Chapitre 6
Quand ils sortent du building, ils se rendent compte que la nuit tombe, et c’est là qu’il va falloir qu’ils soient vigilants ! Ne pas s’endormir et réveiller le monstre. Ils montent dans la vieille voiture cabossée de Mickael. Qui aurai imaginé qu’il puisse avoir un jour à côté de lui Shelton comme coéquipier.
« Alors, Edward, comment as-tu fait pour passer de dealer à gentleman prêt à tout pour protéger sa famille ?
— Et toi Brooks, comment as-tu fait pour passer de super flic à criminel ?
— Criminel ? Moi ?!
— Bah c’est comme ça qu’on appelle le mec qu’a voulu te tuer non ?
— Mais je ne l’ai pas fait !
— Effectivement… ça doit être la façon flic de voir les choses !
— Bon, alors, on a un peu de temps et faut pas qu’on s’endorme alors raconte-moi un peu d’où vient ce changement de cap Shelton
— Ah… L’amour mec… j’ai rencontré une nana. J’ai compris qu’il fallait que je change quand j’ai réalisé que mes magouilles pouvaient la faire partir… ouais… Je n’avais pas envie de la perdre…
— Edward Shelton dealer assassin a donc un cœur ! ironise Mickael. Mais ça va, je te crois, même si je risque de m’en mordre les doigts… J’aime bien croire que la pire des vermines a un cœur d’adolescent amoureux !
— Ouais si tu veux ! Et toi Mickael, à quoi tu t’accroches pour vouloir sauver ta peau et accessoirement la mienne ?
— Je risque de décevoir ton p’tit cœur romantique là… Disons que ma cause est moins noble que la tienne. Je me bats juste pour sauver ma peau. Et si sauver ma peau c’est sauver aussi la tienne, alors je n’hésite pas. Cependant, s’il y a un choix à faire, sache qu’étant le pire égoïste que la police a jamais fait, je ne me poserai pas de question si pour vivre je dois te tuer toi…
— Super… c’est rassurant hein…
— T’as des gosses Shelton ?
— Des gosses moi ? J’ai du mal à m’occuper de moi alors des gosses ! Nan, trop de responsabilités ça ! et toi Brooks ?
— Avant d’avoir des gosses, faut avoir une femme… »
La phrase de Mickael reste en suspens et personne n’ose plus aborder le sujet. Trop personnel pour une première conversation finalement ! Après une bonne dizaine de minutes, Shelton rompt le silence en criant « Stop ! Arrête tout de suite la bagnole ! Gare-toi là ! » Mickael range la voiture sur le bas-côté, perdu au milieu de nulle part. Rien autour, pas d’immeuble, juste quelque vieilles maisons taguées d’insultes bourrées de fautes d’orthographe, plus entretenues depuis longtemps, remplies de sac poubelle plein de merde sur la pelouse. Un arrêt ici ne rime à rien. Shelton sort de la voiture et marche droit devant. Méfiant Mickael décide de le suivre. Il ne comprend pas encore ce qu’attend Shelton, tous ses sens sont en alerte, mais a-t-il d’autres solutions ? Il suit le dealer.
« On s’arrête ici ! On est arrivé le flic !
— Arrivés où ? Y’a rien ici réponds Mickael en jetant rapidement un regard au paysage désert.
— Baisses la tête amigo » Méfiant Mickael baisse la tête et
« — Une plaque d’égout ?
— Bah quoi ? t’as peur ? Allez, on descend ! »
Shelton pousse la plaque et les deux hommes descendent. Il fait noir, ça sent l’humide et la pourriture. Une fois les yeux habitués à l’obscurité, on peut voir que les égouts sont habités par une multitude de rats aussi gros que des chatons ! Mickael suit Edward dans le tunnel.
« On va arriver dans le royaume de pierre mec. Des Indiens habitent ici, ils ont pris possession des lieux, ils sont là, cachés de la civilisation ! c’est eux qu’on va voir.
— C’est quoi cette histoire Shelton ?! Des mecs qui vivent dans les égouts c’est limite, On se croirait chez les Tortues Ninja ! T’es sûr de toi là… Tu tiens ça d’où ? J’aime pas trop cette histoire… Et des Indiens… On n’est pas dans un western de Clint Eastwood non plus ! »
Tout en continuant sa route, Edward Shelton raconte son histoire.
« Quand j’étais gamin, je jouais avec mon père et mon chien dans ce vieux quartier pourri, faut dire qu’on n’était pas riche… mon père faisait des petits boulots mais pas de quoi s’acheter un palace, on était pauvre mais un minimum heureux au moins… ma mère était déjà morte depuis longtemps, on jouait avec une balle. À cette époque, va savoir pourquoi, le jeu des gosses du quartier était de laisser ouvertes les plaques d’égout. Sûrement pour se faire peur après avoir lu “ça” du King ! La balle du clebs est tombée dans un trou d’égout. Et cette andouille de chien a sauté pour l’attraper. Mon père a gueulé un bon moment le nom du chien, jusqu’au moment où il a décidé de descendre lui aussi. J’avais 10 ans et une bonne trouille, mais je crois que j’avais encore plus la trouille de me retrouver seul s’il arrivait quelque chose à mon vieux, alors je suis descendu aussi. J’ai retrouvé mon père et il n’a pas fallu 5 minutes pour qu’on retrouve le chien, tout fier avec sa balle dans la gueule. Au moment de repartir, on marche sur des planches pourries, ça craque et on atterrit plus bas, tous les 3. On a bien dû chuter de 3 mètres. Et c’est là qu’on découvre un endroit comme on ne peut pas s’imaginer ! Un vrai royaume !! Un truc merveilleux ! On comprend vite mon père et moi, que des gens habitent ici. Ça semble désert mais tu vois, vu la beauté du truc on sait qu’on n’est plus vraiment dans les égouts. Au loin, on voit une silhouette et une espèce de vieux rabougri s’approcher de nous, bien qu’il ait l’air d’un petit vieux tranquille, notre chien, pourtant hyper cool, se met à lui grogner dessus, il aboie comme un fou. Et quand le vieux est très proche de nous, mon père ne peut même plus retenir le chien qui part comme s’il avait vu un fantôme, en couinant comme une truie, la queue entre les jambes. Moi j’ai la trouille aussi j’me dis que si le chien réagit comme ça, c’est qu’on doit se méfier. Mais le vieux nous sourit et nous parle d’une voix douce comme j’ai jamais entendu avant “Bonjour, mes amis, bienvenue dans le royaume de pierres” qu’il nous dit ! Je dois te dire que sur le coup j’ai juste eu envie de me marrer ! Imagine, on tombe dans les égouts et on rencontre une vieille branche qui nous parle d’un royaume de pierres ! Non mais c’est bon, le vieux faut qu’il se fasse vacciner contre les morsures de rats là ! Mais je vois que mon paternel a l’air sérieux lui, il ne se marre pas, il a même l’air vachement impressionné, comme si c’était ce qu’il cherchait depuis toujours tu vois. Alors j’me suis pas marré, j’ai écouté. D’un coup, derrière le vieux, tout un groupe de personnes est apparu, des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes ! Tout un peuple quoi ! On aurait dit qu’ils attendaient que le vieux nous souhaite la bienvenue pour se montrer “Vous comptez rester longtemps ici ?” Moi je n’ai pas osé ouvrir la bouche. Déjà je ne savais pas trop quoi répondre à la question, tu vois, le vieux il a quand même de drôles de questions quoi ! Il se croit à l’accueil d’un hôtel ou quoi ? Mon père est sorti de son étonnement et ce que j’avais pris plus tôt pour de l’émerveillement était en fait de la peur, je l’ai compris de suite quand il a répondu au vieux “non non… On cherchait juste notre chien…” Le visage du vieux s’en fendu d’un grand sourire, il a tendu le bras, a pointé son doigt vers un endroit derrière nous et il a dit “un chien comme celui-là ?” Comme au ralenti mon père et moi on a tourné la tête. Je ne sais pas si c’est de voir toute la troupe du vieux qui riaient ou mon instinct mais j’avais une trouille bleue de voir ce que le type se marrait tant à nous montrer… Et j’avais pas tort… Derrière mon père et moi, il y avait le chien. Notre chien, je reconnaissais surtout son collier bleu en fait parce que… c’était plus vraiment lui tu vois… C’était comme si le clebs avait été ouvert de bas en haut. Il était ouvert façon carpette, sa peau par terre et ses boyaux à l’air… J’avais envie de vomir, de partir et ces connards derrière rigolaient comme des fous… Fous qu’ils étaient ! J’me suis mis à chialer comme un gosse que j’étais, caché dans les jambes de mon père “Mon Dieu ! Mais pourquoi avez-vous fait ça ?” Je n’ai pas vu la tronche du vieux quand il a répondu ni celle de mon père. Tout ce dont je me souviens c’est ma peur quand j’ai entendu le vieux répondre, le plus naturellement possible “Mais, pour le plaisir… et puis parce qu’il faut bien se nourrir” Sa troupe de barjots a rigolé encore plus fort. J’ai senti les jambes de mon père trembler, et le vieux a rajouté “Nous possédons un poison, dont personne ne doit connaître l’existence, personne ne doit savoir qui nous sommes, où nous sommes. Nous allons vous montrer” J’ai sorti la tête des jambes de mon père et j’ai vu un mec approcher, mon père il était comme hypnotisé tu vois. L’autre gars a planté une aiguille dans le cou de mon père. Moi j’étais sidéré que mon père ne réagisse pas ! Je crois qu’il a dû se dire qu’on nageait en plein rêve et que ce p****n de chien allait sauter sur le lit pour nous réveiller ! Mon père a gueulé, il est tombé à genou, à mes pieds Brooks ! Il souffrait, je n’oublierai jamais ces râles de douleur ! Il a craché du sang par terre, il m’a regardé droit dans les yeux et il m’a dit, tout bas “va-t’en mon fils ! Vite court !” avant de tomber la face par terre ! J’ai tellement flippé que je ne suis pas arrivé à me relever pour partir. Le vieux s’est penché sur moi, je me rappelle encore de l’odeur pourrie de son souffle “T’as de la chance, petit ! Je n’aime pas tuer les gosses, je vais même te faire un cadeau” p****n je m’en foutais de son cadeau moi ! Je voulais mon chien, mon père et que jamais un gamin n’ait ouvert cette saleté de bouche d’égout ! Il m’a tendu un morceau de papier et dit “voilà petit. Cache bien ça. La recette est entre tes mains, Comme tu le vois, elle est meurtrière en surdose, mais là n’est pas son véritable potentiel. Personne ne doit savoir que tu as ce pouvoir, tu entends ! Personne ! Plus tard, toi seul sauras quand, tu auras le droit de jouer un peu avec… En attendant, pars avec ça et ne raconte rien à personne ! Ni d’où tu viens, ni ce que tu as vu ! Rappelle-toi que les hommes t’accuseront du meurtre de ton père si tu leur racontes… et rappelle-toi surtout que si tu racontes on le saura et ce qui est arrivé à ton père arrivera à toutes les personnes qui font partie de ta vie maintenant et jusqu’à ta mort !” J’étais mort de trouille mais j’ai pris le truc, je n’avais pas trop le choix en même temps… Et le vieux à rajouter “Va-t’en petit, je suis sûre qu’on se reverra un jour ! Rappelle-toi que tout poison a un antidote…” Je n’ai rien compris et je m’en foutais ! Quand je suis sorti de cette merde, j’avais nulle part où aller, c’est un groupe de dealers qui rôdaient près de là qui a pris soin de moi… enfin si on peut dire hein ! Ils se sont occupés de moi quoi, c’est comme ça que je suis devenu le Shelton que tu connais… Mais maintenant je sais, c’est pour ça qu’on revient là. L’antidote c’est ce qui va nous sortir de là… Retour chez les fous, bienvenue dans le royaume des plus grands tarés de la terre ! » En disant ça, Shelton donne un coup dans la planche sous ses pieds, et lui et Mickael tombent, dans ce que le vieux avait appelé « le royaume de pierre ».