9. Le mariage du Soleil et de la Lune

924 Mots
9. Le mariage du Soleil et de la LuneLe roi avait un voisin qui passait chaque jour devant chez lui pour aller chasser à la sarbacane. Au retour, il portait toujours un cerf sur le dos. La fille du roi qui tissait dans le patio était bien intriguée de voir chaque jour ce jeune homme passer avec un cerf sur le dos. Un jour elle se dit : « Il faut que je voie ça de plus près ». Et elle se dit qu’elle pourrait verser de l’eau savonneuse sur le chemin du jeune homme. Le lendemain, quand le jeune homme revint de la chasse avec son cerf, il glissa et tomba. C’est alors que la jeune fille se rendit compte que ce n’était qu’une peau d’animal rembourrée qu’il portait sur le dos. Pour échapper à l’embarras de la situation, le jeune homme, rongé de honte et de tristesse, se transforma en un de ces moineaux délicats qui volettent dans les jardins. Un jour où la jeune fille tissait dans son patio, elle aperçut le petit oiseau qui se délectait du nectar des fleurs. Alors, sous le charme, elle appela son père et lui dit : – Attrape-moi ce bel oiseau, je le veux. Son père tira sur l’oiseau et le moineau tomba. La jeune fille le prit dans ses mains et le regarda en disant : – Comme ses couleurs sont belles ! La jeune fille dormait habituellement dans la cuisine. Son père en fermait chaque soir la porte à clé. Cette nuit-là, comme d’habitude, il la ferma sur la jeune fille qui avait l’oiseau à ses côtés. A la nuit tombée, le moineau reprit connaissance et se redressa. Il se transforma en un beau jeune homme. Il regarda longuement la jeune fille et se mit à la caresser en lui demandant si elle voulait s’enfuir avec lui. – Mais comment sortir d’ici ? Mon père a fermé la porte à clé, lui dit-elle. – Si tu veux, je connais un moyen. Nous pouvons partir tout de suite, répondit le jeune homme. La jeune fille était heureuse de le suivre, mais elle craignait que son père ne les voie avec sa longue-vue magique. Alors le jeune homme la boucha pour que le père ne puisse pas voir par où ils étaient partis. – Il nous tuera avec sa sarbacane, objecta encore la jeune fille. – Ne t’inquiète pas, je m’en occupe. Partons. Et ils sortirent par le trou de la serrure. Le lendemain matin, ils étaient loin, au bord de l’eau, quand le roi se leva. En ouvrant la porte de la cuisine, il découvrit que sa fille n’y était pas. « Où est-elle donc partie ? se demanda-t-il. Ce moineau que j’ai attrapé hier n’était pas un oiseau. C’était certainement un homme. » Alors, il saisit sa longue-vue pour essayer de voir où ils étaient partis mais le jeune homme l’avait enduite de résine et le roi s’en mit dans l’œil. C’est comme ça que la conjonctivite naquit. « Bon, se dit le roi, je vais prendre ma sarbacane. » Mais le jeune homme, qui n’était autre que le Soleil, avait pris du piment en poudre et quand le roi aspira, il jeta la poudre en l’air et le roi se mit à tousser et à s’étouffer. Voilà comment la coqueluche apparut. Comme il ne pouvait appeler sa fille à cause de la toux, le roi convoqua le volcan et lui dit : – Tue donc ma fille et celui qui l’a enlevée. Aussitôt, le volcan s’ouvrit et cracha du feu sur le jeune couple. Le jeune homme Soleil, voyant le danger, demanda à une tortue qui passait de lui prêter sa carapace. La tortue lui répondit qu’elle-même avait du mal à y tenir et qu’elle ne voyait pas comment il allait faire pour y entrer. Mais sans perdre une seconde, le jeune homme réussit à s’installer dans la carapace. Le volcan explosa et déchiqueta la jeune fille dont les éclats volèrent dans l’eau. Une fois le calme revenu, le jeune homme sortit de la carapace et vit l’eau teintée du sang de sa bien-aimée et il pensa : « Elle a disparu à tout jamais ». Alors, il convoqua ces bestioles qui bourdonnent au-dessus du lac pour qu’elles aillent récupérer le sang de la jeune fille en le suçant. L’aide se mit à affluer de toutes parts. Certains prêtaient des bouteilles, d’autres des outres. Chacun aidait à sa façon. Quand tout le sang fut récolté, ceux qui étaient venus aider dirent au jeune homme : – Tes bouteilles sont là. Le jeune homme les remercia. Il rassembla ses bouteilles et les rangea dans sa valise, puis il demanda aux gens s’il pouvait leur laisser sa valise à garder : – S’il vous plaît, ce n’est que pour quelques jours. Je reviendrai vite pour la reprendre, leur dit-il. Mais il mit trois semaines à revenir. Pendant ce temps, la valise s’était mise à bouger et les gens étaient terrorisés. Quand il arriva enfin, les gens lui demandèrent : – Mais qu’y a-t-il là-dedans ? On a eu si peur ! Il leur répondit calmement que ce n’était rien. – Ce doit être un rat qui a réussi à rentrer à l’intérieur, ajouta-t-il. Une fois à l’abri des regards, il ouvrit les bouteilles. Toutes sortes de bestioles et d’animaux se mirent à en sortir. Il chercha le sang, mais il n’y en avait plus. En secouant la bouteille, il vit une toute petite femme à l’intérieur. – Sors donc de là, lui dit-il. Et il la prit par la main pour l’aider à sortir. C’était bien elle, celle que le volcan avait déchiquetée. Ils s’en allèrent ensemble et croisèrent sur leur chemin un homme qui leur dit qu’il savait combien ils avaient souffert. Il ajouta : – Il faudra que votre bien-aimée parle avec le cerf. Il faut qu’il lui saute par-dessus. Alors ils allèrent trouver le cerf. Il sauta pardessus la femme trois fois, après quoi elle redevint une femme normale. C’est alors qu’elle se transforma en Lune. Le jeune homme, quant à lui, n’était autre que le Soleil. C’est ainsi que la Lune et le Soleil se marièrent.
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