle même aurait très bien pu tomber dans ses bras.
Elle souffla et coordonna ses idées. Puis elle se leva. Elle put lire la surprise sur les traits de Beau.
— Au fait, je voulais vous demander si vous pouviez passer la nuit ici demain. Le gala se terminera tard, et... Enfin, je ne sais pas à quelle heure je pourrais rentrer.
Il se leva à son tour. Mais avant qu'il ne réponde, elle reprit la parole.
— Je vais vous verser une petite somme pour vous remercier. N'osez pas refuser, ajouta-t-elle comme il voulait parler. Je vous préviens tard et je comprends que vous refusez, mais...
— J'accepte, dit-il en hochant la tête.
Elle souffla et lui tendit Tommy.
— Je vous remercie.
— Merci à vous.
Elle se retourna et sortit de la pièce. Dans sa chambre, elle prit son portable et remarqua qu'elle avait deux appels en absence. Un de Lucie et l'autre de son père. Elle se décida à rappeler Lucie en premier. Elle n'avait aucune envie de parler à son père maintenant.
— Bonjour Lucie, comment vas-tu ? Excuse-moi, j'étais occupée.
— Je vais bien, et ne t'inquiètes pas. Ce n'est rien d'urgent, je t'appelais pour demander si tu voulais déjeuner avec moi demain. Je voudrais te parler.
Monica fronça les sourcils. Même si elles avaient toujours été amies, ses dernières semaines, Lucie ne l'avait pas souvent contactée. Et le fait qu'elle veuille s'entretenir avec elle l'inquiétait un peu. Elle s'assit sur la chaise en face de sa coiffeuse.
— Tu es sûr qu'il n'y a rien de grave ?
Lucie rit à l'autre bout du fil.
— Ne voit pas le mal partout, ma chérie. Il n'y a rien de grave, je veux juste qu'on partage le déjeuner et qu'on discute un peu.
— Tu veux passer à la maison demain matin ? Ilona fera tous les mets que tu aimes.
Lucie grogna de gourmandise. Mais un silence s'ensuivit, et elle demanda d'une voix hésitante :
— Beau sera là, n'est-ce pas ?
— Oui. C'est sa semaine d'essai, donc il vient chaque jour.
Monica fronça les sourcils. Quelque chose d'étrange se passait. Le comportement de Beau Roth un peu plus tôt, et maintenant celui de son amie. Sans grande surprise, elle entendit son amie décliner son offre.
— Je préfère qu'on se voie dans un café si ça ne te dérange pas.
— Bien sûr que non. Au lieu habituel, ça te va ?
— Parfait. Merci, on se dit à demain alors.
Elle raccrocha, et Monica se leva. Elle ne pouvait plus s'empêcher de penser à cette histoire.
Maintenant, elle allait devoir vraiment se rapprocher de Beau Roth pour connaître le problème entre lui et son amie. En espérant qu'il délie la langue !