Chapitre 3 — La rage de l’Alpha

942 Mots
La transformation frappa Kaël comme une déferlante de feu. Ses os se brisèrent pour se reforger, plus larges, plus puissants. Sa colonne se cambra dans un craquement obscène tandis que ses muscles gonflaient sous la peau déchirée. La douleur était violente, mais familière. Ce n’était pas elle qui le faisait hurler. C’était la trahison. Le lien brûlait. Pas une simple présence, pas une vibration diffuse comme lors des nuits ordinaires — non. C’était une agression, une intrusion étrangère dans ce qui lui appartenait désormais. Quelqu’un avait touché Aelyra. Quelqu’un avait goûté à son sang. Et cet quelqu’un n’était pas lui. Kaël leva la tête vers la lune, désormais voilée par des nuages lourds. Son hurlement déchira la forêt, faisant fuir les oiseaux nocturnes et trembler la terre sous les pattes de la meute. — ALPHA ! Ils accoururent autour de lui, certains déjà partiellement transformés, leurs yeux brillants d’inquiétude et de respect mêlés. Ils sentaient la rage de leur chef comme une tempête prête à éclater. — Quelque chose l’a prise, grogna l’un d’eux. — Non…, répondit Kaël d’une voix devenue rauque, déformée. Quelqu’un. Son esprit était envahi d’images confuses — la pierre froide, le goût métallique du sang, une présence ancienne, glaciale, arrogante. Un vampire. Un ancien. La simple idée fit claquer ses mâchoires avec une violence incontrôlable. — Restez ici, ordonna-t-il. Protégez le territoire. Si je ne reviens pas… Il n’acheva pas sa phrase. Ils comprirent. Kaël s’élança dans la forêt, courant à une vitesse inhumaine, brisant branches et racines sur son passage. Chaque battement de son cœur résonnait avec celui d’Aelyra, affaibli, instable, contaminé par une magie qui n’était pas la sienne. Tiens bon, pensa-t-il avec une férocité désespérée. Je viens. Aelyra reprit conscience dans un silence étouffant. Son corps était lourd, engourdi, comme s’il avait été vidé de sa substance. Elle sentait encore l’empreinte des crocs contre sa peau, la brûlure lente qui pulsait dans ses veines. Mais ce n’était pas seulement de la douleur. C’était… autre chose. Elle inspira profondément. L’air lui sembla plus dense, chargé de parfums qu’elle n’avait jamais perçus auparavant — la pierre humide, le fer du sang séché, la cendre des torches. Son cœur battait lentement, trop lentement, puis accéléra soudainement sans raison apparente. — Fascinant, murmura une voix familière. Eryndor se tenait près d’elle, droit, impeccable, comme si rien ne l’atteignait jamais. Ses yeux rouges la détaillaient avec une attention presque scientifique. — Ne me touche pas, cracha-t-elle en tentant de se relever. Elle y parvint à peine. Ses jambes tremblaient, son équilibre était instable. Elle se sentait… différente. Plus consciente. Plus dangereuse. — Tu ressens déjà les effets, observa-t-il. Ton corps apprend. — Tu m’as liée contre mon gré, dit-elle, la haine vibrante dans chaque syllabe. Il inclina légèrement la tête. — Je t’ai éveillée. Nuance. Aelyra sentit soudain une colère sourde monter en elle, plus sombre que celle qu’elle connaissait habituellement. Une pulsion brutale, presque prédatrice, qui lui donna envie de le frapper… ou pire. Elle recula d’un pas, alarmée. — Qu’est-ce que tu m’as fait devenir ? Eryndor s’approcha lentement, mais s’arrêta à distance respectueuse. — Quelque chose d’unique, répondit-il calmement. Une sorcière capable de supporter le sang ancien sans se consumer. Une aberration… ou une évolution. Il la regarda avec une intensité nouvelle. — Tu es le pont, Aelyra. Entre la lune et la nuit éternelle. Son estomac se noua. — Kaël va venir, dit-elle d’une voix basse. Et quand il arrivera… — Il sent déjà ton sang sur moi, acheva Eryndor avec un sourire dangereux. Oui. Je n’en doute pas. Il semblait presque… impatient. — S’il te touche, il te tuera, gronda-t-elle. — Peut-être, concéda-t-il. Mais cela vaudra la peine. Il se détourna, marchant vers une grande fenêtre donnant sur un abîme de ténèbres. — Le monde est en train de changer, sorcière. Les pactes anciens se brisent. Les loups déclinent. Les sorcières s’éteignent. Les vampires, eux… attendent. Elle serra les poings. — Je ne serai pas ton arme. Eryndor se retourna lentement. — Tu l’es déjà. Kaël franchit les frontières de la cité vampirique à l’aube. La pierre noire vibra sous ses pas. Les sentinelles nocturnes reculèrent instinctivement, sentant la mort incarnée dans chaque mouvement de l’Alpha. Certains tentèrent de s’interposer. Ils moururent. Sans hésitation. Sans pitié. Le sang éclaboussait les murs lorsqu’il atteignit la grande salle. — VAL’CYR ! rugit-il. La voix résonna comme un tonnerre. Eryndor se tenait au centre de la pièce, immobile. Aelyra était derrière lui, pâle, les yeux brillants d’une lueur qu’elle ne reconnut pas immédiatement. — Tu l’as marquée, cracha Kaël, les griffes sorties, le corps encore à moitié transformé. — Elle m’a appelé, répondit le vampire avec un calme glaçant. Aelyra s’interposa instinctivement. — Kaël, attends ! Le loup se figea. Le lien se tendit entre eux, vibrant d’une douleur insupportable. Il la regarda — vraiment — et ce qu’il vit le fit vaciller. Son aura avait changé. Il y avait du sang dans sa magie. — Il t’a fait du mal, gronda-t-il. — Pas comme tu le crois, répondit-elle, la voix brisée. Eryndor sourit. — Voilà le cœur du problème, Alpha. Elle m’appartient désormais… autant qu’à toi. La rage de Kaël explosa. Il attaqua. La salle devint un champ de bataille — griffes contre crocs, magie contre immortalité. La pierre se fissura, les torches s’éteignirent, et Aelyra cria, tentant désespérément de retenir deux forces qui la tiraient dans des directions opposées. Quand le silence retomba enfin, elle était à genoux. Entre eux. Liée à l’un par la lune. Liée à l’autre par le sang. Et au fond d’elle, une vérité terrifiante s’imposa : Ce n’était que le début.
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