Deux tas de sable au bord d’un lit-3

2002 Mots
Nous marchons quelques minutes à travers une série de passages creusés par un ancien oued. Je prends soigneusement mes repères afin de retrouver le chemin après le repas. Lorsque la nuit sera tout à fait tombée, nous n’aurons plus que la faible clarté de nos lampes torches pour nous orienter dans ce dédale. — Tu ne crois pas qu’on s’écarte un peu trop des autres ? demande ma compagne. Mais dans sa voix, cette fois, ne se perçoit plus la moindre inquiétude. Elle s’amuse, dirait-on, du retournement de la situation. — À mon avis, dis-je, nous ne nous éloignerons jamais assez ! Nous choisissons finalement une grotte décorée d’une large fresque en bandeau où se mêlent l’ocre et le mauve. Une scène de chasse, où l’on voit courir une série de créatures longilignes, brandissant des arcs et des lances. À l’avant du groupe se détache l’un de ces personnages que les premiers archéologues amenés à fouiller le site ont qualifiés de « martiens » : un individu doté d’une grosse tête ronde, comme s’il portait un scaphandre, et dont le front, paré de deux cornes, semble muni d’antennes ou de tubes d’oxygène. Une fois les duvets installés sur le sable fin, curieusement moelleux de la caverne, Stevie braque sa lampe de poche sur chaque figure peinte. Puis elle balaie d’un geste ample la troupe complète des chasseurs avant de s’attarder plus longuement sur le meneur, cette créature bizarrement équipée qu’on voit pointer le doigt en direction d’une proie que l’artiste n’a pas cherché à représenter. Je hasarde un vague commentaire : — Un sorcier sans doute, coiffé d’un casque à cornes stylisé. — Tu ne crois pas à ce qu’on raconte alors ? Toutes ces histoires d’extra-terrestres ? — Évidemment non ! Je suis un scientifique, Stevie, un affreux esprit rationnel ! Elle me passe les mains autour du cou, et lance, avant de me tendre ses lèvres : — Ce n’est pas pour me déplaire, tu sais ! Nous échangeons notre premier b****r, une étreinte furtive, presque éludée. Car le temps manque. Les dernières lueurs du crépuscule se sont éteintes voici déjà un bon moment. Les autres doivent nous attendre pour le dîner. Le repas traîne en longueur comme si nos guides, qui assurent la préparation des plats et le service, retardaient à plaisir l’instant où chacun pourra rejoindre la grotte qu’il s’est choisie. Les regards que nous échangeons, Stevie et moi, traduisent une exaspération croissante, et je m’amuse à découvrir des expressions identiques chez les deux couples les plus jeunes. Visiblement, nous ne sommes pas les seuls à nous laisser enchanter par la perspective de ce voyage nocturne au cœur de la préhistoire. L’air est chargé de senteurs lourdes et, dans le silence presque absolu, chacun doit comme moi entendre le battement de son sang dans ses artères. Un martèlement qui vous résonne sous le crâne, tel un tambour rituel venu de la nuit des temps… De retour dans notre caverne, Stéphanie, comme emportée par cette pulsation envoûtante, se réfugie dans un coin d’ombre. Abandonnant sa lampe torche à quelques pas de là sur le sable, la voici qui entreprend de quitter un à un ses vêtements au rythme d’une danse lente, presque extatique. Son chemisier léger flotte un instant dans l’air, puis cède à un mouvement de chute avant de se poser finalement sur le sol. Je songe aux deux ailes d’une raie venue chercher le sommeil au fond de quelque abîme marin. Mais, presque aussitôt, je relève les yeux, et c’est pour apercevoir la courbe d’un sein, l’attache fine qui le retient à l’épaule, la pente douce jusqu’à l’aréole rouge sang, le mamelon dressé comme une arbouse gorgée de suc, puis l’arc plein, bombé qui rejoint le buste selon un tracé ferme et régulier. Je parcours du regard le cintre délicat, à peine marqué, du ventre, puis la ligne des hanches dont le pantalon, une fois la ceinture dénouée, commence à lentement révéler le galbe. L’étoffe un peu raide glisse le long des cuisses. Quelque chose comme un minuscule bouquet d’algues blondes s’enflamme soudain dans le halo orangé que projette la lampe. Je ne vois plus que ce buisson ardent palpitant au-dessus du sexe et, mû par une impulsion irrépressible, j’y viens bientôt poser les lèvres. L’amour, cette nuit-là où je tins Stéphanie dans mes bras pour la première et dernière fois, fut étrangement rapide. J’eus à peine approché la bouche de son pubis que la jeune femme me repoussa en riant et s’en alla s’étendre, les jambes largement écartées, sur nos deux duvets réunis. Je me mis alors à lui caresser les cuisses, remontant lentement en direction de son sexe. Mais, presque aussitôt, elle me prit la main, la conduisit jusqu’à son sein gauche avant de m’inviter d’un geste à la chevaucher sans plus de préliminaires. Je la pénétrai doucement, comme s’il se fût agi de la déflorer. L’extrémité de mon g***d peinait à se frayer un passage entre des muqueuses que rien n’avait encore préparées à me recevoir. J’avais l’impression de forer une étroite galerie dans le sable. Un instant même, l’idée me traversa l’esprit que Stevie était vierge. Troublé par cette invraisemblable perspective, je lui caressai tendrement les tempes comme pour prévenir et calmer une souffrance éventuelle. Toutefois, loin de ressentir la moindre douleur, ma partenaire paraissait approcher déjà des régions ténébreuses de l’o*****e. Ses gestes s’affolaient, cherchant mes mains, mes épaules, mes lèvres. Enfin, je sentis ma verge atteindre une grotte mystérieuse aux parois distendues, chaudes, humides, et Stevie se mit à doucement gémir. Son souffle se fit plus court, plus rauque, sans jamais pour autant gagner en puissance. Quelques mots tendres échangés, quelques caresses sur les joues, quelques baisers sur les seins, et elle cédait presque silencieusement au plaisir. Peu après, comme si elle planait désormais à des hauteurs inaccessibles, en des cieux lointains et paisibles, elle m’accueillit en souriant lorsque, sentant à mon tour toutes les digues se rompre, je me répandis soudain en elle. Nous nous sommes endormis ainsi, l’un dans l’autre, dans un grand calme, tous deux bercés par la nuit saharienne et le mutisme des pierres. Deux ou trois heures plus tard cependant, je suis réveillé en sursaut par ma compagne. Dans le noir absolu, ses mains explorent fébrilement mon corps, sa bouche se pose sur ma poitrine, cherche les mamelons, les mordille tandis que ses doigts se referment sur mon sexe. Ils en retournent entièrement le prépuce et exercent une vive pression sur toute la longueur de la hampe avant d’entamer un lent mouvement de va-et-vient. Puis les lèvres s’arrondissent autour du g***d et je sens les dents frôler mes muqueuses gorgées de sang. La langue appuie fermement sur l’artère proéminente, puis vient, de son extrême pointe, battre à la naissance des bourses. Je ne saisis rien de cette violence soudaine, si différente du doux abandon qui l’a précédée. La raison qui vaut à Stevie d’avoir changé de parfum pour ces nouvelles étreintes m’échappe tout autant. Des arômes de musc et de santal, des saveurs d’épices capiteuses montent autour de moi et m’enivrent. Je veux allumer la lumière pour comprendre ce qui se passe, mais la lampe torche me tombe des mains. Son halo jette une pâle lueur sur la fresque préhistorique. Je distingue les chasseurs qui b*****t leurs arcs dans la direction indiquée par le meneur. Et je découvre avec stupeur que c’est moi que désigne le doigt du sorcier. Ma partenaire s’assied sur mon sexe érigé, et soudain la lampe, que ses mouvements ont déplacée, éclaire le haut de son visage, l’épaisse chevelure noire, le front mat et bientôt le tatouage entre les deux yeux en amande : deux losanges qui encadrent chacun une croix et se prolongent, l’un comme l’autre, par une paire de minces traits barbelés… L’inconnue croisée fugitivement au marché de Djanet ! C’est elle, maintenant j’en suis sûr, qui nous suit depuis le début de l’excursion. Mais où donc est passée Stevie ? Je tâte le duvet à mes côtés. Vide, évidemment. Je sonde les ténèbres de la caverne, sans rien comprendre, à l’affût du moindre frémissement, du moindre crissement de nature à trahir la présence de ma compagne. Mais je ne perçois d’autres bruits que ceux de la jeune Berbère, le froissement de ses cuisses sur le nylon de mon sac de couchage, le battement amorti d’un objet lourd contre sa poitrine – son collier d’ambre et d’argent sans doute –, le cliquetis métallique des bracelets dont j’ai senti à plusieurs reprises le contact sur ma peau, sa respiration puissante enfin, pareille à celle d’un coureur au paroxysme de l’effort. Dans un cri, je veux me redresser, m’échapper. Mais ma partenaire est d’une force incroyable, comparée à sa corpulence fluette. Mes mains ne rencontrent qu’une forme menue, une taille mince, un buste gracile, presque frêle, n’étaient les seins ronds et pleins qu’on dirait presque rapportés à ce corps d’enfant. Elle appuie cependant de tout son poids sur mes épaules de sorte qu’il m’est impossible de me relever. Le pourrais-je – mais en ai-je vraiment le désir ? – le pourrais-je que j’en serais empêché par son regard. Car je lis dans la façon qu’elle a de darder sur moi les deux faisceaux de sa lumière noire quelque chose comme un furieux désespoir. Il y a un lien entre cette détresse farouche et celle qui envahit régulièrement l’âme de Stevie. J’en viens de la sorte à cette conclusion aberrante : une relation mystérieuse unit ces deux femmes. Elles constituent… comment dire ? les deux faces d’une même réalité. Et pendant que l’inconnue roule et tangue sur mon ventre, je me demande si je rêve ou si je suis devenu fou. Le rythme effréné qu’impose la jeune Targuie n’offre pas de répit. J’ai l’impression de naviguer avec elle dans la tempête. Bientôt, la puissante vague du désir qu’elle fait lever en moi nous submerge. Je me cabre sous son corps léger, je lui prends les seins presque avec violence, j’aspire le mamelon érigé, le mordille, contourne l’aréole de la pointe de la langue, goûte avec délice ce corps sucré, aux muscles fermes, à la peau poivrée. Ses ongles me griffent, ses dents me déchirent. Et presque aussitôt, ses paumes se posent à l’endroit de la lésion comme pour en estomper les traces. Je pétris ses fesses, la chair de ses hanches et j’y découvre la consistance pleine d’une argile compacte. Nous ne sommes que cris, rugissements, vocalises animales. Nous n’échangeons pas un mot et l’impression me saisit bientôt, sous cette voûte millénaire, de retrouver avec la jeune Berbère les premiers gestes de l’amour, ceux que dictaient des pulsions archaïques, des appétits ancestraux. Elle est ma proie, je suis la sienne et nous nous entre-dévorons – deux bêtes dans lesquelles se confondent instinct reproducteur et réflexe manducatoire. Alors que l’extrémité de mon g***d vient buter contre l’utérus, je sens ma compagne secouée par de brusques spasmes. Les parois de son vagin se dilatent, se contractent avec cette violence dans laquelle a baigné toute notre lutte amoureuse. La jeune femme pousse un dernier cri, ses cuisses se tétanisent tandis qu’elle expulse un jet de liquide clair et chaud. Je me sens comme absorbé, aspiré dans sa jouissance. Je me répands en elle, alors que, dans d’ultimes convulsions, son sexe se resserre autour du mien pour me faire é******r jusqu’à la dernière goutte de liqueur séminale. Le rythme de notre danse érotique se calme peu à peu, quelques vagues encore qui viennent mourir sur le sable. Les souffles s’apaisent, les gestes s’alanguissent. Les premières lueurs de l’aube pénètrent par l’ouverture béante de la caverne. Et je découvre petit à petit le corps superbe de ma partenaire, cette peau dont j’ai caressé le grain, mais dont j’ignorais la teinte exacte, et le tatouage qui fait le tour de son buste juste au-dessous des seins. Je suis le dessin des losanges, des croix et des traits barbelés. La jeune femme sourit, me prend l’index et le porte à ses lèvres, puis le pointe dans sa direction. — Dihya, commente-t-elle, m’indiquant par ce biais son nom. Je saisis à mon tour l’index de sa main droite et, après y avoir déposé un b****r, je le plaque contre ma poitrine : — Tristan… Elle rit en répétant le mot et, à ma totale surprise, sans le moindre accent. Puis elle ajoute : « Tera n’iblis », une expression dont je comprends vaguement le sens. Elle doit renvoyer à quelque déchaînement amoureux, dicté par Iblis en personne. — Na’am, tera n’iblis, fais-je comme en écho, « Oui ! Une passion violente… » Je la regarde longuement. Dihya !… Ma partenaire porte le nom de la Kahena, la grande reine berbère qui batailla dans les Aurès contre les Omeyyades. Dihya Tadmut, « la belle gazelle » ! Et il faut le reconnaître, elle ne démérite en rien de cet héritage. Elle a le port altier et, sans doute, quelques-uns des pouvoirs occultes attribués à la guerrière mythique. — Stéphanie ? J’ai lancé ce prénom comme je l’aurais fait d’une sonde, pour tenter de voir s’il existe une connexion entre elle et la jolie blonde. Dihya m’adresse un sourire très tendre, puis montre son sein gauche, en reprenant de sa voix chantante :
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER