Chapitre 17

854 Mots
17Gwwhh ne fit plus un mouvement. Il savait que le moindre geste pouvait signifier sa perte. Il sentait les abominables effluves du monstre près de lui, à seulement quelques pas. Le souffle puissant de la bête empuantissait l’air de son odeur fétide, chargée des relents de milliers de cadavres pourrissant dans ses entrailles gigantesques. Dans la forêt régnait soudain un silence mortel, comme si tous les organismes vivants avaient interrompu leur vie pour quelques instants, dans l’attente de l’inévitable dénouement du drame qui se déroulait sous leurs yeux. Et Gwwhh se tenait là, immobile, ayant pris l’apparence d’un rocher. Dans son esprit, il était un rocher, un caillou, le plus petit possible, afin que le monstre ne le voie pas. Si la bête faisait un pas, Gwwhh le savait, il serait écrasé sous le poids des énormes pattes de l’animal, et s’il tentait de fuir, celui-ci le détecterait immédiatement, et Gwwhh finirait dans la gueule géante de l’animal. Troublé, celui-ci agitait nerveusement ses petites pattes antérieures en tous sens, comme s’il voulait attraper une proie invisible dans ses griffes acérées. Attendre, ne pas bouger, ne pas respirer, ne pas avoir peur, attendre que le monstre se décourage ou trouve une autre proie à proximité et la chasse… en espérant qu’il ne l’écrase pas au passage. Le géant se penchait, balançait la tête de droite à gauche, cherchant, fouillant, attendant le moindre mouvement du petit animal qu’il chassait. Puis il se redressait brusquement, agitait encore ses pattes avant, et se penchait de nouveau, son énorme tête fouillant l’obscurité de la forêt. Soudain sa gueule terrifiante s’arrêta juste devant le Rocher. Le cœur de Gwwhh cessa de battre. Son instinct lui hurla de fuir, de tenter l’impossible, mais sa raison lui dicta de ne pas bouger et elle eut le dessus. Le monstre se redressa, poussa un effroyable cri, et Gwwhh, à moitié asphyxié par l’épouvantable puanteur, eut envie de voir une dernière fois le ciel. Il ouvrit les yeux et leva lentement la tête. Là, au-dessus de lui, à travers l’épaisse couverture végétale, il y avait quelque chose qui semblait flotter dans l’air. Une chose que Gwwhh n’avait jamais vue. Une chose grise et brillante, qui émettait des lumières, et qui semblait tourner sur elle-même ! Pas un oiseau, non… Quelque chose d’impossible… Malgré le danger imminent, Gwwhh était fasciné par cette apparition. Le monstre aussi semblait l’avoir aperçue. À l’aide de ses pattes avant, il essayait d’attraper la chose qui volait au dessus de lui. Dans un geste de rage impuissante, il souleva une patte arrière, puis l’autre, sa queue gigantesque balaya le sol. Gwwhh se dit que c’était le bon moment pour tenter de fuir, mais il restait pétrifié par cette apparition impensable. Tout juste eut-il le réflexe de reculer prudemment du monstre pour se mettre à l’abri d’un buisson. Le monstre, captivé, n’y fit même pas attention. Ses yeux terrifiants restaient rivés sur cette chose étrange qui tournoyait au-dessus de lui. Soudain, dans le plus grand silence, un rayon de lumière surgit de la chose et atteignit le monstre de plein fouet. Le hurlement effroyable du géant creva le silence de la jungle haletante. Bientôt, son corps gigantesque ne fut plus qu’un brasier infernal. Le géant eut encore la force de fuir, embrasant tout sur son passage. Au bout de quelques mètres, il s’effondra soudain et continua de se consumer dans une odeur de chair brûlée suffocante. Gwwhh, terrorisé, n’osait faire le moindre mouvement. Il observait, impuissant, la scène. La chose volante tournoyait toujours au dessus de sa tête et Gwwhh s’attendait, impuissant, à ce que le rayon de lumière sorte de nouveau pour le détruire, lui. Mais la chose se mit à descendre lentement ! Gwwhh savait qu’il était inutile de fuir : une chose capable de tuer un tel monstre devait posséder des pouvoirs considérables. La Chose se posa enfin à quelques mètres de lui, juste à l’endroit où le monstre se trouvait quelques instants auparavant. Gwwh n’était pas au bout de ses surprises. Brusquement, une ouverture apparut dans la chose, laissant s’échapper un flot de lumière aveuglante ! Gwwh aperçut alors deux créatures qui sortaient de la Chose. Deux créatures à peine plus grandes que lui, revêtues d’une sorte de peau brillante de la tête aux pieds. Comment de telles créatures pouvaient-elles venir à bout d’un tel monstre ? Elles n’avaient même pas de bâtons ou de pierres. Et pourtant, il y avait eu ce rayon de lumière qui avait détruit le monstre… – Viens avec nous, Gwwh ! Ne crains rien : nous sommes ici pour te sauver. Viens dans cette Chose ! Nous ne te ferons aucun mal. La voix avait résonné dans la tête même de Gwwh. Et il comprenait ce qu’elle lui disait. Qui étaient ces créatures ? D’où venaient-elles ? Pourquoi voulaient-elles qu’il les suive ? – Nous voulons être amis, Gwwh. N’aie aucune crainte. Nous venons de très loin pour te rencontrer. Viens avec nous. – Pas mal, Mu ! C’est du bon boulot ! Il ne reste plus qu’à injecter cette scène dans ses souvenirs. – Et de nous faire passer pour… – Pour des créatures supérieures. Excellent ! Ce sera le premier ambassadeur de notre civilisation sur cette planète. – Mais il va nous prendre pour… des… – Pour des dieux. En quelque sorte, oui. Des dieux bienveillants qui l’ont sauvé d’une mort certaine. Il transmettra ça aux siens et nous n’aurons plus qu’à nous montrer au grand jour. Dans quelques années de cette planète, nous en serons les maîtres et mon père ne pourra rien y faire. Nous allons changer l’histoire de ce monde, Mu !
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