Malgré tous les efforts que je faisais, je ne trouvai pas de petit job dans la ville. Bien que je ne le voulu pas, je fus dans l'obligation de demander de l'argent à ma mère en permanence. Elle se faisait bien-sûr un plaisir de tout financer mais moi, sachant comment elle gagnait sa vie, je prenais juste sur moi car en réalité, son soutien financier m'était d'une grande aide. Je voyais chaque jour mes espoirs réduits à néant et mes objectifs s'éloigner un peu plus de moi, je devais toujours compter sur ma mère. Pour moi, vivre de ce qu'elle me donnait était une forme d'adhérence à ce qu'elle faisait. Je ne voulais pas de cette vie pour moi car j'avais souffert toute ma vie à cause du métier que faisait ma mère. Jaimais bien-sûr ma mère comme n'importe quel enfant aimerait sa mère seulement, je détestais le fait qu'elle soit proxénète. J'avais cru que m'installer à Londres me permettrait de m'émanciper rapidement mais tout sembla être plus difficile sur le terrain. Je m'étais dit, qu'après avoir trouvé un job, je pourrais payer mes études de ma propre poche et aussi m'occuper de tous mes petits besoins, hélas, rien ne se passais comme je le souhaitais.
Un soir, alors je passai une journée épuisante à chercher un job, j'allai prendre place sur un banc public dans un coin bien reculé. J'avais besoin de m'asseoir et de réfléchir, j'avais besoin de sentir la douce brise caresser ma joue. Je me disais que le mauvais sort s'acharnait sur moi. Je ne comprenais pas pourquoi il m'était si difficile de trouver du travail dans cette ville et pourtant, ma colocataire en avait trouvé sans difficulté. Personne ne voulait de moi, ni comme serveuse ou même comme baby-sitter. Mes yeux se remplirent de larmes sans que je ne puisse rien faire pour les arrêter. Je baissai la tête.
- Comme on se retrouve jeune fille, entendis-je.
je relevai la tête et je le vis en face de moi. C'était Edward. Je fus très embarassée car il vit mes larmes. Je ne voulu pas lui adresser la parole. J'avais l'impression qu'il était là pour envahir mon espace personnel et pourtant, j'avais pris place à cet endroit pour rester seule un moment, bien au calme.
Edward sembla bien déterminé et prit place sur ce banc, à mes côtes. Je n'arrivais pas du tout à comprendre ce milliardaire qui ne cessait de se rabaisser à mon niveau à chaque fois qu'il en avait l'occasion.
- Tu ne me suis pas, rassures-moi Edward, lui dis-je.
Cette phrase vint dans ma tête en quelques secondes seulement. Je savais au plus profond de moi même qu'il ne m'avait pas suivi mais ce fut tout ce que je trouvai à dire.
- Il peut aussi arrivé qu'un homme très riche ait besoin d'intimité, tu sais, me dit Edward.
- Tu pourrais très bien avoir de l'intimité dans l'une de tes immenses maisons ou même ailleurs que sur ce banc, redis-je.
J'étais contrariée et Edward le compris aussitôt. Ce fut un mélange de plusieurs émotions que je ressentais, la frustration était en tête.
- Marvel, tu m'as l'air très contrariée, me redit-il.
Quand il me parla ainsi, avec tant de douceur et d'humilité, je me sentis coupable d'avoir été aussi agressive avec lui.
- Pardonnes-moi Edward, lui dis-je, je suis vraiment désolée d'avoir été aussi agressive.
- Tu es toute pardonnée, répliqua t-il, seulement, saches qu'on se sens mieux après avoir partagé sa peine avec quelqu'un.
Il avait bien raison sur ce coup là. Seulement, je ne pouvais partager ce que je ressentais avec personne. Pour parler de ce que je ressentais, il fallait que je parle de ma mère et de son métier mais ça, j'étais incapable de le faire. J'avais quitté Wythenshawe à cause de ma mère et je ne souhaitais pas que sa réputation me suive jusqu'à Londres.
- Est-ce que tu penses toujours être amoureux de moi? lui demandais-je.
Cette fois-ci, ce fut le désespoir qui parla pour moi. Quelque part, j'avais juste envie de changer de sujet. Il avait été aimable avec moi et je ne pouvais plus me permettre de paraître hautaine.
- Je le suis toujours et oui, ma proposition tient toujours, déclara Edward, je n'aimerais pas que tu te sentes brusquée.
Il avait l'air si sûr de lui!
- Edward, pour quelle raison pensez-vous m'aimer? lui demandais-je.
- Connais-tu le coup de foudre? me questionna t-il.
- Déjà entendu parlé, répondis-je.
- C'est ce qui s'est passé la toute première fois que j'ai posé mon regard sur toi.
Il parlait de première fois mais moi, je me disais qu'il parlait du jour où sa voiture me renversa dans la rue. J'étais très loin d'imaginer que cet homme me connaissait depuis longtemps et qu'il avait jeté son dévolu sur moi bien avant que je ne m'installe à Londres. Je n'en avais rien su.
- Je suis disposée à te donner une chance mais j'aimerais que tout aille à mon rythme, lui dis-je.
J'acceptai sa proposition sans même savoir pourquoi. Ce fut peut-être le mélange d'émotions qui me fit prendre une décision aussi importante à la hâte. En même temps, j'avais fini par me dire que ce n'était pas le fruit du hasard si je tombais toujours sur Edward.
Nous vivions dans deux mondes très différent et très peu étaient les chances que nous avions de nous rencontrer et donc, notre rencontre me paru être un signe.
- Connais-tu la raison de ma descente dans la rue? me demanda Edward.
- Parce que tu avais besoin de prendre l'air! dis-je
- Non, parce que j'espérais trouver mon bonheur, toi, me dit-il, ce que tu me dis là est la plus belle nouvelle que j'ai pu recevoir depuis des années, tu ne le regretteras pas.
Il était très enthousiaste, comme un enfant qui avait reçu pour Noël le cadeau de ses rêves.
- Quel âge as-tu? si ma question n'est pas indiscrète, redis-je.
- J'ai quarante ans, me répondit Edward.
Cela ne me surprit pas du tout car j'avais pu le deviner. D'un autre côté, il ne les faisait pas ses quarante années. Edward était très bel homme et j'étais certaine que les femmes se l'arrachait.
- Je suis certaine que plusieurs femmes te courrent après, dis-je.
- Mais je n'ai d'yeux que pour celle en face de moi, me répondit Edward.
Il savait s'y prendre avec moi. Il savait quoi me dire et quoi répondre à n'importe laquelle de mes interrogations.
Nous passâmes un moment là, assis sur ce banc à discuter. Je lui posais autant de questions que je pus à son sujet, dans le but de le connaître d'avantage. Edward avait réussi à me faire oublier mes craintes.
- Je dois partir, Jany doit m'attendre, dis-je en me levant.
Edward se leva aussitôt.
- Je peux te raccompagner, me dit-il.
- Non, merci, je prendrai le bus, dis-je.
Il insista mais je restai sur ma position.
- Nous avons convenu que tout irait à mon rythme, je n'aimerais pas que tu t'impliques dans ma vie au point que je jouisse abusivement des privilèges que tu pourras m'offrir. J'aimerais gagner ma vie honnêtement et surtout, toute seule et aussi, j'aimerais vivre une vie simple et normale, comme j'en ai l'habitude, déclarais-je.
- C'est surprenant mais pas impossible à faire, répliqua Edward, j'ai rarement vu des personnes comme toi Marvel. Je respecte ta décision, c'est admirable.
Voilà qui était dit.
Alors que je fus sur le point de m'en aller, Edward me tint la main.
- Puis-je ? me demanda t-il.
J'acquiescai d'un geste de la tête mais je ne sus pas vraiment ce qu'il voulait jusqu'à ce qu'il m'embrasse, sur la bouche. Ce fut un b****r de court instant mais le premier que je n'eus jamais reçu.
- À plûtard, me chuchota Edward alors qu'il venait de m'embrasser.
Je ne dis rien et je m'en allai toute bouleversée. Je ne lui dit néanmoins pas qu'il venait de me donner le premier b****r de ma vie de femme.
Déjà à l'arrêt de bus, je fus toute étourdie. Ce b****r avait eu le don d'emballer mon petit cœur tout fragile. J'étais curieusement heureuse, j'avais une sensation chaude dans la poitrine. Je me demandais comment est ce qu'un petit b****r pouvais avoir autant d'effet sur moi et pourtant, il ne me sembla pas que j'eus des sentiments amoureux pour Edward à cette époque là.
Je rentrai et comme je l'eus pensé, Jany se faisait du sang d'encre pour moi.
- Je n'ai toujours rien trouvé Jany, lui dis-je.
- Ça viendra certainement, me dit elle dans le but de me réconforter.
Je n'avais pas non plus l'air très abattu parce que j'avais rencontré Edward.
- Tu n'as néanmoins pas l'air d'une personne triste ou désespérée, me dit elle.
Cette fille était réellement impressionnante, rien ne lui échappait. Je mourais d'envie de lui parler d'Edward mais j'eus peur qu'elle ne me juge. Mais en même temps, je ne pus pas vraiment garder tout cela pour moi.
- J'ai rencontré quelqu'un Jany, lui dis-je.
Elle cessa de faire tout ce qu'elle faisait pour focaliser toute son attention sur moi.
- Racontes- moi tout, me dit elle, je comprends mieux ton humeur décontractée.
Nous prîmes place sur son lit.
- En fait, il est beaucoup plus âgé et il me fait la cour depuis quelques semaines, dis-je.
- Donc tu as gardé ça pour toi pendant des semaines ! s'exclama Jany.
- Je me disais que vivre une relation amoureuse avec un homme plus âgé que ma mère n'était une sorte de sacrilège ou quelque chose dans ce genre, dis-je.
- Mais non, Marvel, l'amour c'est libre et tu peux aimer qui tu veux.
- Je sais bien mais ça me semblait embarassant...
- Dis-moi tout à son sujet, il est beau? que fait-il dans la vie? comment l'as-tu rencontré ?
- Et bien, il est très beau, c'est un entrepreneur et c'est Edward Hawkins, répliquais-je.
- Attends, c'est le même Edward Hawkins d'il y a quelques semaines ? me demanda Jany.
- Oui, celui là.
- Je comprends mieux tout l'intérêt qu'il te portait, redit-elle.
- Je l'ai revu aujourd'hui après quelques semaines et j'ai accepté sa demande.
- Une relation amoureuse c'est ce qu'il te fallait Marvel et si cet homme te rend heureuse, alors fonce.
Voilà qui me fit me sentir plus légère. Jany avait cette manière particulière de voir les choses et elle me donna bien du courage ce soir là. Je n'arrivais toujours pas à me mettre en tête que j'étais désormais en couple.
Je m'étais toujours dit qu'un jour, je rencontrerais un jeune homme avec qui je ferais peut-être ma vie ou pas. Mais je persistais toujours à croire que peu importe ce qui arriverait, le plus important serait que je sois heureuse.
Je ne pouvais pas déterminer si j'étais heureuse ou pas avec Edward mais j'étais toute excitée de débuter cette nouvelle relation. Et ce b****r que j'avais reçu resta gravé dans ma mémoire car ce fut un instant de bonheur pour moi même s'il n'y paraissait pas.
Jany et moi passâmes du temps à jouer à des jeux de société jusqu'à ce que nous n'en puissions plus. Comme toujours Jany s'endormit bien avant moi. Je restai encore couchée sur mon lit, en attendant que le marchand de sable décide de toquer à ma porte. Déjà couchée, je pensais toujours aux difficultés que j'avais à trouver un petit job. Je me disais aussi que je n'avais plus la possibilité de demander du travail à Edward vu que nous étions désormais en couple.
Alors que j'étais en plein monologue avec moi même, je reçu un message texte.
Une merveilleuse nuit pour une merveilleuse femme, hâte de te revoir.
Edward.
Voilà ce que disait son message. Jamais je ne lui avais communiqué mon contact mais il était parvenu à l'avoir. Je n'avais plus aucun doute, l'argent pouvais bien tout faire, en tout cas, pour les privilégiés .
Dors bien Edward, écrivis-je.
Je mis mon téléphone de côté et je m'endormis, avec l'idée de chercher du travail le lendemain encore.