Il y a des soirs où la guerre ne se gagne pas avec des fusils, des coups de poing ou des cris.
Non. Ce soir, elle se joue dans les silences, les regards, et la peau que l’on dérobe avec la précision d’un assassin.
Le Abyss. Le club le plus prisé et le plus sombre du pays. Une caverne aux murs noirs, où la lumière rouge sang éclaire à peine des corps affamés de désir et de pouvoir. Ici, la musique basse et incessante frappe comme un battement de cœur malade, qui pulse dans mes tempes.
Je suis là, perché sur la mezzanine privée, observant la foule comme un roi surveille son royaume. Chaque visage est une pièce d’échec, chaque geste une promesse de trahison ou de loyauté. Et moi… je suis l’homme invisible.
À mes côtés, Alicia, ma main droite dans cette ville malade. Elle descend déjà, ses talons claquant sur l’escalier en métal, pour aller souffler des mots à Hector Reyes, un ancien bras droit de Thalia, assez rancunier pour écouter la moindre rumeur de faiblesse. Elle sait ce qu’elle fait, et elle le fait bien. Sous cette lumière rouge, elle est une reine de glace, froide et déterminée.
Mais ce soir, moi, j’ai besoin de plus.
---
Elle glisse vers moi comme un souffle, un feu doux, un coup de tempête inattendu.
Elina.
Brune, peau hâlée, silhouette sculpturale, elle porte une robe noire fendue qui dévoile une jambe infinie, élégante et provocante à la fois. Ses lèvres rouges sont un appel silencieux, ses yeux pétillent d’un mélange de désir et de jeu.
Elle s’approche sans prévenir, ses parfums me frappent : vanille, musc, danger.
— Toujours à jouer au roi invisible ?
Sa voix est douce, presque moqueuse.
Je ne réponds pas, juste un regard.
Je tends la main, effleure sa nuque, puis la plaque brusquement contre moi. Elle rit, un rire chaud et rauque, son souffle caresse ma peau.
Ses mains glissent sous ma chemise, trouvent mon torse, comme pour s’assurer que je suis bien là. Présent. Vivant.
Je l’attrape fermement, la pousse contre le mur, nos corps brûlent d’une tension électrique.
— Viens, murmuré-je, presque un ordre.
---
La porte du salon privé s’ouvre, refermée avec un claquement sec. L’air y est plus dense, saturé de promesses et de luxure. La lumière tamisée embrasse les murs et les corps. Sur la banquette en velours noir, je la plaque sans douceur.
Mes mains glissent sous le tissu léger, remontent la courbe de ses hanches, épousent sa taille. Elle soupire, déjà trempée, prête.
Ses jambes se referment sur mes hanches, ses ongles griffent mon dos, je sens son désir brûler comme un brasier.
Je ne suis pas un amant tendre. Je suis un prédateur.
Chaque b****r est une morsure, chaque geste une conquête.
Je la prends contre ce mur, impitoyable, exigeant. Elle se cambre, criant, ma voix se mêlant à la sienne dans un rythme sauvage.
Mon corps, froid d’habitude, est en feu.
Je domine, je guide, je contrôle.
Elle gémit mon nom, suppliant un peu plus fort, jusqu’à ce que tout ce qui compte soit ce mélange de plaisir et de pouvoir.
Quand enfin elle s’effondre haletante sur le canapé, je remets ma chemise, me rendant à la réalité.
---
À ce moment-là, je la vois.
Elle.
Thalia.
J’étais persuadé qu’elle ne viendrait pas ce soir, que son empire la garderait loin de ce nid de vipères.
Mais elle est là.
Éblouissante.
Mortelle.
Sa robe dorée, fine et ajustée, dessine chaque courbe de son corps avec une précision presque cruelle. Ses jambes longues, parfaites, contrastent avec son visage dur, presque fermé.
Elle me voit.
Elle voit Elina.
Son regard se fige.
Juste un instant. Une toute petite seconde.
Mais pour moi, ce suffira.
Je la connais trop bien.
Ce regard, ce flottement, c’est la fissure dans son armure.
Elle détourne les yeux, commande un verre, feint de se reprendre, d’afficher son arrogance habituelle. Mais ses yeux trahissent le trouble.
Elle revient m’observer, encore, encore.
Moi, je souris. Froid. Calculateur.
Je veux qu’elle sente ce poison. Que cette image la brûle de l’intérieur.
Qu’elle doute.
De ce qu’elle ressent encore pour moi.
De son empire.
De sa force.
Ce soir, je l’ai fissurée.
Demain, je la ferai tomber.
---
Je laisse Elina partir, lui glisse un dernier b****r sur la joue, et remonte sur la mezzanine.
Alicia est revenue, satisfaite.
— Hector est prêt à parler. La rumeur va se répandre. Le doute va s’installer dans la meute. C’est bon, me dit-elle.
Je la regarde.
Ce jeu est dangereux.
Mais j’aime le danger.
Le feu.
L’allumette est allumée.
Et bientôt, toute la forêt brûlera.
---
La ville continue de vivre, mais ce soir, pour Thalia et moi, tout a changé.
Elle ne le sait pas encore.
Mais elle va comprendre.
Et elle va se battre.
Parce que personne ne survit à l’empire noir sans avoir du sang sur les mains.