4Jacques-Yves Fernette –le Professeur Jacques-Yves Fernette – bailla longuement en traînant les pieds jusqu’à la porte fenêtre qui le conduisait à la terrasse.
Comme la retraite m’a changé… dix heures et je suis encore en pyjama…
Malgré son âge, il émanait de lui une force quasi mystique. Au fil des ans, il avait su conserver une forme physique exceptionnelle, malgré le manque de sport et d’exercice physique.
Son visage conservait encore l’aspect d’une jeunesse pourtant lointaine, et malgré les cheveux grisonnants, il émanait de sa personne une vitalité et une intelligence hors du commun… même si maintenant la retraite le conduisait à un certain relâchement.
La journée s’annonçait ensoleillée et il décida de prendre son petit-déjeuner sur la terrasse. Il aurait tout le temps ensuite de mettre à jour son site Internet.
Dire que plus de deux millions de personnes se sont déjà connectés… Si seulement mes collègues avaient été aussi ouverts…
Mais cela faisait bien sur partie du passé. Un passé consacré entièrement à la recherche scientifique.
Un passé qui l’avait conduit sur des voies étranges. Son amour de la connaissance était immodéré !
Et cette soif de découverte lui avait valu les honneurs de ses pairs… et puis leur opprobre. Aujourd’hui, à part quelques amis, et bien sûr les millions d’internautes anonymes qui chaque jour consultaient son site, il était seul. Seul avec ses certitudes, seul avec ses découvertes, seul avec son savoir.
Sa modeste retraite, amputée de la pension alimentaire qu’il versait chaque mois à son ex-épouse, lui permettait de vivre confortablement, complétée par les droits d’auteur sur les ventes de ses livres.
Mes livres ?… Ils ont tous fini dans la catégorie « ésotérisme »… Quelle dérision !
Il contemplait rêveusement le magnifique paysage qui s’offrait à lui : ces volcans éteints depuis des millénaires, depuis l’aube de l’humanité, depuis que…Mais à quoi bon ? Ses pensées le ramenaient toujours vers la conviction profonde qu’il avait acquise au fil des ans.
Il faut que je me ressaisisse… Après tout, c’est le sort de toutes les grandes découvertes. Je dois continuer.
Son esprit incisif avait déjà repris le dessus et il alluma l’ordinateur portable posé sur la table en grès de la terrasse, tout en sirotant sa première tasse de café et se mit à écrire.
Quelques kilomètres plus loin, un senseur pointé sur sa maison suivait chacun de ses mouvements.
Au cœur d’une grotte, un projecteur holographique reconstituait son image, son corps, la terrasse, l’ordinateur. Chaque donnée entrée était immédiatement analysée puis enregistrée. La mission était simple : pas d’intervention directe, laisser faire, tout enregistrer, agir dans le plus grand secret. Il ne s’agissait pas de provoquer une nouvelle catastrophe. Il manquait encore trop de données et de toutes façons, l’infiltration fonctionnait parfaitement : personne ne le croirait.
Ils sont encore si aptes à se laisser manipuler…
Jacques-Yves Fernette compilait toute une série de données disparates qui venaient étayer son hypothèse. Il travaillait depuis quelque temps à démontrer que l’homo sapiens était bien plus ancien que ne voulaient le faire croire les théories officielles, et que son origine remontait probablement au jurassique. Hérésie suprême, il soutenait qu’à cette époque l’être humain était certainement doué de capacités impensables, même aujourd’hui.
Sa vaste érudition, son réseau d’informations, et surtout son intuition, confortaient chaque jour un peu plus sa certitude. Il lui apparaissait invraisemblable que pendant des millions d’années l’être humain se cantonne dans une vie animale, sans jamais évoluer, sans jamais progresser. D’ailleurs, chaque nouvelle découverte faisait reculer la date fatidique de l’apparition de l’humanité. Pourquoi la Nature, censée ne rien créer sans nécessité aurait-elle conçu pour l’Homme un cerveau qui n’aurait servi à rien, en dehors de la survie ? Oui, il y avait sans l’ombre d’un doute possible, eu plusieurs grandes civilisations sur Terre. Des civilisations extrêmement évoluées, qui avaient forcément laissé des traces tangibles de leur présence. Il suffisait simplement de les chercher ! Mais il lui manquait l’élément le plus important : quel phénomène avait fait de l’homme l’espèce dominante, dans un monde où il avait très peu de chances de subsister ? Quel déclic avait rendu cet animal bipède pensant ?
Cela, cher professeur, tu le découvriras en temps voulu…