Mon réveil ce matin-là fut très peinant. Je me disais qu'une autre longue et dure journée de recherches m'attendais. Seulement, je m'étais levée avec le même enthousiasme que chaque matin, je gardais dans un coin de ma tête l'espoir selon lequel aujourd'hui, serait le bon jour. Jany se levait désormais aussitôt que moi, vu qu'elle avait un boulot maintenant. Alors que nous faisions une petite pause à l'université à cause des premiers examens qui venaient tout juste de passer, Jany prenait du plaisir dans son nouveau job. Je l'enviais énormément et il me tardait de d'obtenir aussi un job tout comme elle. Mais bon, je me contentais de ce que ma mère m'envoyait bien que ce fut toujours aussi insuffisant. J'avais la possibilité d'en demander plus à ma mère mais j'étais décidée à m'en sortir toute seule.
Jany quitta l'appartement la première, car elle embauchait du matin à l'après midi cette semaine là. Après son départ, ce fut à mon tour de m'en aller. Comme nous en avions l'habitude, chacune sortait avec son double des clés. Puisque c'était mon tour de cuisiner, j'avais intérêt à rentrer avant Jany. Nous avions établi un certain nombre de règles pour une meilleure cohabitation et nous l'avions fait en tenant compte des emplois de temps de chacune. Je dois dire que pour des gamines qui expérimentaient la cohabitation pour la première fois, nous nous en sortir très bien.
Après ma tournée de recherche d'un job, je devais me rendre dans un super marché pour acheter de quoi cuisiner, ma journée était donc toute programmée.
Je sortis de l'appartement à mon tour. Puisque je cherchais du boulot, je faisais beaucoup d'efforts pour soigner mon accoutrement. Je portais plus des robes et je mettais de côté mes jeans et mes baskets, sous les conseils de ma chère colocataire bien-sûr.
À peine sortis de l'immeuble, j'aperçus la voiture d'Edward de l'autre côté de la rue. Je l'avais reconnu, c'était effectivement la sienne. Je traversai donc la route pour le rejoindre car je ne comprenais pas pourquoi il était là et en plus, aussi tôt.
Quand il me vit venir, Holland sortit immédiatement de la voiture et vint m'ouvrir la portière.
- Bonjour Marvel, me dit-il.
- Bonjour Holland, comment allez-vous ce matin?
- Je vais bien merci et vous? me dit-il.
- Je vais bien merci.
J'entrai immédiatement dans la voiture et Edward s'y trouvait. Il se redressa à moitié et m'embrassa. Cela me paru très normal et je savais bien que je devais m'y habituer. Je me sentis juste dans l'embarras à cause de la présence de Thomas, sinon, rien de bien grave.
- Mais que fais-tu ici? lui demandais-je.
- Je t'attendais, me répondit Edward.
Je fus surprise d'entendre sa réponse.
- Tu ne m'as pas dit que tu viendrais pourtant, lui dis-je.
- Je suis comme ça, surprenant, répliqua t-il.
Il n'avait pas dit qu'il m'attendais pour rien donc, je mourais d'envie de savoir pourquoi il avait tenu à venir me voir sans même m'en informer. Alors qu'il était assis près de moi, je me torturais l'esprit à essayer de percer le mystère de sa venue.
- Tu peux y aller Holland, dit de nouveau Edward.
Aussitôt dit, aussitôt fait, Holland démarra la voiture.
- Mais où allons nous? demandais-je à Edward.
- C'est une surprise, me dit-il, avais-tu des choses à faire?
- Évidemment que oui, répondis-je.
- Alors, reportes-les, répliqua Edward.
Sa réponse m'avait paru comme un ordre, ou une obligation, seulement, je me sentais embarassée de lui dire ce que je pensais alors que son chauffeur était dans la voiture avec nous. Je gardai néanmoins mon calme dans l'espoir de lui parler lorsque nous serions seuls. Il fallait que je lui dise qu'il ne pouvait pas se permettre d'empiéter ainsi sur mon planning, de plus, je n'étais pas son employé.
On roula un moment et ensuite, on s'arrêta.
Nous nous étions arrêtés dans une zone de la ville qui m'était jusque là inconnue. C'était une banlieue de Londres, rien à voir avec l'autre côté de la ville. On pouvait y voir que les personnes y vivaient de manière très modeste, voir misérable. Des mendiants dans la rue, des atroupements de jeunes, on aurait dit des gangs, voilà ce que renfermait cette partie reculée de la ville. Seulement, nous nous étions arrêtés devant un immeuble, mais je n'en connaissais pas la raison. J'étais confuse car ça n'avait aucun sens qu'une personne comme Edward fréquente ce genre de milieu.
Holland sortit aussitôt de la voiture et vint nous ouvrir à Edward et à moi. Holland comme d'habitude resta sagement près de la voiture
Edward entra dans l'immeuble et moi, je marchais derrière lui comme un petit chien derrière son maître.
- Pourquoi sommes nous dans cet endroit, demandais-je à Edward.
- Un peu de patience, tu le sauras bientôt, me répondit-il.
Je ne me sentis pas vraiment en sécurité dans cette endroit, jamais encore je ne m'étais rendue dans une zone pareille. Ce quartier de Londres n'avait rien à voir avec Wythenshawe car la sécurité n'y régnait pas.
Nous avions pris l'ascenseur du bâtiment. Ensuite, nous marchâmes jusqu'à la porte 13. Déjà devant la porte 13, Edward s'arrêta.
Je trouve mon attitude de ce jour là très honteuse mais pour ma défense, j'avais cru qu'Edward m'avait emmené là pour coucher avec moi loin du regard de tous. Quand il s'arrêta devant cette fameuse porte 13, j'eus un instant envie de m'enfuir en courant mais je suis moi-même incapable de dire ce qui me retint.
Edward mit la main dans la poche de son survêtement et y retira une clé. Il ouvrit la porte.
- Après toi, me dit-il en parfait gentleman.
Bien que méfiante, j'entrai sans même regimber. Edward entra derrière moi et referma derrière lui.
C'était un appartement plutôt modeste qui se cachait derrière cette porte 13. Il y avait de vieux canapés, une vieille télévision, tout y avait l'air d'avoir au moins une centaine d'années. Sur le coup,je changeai d'idée, je ne pensais plus que nous étions là pour assouvir la libido d'Edward.
- Tu dois certainement te demander pourquoi est ce que je nous sommes là, me dit Edward.
- Je serai ravie d'avoir des réponses, répondis-je en me retournant vers lui.
- Ici, c'est chez moi, me dit-il.
J'étais très loin du compte, plutôt perdue car je ne comprenais vraiment pas ses propos. Il m'avait déjà une fois emmené chez lui et ça n'avait strictement rien à voir avec cet immeuble. J'avais besoin de comprendre d'avantage et j'étais sur le point de recevoir toutes les réponses dont j'avais besoin.
- Je ne suis pas né aussi riche tu sais, avec ma grand mère, nous vivions dans cet appartement. J'y ait passé toute mon enfance et mon adolescence aussi, déclara Edward.
J'étais quelque peu choquée au point de ne pouvoir rien dire. Néanmoins, je remarquai que le regard de mon petit ami avait bien changé, il y avait plus de douceur.
- Lorsque tu m'as parlé hier de ton besoin d'évoluer toute seule, tu m'as fait penser à moi, à ton âge. J'étais un petit garçon pauvre qui vivait avec sa grand mère dans un appartement miteux d'une banlieue de Londres. J'ai dû travailler dur pour être celui que je suis aujourd'hui mais j'aurais aimé plus que tout que ma grand mère soit là pour profiter de tout ce que j'aurais pu lui offrir aujourd'hui. Voilà pourquoi j'ai acheté cet immeuble et je l'ai fait reconstruire. J'ai ensuite gardé intact l'appartement de ma grand mère et l'immeuble est devenu une sorte de logement social.
Je fus stupéfaite par le récit poignant d'Edward. Je ne connaissais pas ce côté de lui jusqu'à ce jour. Je me mis à admirer sa personne dès lors. Je comprenais mieux pourquoi est ce qu'il n'y avait personne à l'accueil de l'immeuble, je comprenais maintenant pourquoi cet immeuble était différent de tous les autres. Edward en avait fait don aux habitants en difficulté. Je n'avais jamais rien entendu de si généreux de toute ma vie.
- Je ne connaissais pas ta grand mère mais je suis certaine qu'elle est très fière de toi où qu'elle soit, dis-je.
- Je t'ai fait venir dans cet endroit pour que tu apprennes à mieux me connaître et cet appartement est ce qui me définit le mieux. C'est de cet endroit que je viens Marvel et j'en suis très fier car si je n'avais pas eu la vie que j'ai eu, je ne serais certainement pas l'homme que je suis aujourd'hui.
Ce que venait de dire Edward m'avait particulièrement touché car lui, il n'avait pas honte de son passé, au contraire, il s'en était servi pour améliorer son futur. Je me sentis un peu coupable car je n'étais pas pareil que lui, j'avais honte de l'endroit d'où je venais.
Je fis le tour de l'appartement sous le regard attentif d'Edward. J'avais complètement oublié que j'étais en colère contre lui à cause de la journée perdue, j'étais plutôt heureuse qu'il ait souhaité partager avec moi son passé.
- Il m'arrive de revenir ici quand je sens que je me perds ou quand j'ai envie de m'unir à mon passé, me dit de nouveau Edward.
- Moi j'aimerais être aussi courageuse que toi pour unir mon passé et mon présent, lui dis-je.
- Ça viendra certainement, me répondit-il.
Nous sortîmes de l'appartement. Toutes les personnes qui nous rencontraient ne manquait pas de dire bonjour à Edward, c'était une vraie célébrité dans cet endroit. Je comprenais qu'ils l'aiment tous autant, car Edward, sous ses airs d'intouchable snobinard, il était une belle personne, comme le monde en a rarement connu. Je pouvais voir Edward rire avec ces gens comme jamais je ne l'avais vu auparavant. J'avais l'impression qu'il se sentait mieux là que dans son immense villa dans le quartier bourgeois.
J'étais là à le regarder sociabiliser avec les autres et je souriais bêtement. J'étais heureuse d'avoir dit oui à cet homme car je savais désormais que j'apprendrais énormément en sa compagnie. Tout cela m'avait donné envie de parler à ma mère. Quand Edward me parla de sa grand mère, cela me fit réaliser que ma mère ne serait pas toujours là. Et même si elle faisait un métier peu commode, je l'aimais énormément et j'étais plus que décidée à le lui dire une fois de plus. Il m'arrivait d'être très dure avec ma mère et croyez moi, je le regrettai ce jour là.
Je m'éclipsai dans un coin pour appeler ma mère. Edward n'avait pas remarqué que je n'étais plus derrière lui.
Le téléphone de ma mère ne sonna que pendant quelques secondes. Elle décrocha comme si elle n'attendait que mon coup de fil.
- Bonjour chérie, me dit elle en premier.
- Salut maman, comment vas-tu ? lui demandais-je.
- Je vais bien merci, mais je te retourne la question, vas-tu bien?
- Mais oui, je vais bien, répondis-je.
- C'est juste que tu ne m'appelles que très rarement ou presque pas je me suis donc dit que peut-être, tu avais un souci.
- J'ai un souci, tu as raison, lui dis-je.
Je n'avais bien-sûr aucun de souci, je souhaitais juste jouer un peu avec son humeur.
- Tu n'es pas malade j'espère, me dit-elle.
- Je vais bien physiquement, ne t'en fais pas. Je voulais juste m'excuser, répliquais-je.
- T'excuser pourquoi Marvel? me demanda ma mère toute surprise.
- Pardon de ne pas t'appeler aussi souvent que je devrais le faire, dis-je. Je t'aime maman.
Je sentis ma mère soupirer à travers le téléphone. C'était comme si elle avait entendu ce qu'elle rêvait d'entendre.
- Ne t'en fais pas pour moi chérie, je t'aime aussi tu sais, me dit-elle avec la voix toute tremblotante, comme si elle pleurait.
Elle pleurait effectivement. Je m'y étais attendu aussi car sous ses airs de femme de caractère, miss Chyna était une femme très sensible, surtout quand il s'agissait de moi.
- Cesse de pleurer maman, j'ai dit que je t'appellerai plus souvent.
Ma mère n'eût pas le temps de me répondre car mon téléphone ne fut plus entre ma main et mon oreille en quelques secondes seulement.