9. Colère

1714 Mots
Pdv Djibril   Après avoir pris le petit-déjeuner avec Aïcha, j'étais rentré chez mes parents. Je vivais avec eux depuis mon retour des USA et même si de temps en temps, je rêvais d'indépendance et d'intimité, je ne me résolvais pas à quitter le cocon familial. En fait, j'avais peur de la solitude. Tout le monde pense que je suis un loup solitaire, mais la vérité c'est que je n'aimais pas être seul. Je n'avais jamais vécu seul, même aux USA, je vivais en colocation. Quand j'étais arrivé à la maison, j'avais dû expliquer à ma mère pourquoi j'avais dû passer le reste de la nuit chez Khalil. J'avais donné comme excuses que Khalil avait fait un malaise et que sa femme, ne sachant conduire, m'avait appelé pour que je les amène à la clinique. Bien sûr, j'avais dû préciser que ce n’était rien de grave pour qu'elle ne panique pas. Ma mère considérait Khalil comme son second fils.  Tout le reste de la matinée et de l'après-midi, je ne cessais de penser à Aïcha et à son ivresse. Je n'arrêtais pas de tourner et retourner le sujet dans ma tête. N'en pouvant plus, j'appelai mon meilleur ami et lui demandai si je pouvais venir dîner chez lui, il accepta. Vers 18h, je me préparai et quittai la maison après avoir prévenu les parents. Je me rendis d'abord dans un supermarché ouvert en ce jour férié et achetai quelques amuse-gueules, des boissons, des sucreries et une poupée, avant de me rendre à cité Keur Gorgui où vivait Khalil et sa petite famille. Fanta m'ouvrit la porte. Fanta, toute souriante: Mon mari adoré, namonala (tu m'as manquée). Moi: Ma la raw (tu m'as manqué à moi encore plus), ma chérie. On se fit la bise. Fanta: Entres, je t'en prie. Je m'exécutai. On se rendit dans le salon où on trouva mon ami et sa fille. Moi: Bonsoir! La petite fille qui regardait la télé avec son père, descendit du canapé à la hâte. Latifa, en se jetant dans mes bras: Tonton Djiby! Moi, la soulevant: Ma chérie, yow rek la namone (il n'y a que toi qui me manquais). Comment vas-tu? Latifa: Ça va bien. Je la descendis de mes bras et l'observai. Elle n'arrêtait pas de grandir. Elle va bientôt avoir 3 ans. C'était une petite fille noire toute frêle. Elle ressemblait plus à sa mère qu'à son père: les mêmes yeux noisettes, le même sourire. Deux couettes tressées avec des perles multicolores au bout coiffaient sa tête. Moi: As-tu été sage cette année? Latifa, sûre d'elle: Oui, Tonton. Moi: Alors tiens, c'est pour toi. Je lui tendis le sachet qui lui était destinée. Elle le prit. Fanta: Mo, Djiby, kou la bayi ( fallait pas)! Elle aida sa fille à sortir le contenu. La petite fille sourit, contente de son cadeau. Fanta: Qu'est-ce qu'on dit? Latifa: Merci, Tonton Djiby. Moi: De rien, ma puce. Khalil: Mane nak amouma cadeau (et moi je n'ai pas de cadeau)? Fanta: Noël, c'est pour les enfants. Moi: Si ça peut te consoler, j'ai apporté ceci . Je tendis les sachets qui restaient à Fanta. Fanta, prenant les sachets: Walay, il ne fallait pas. Moi: Je connais ton mari. Il m'aurait reproché d'être venu les mains vides. Khalil: C'est clair. Tu ne peux pas venir chez moi, bouffer mon dîner sans rien amener comme compensation. Fanta: Yow, boul déglou(n'écoutes pas) Khalil ,il est avare. Ici, c'est chez toi, tu peux venir quand tu veux et je te donnerai gratuitement à manger, tu es mon mari. Moi: Merci, Fanta, je sais que je peux toujours compter sur toi. Fanta: Bon, je reviens! Latifa, viens avec moi, je vais te mettre Tiji dans ma chambre. Elle disparut avec sa fille dans le couloir. Khalil: Assis-toi, mec. Ne restes pas debout comme un piquet. Je m'assis sur le fauteuil. Il changea de chaîne. Il passa de la chaîne pour enfants Tiji à une chaîne d'informations. Khalil: Alors comment va Aïcha? Moi: Quand je quittais son appart, ce matin, elle se plaignait de maux de tête. Khalil: Tu m'étonnes, sa gueule de bois doit être égale à son niveau d'ivresse d'hier soir! Moi: J'ai essayé de l'appeler, mais elle n'a pas décroché, elle devait être en train de dormir. Khalil: C'est pour cela que tu étais inquiet? Tout à l'heure, au téléphone, tu ne me semblais pas aller bien. Moi: Ce n’est pas vraiment pour cela. Je suis bouleversé par ce qui s'est passé hier. Aïcha était ivre. Te rends-tu compte? Ivre! Tout comme Sam. Je ne sais plus quoi penser. Je me suis juré de ne plus revivre la même histoire. Fanta entra avec un plateau contenant les amuse-gueules que j'avais apportés qu'elle déposa sur la table basse. Fanta: Chéri, tu peux venir chercher les boissons? Je m'occupe du dîner. Khalil: Bien sûr! Il se leva et ramena en deux voyages avec les boissons et un plateau de verres. Khalil: Frère, je ne sais pas quoi te dire. C'est vrai que moi aussi, je suis déçu d'avoir vu Aïcha comme ça. Je ne pensais pas qu'elle était du genre à se saouler. Moi: Elle m'a dit que c'était la première fois qu'elle était dans cet état et elle m'a promis que ça n'arrivera plus. Mais je ne sais pas si je dois la croire. Khalil: Peut-être qu'elle dit la vérité. Si elle avait l'habitude de se saouler, ta sœur s'en serait rendue compte et je ne pense pas qu'elle t'aurait encouragé à te mettre avec une fille alcoolique. Moi: De toutes les manières, je n'ai pas le choix. Je ne peux pas empêcher mon cœur de la croire. Tu vois, je me suis couché en me disant que je ne laisserais jamais personne me faire revivre le même cauchemar. Mais le matin, dès que je l'ai vue, toute ma colère est tombée. Je n'avais qu'une envie, la prendre dans mes bras. Khalil: Tu devrais laisser libre cours à tes envies. Tu attends quoi pour lui dire la vérité sur la nature de tes sentiments? Je t'assure que tu es sur le point de la perdre. Tu as vu hier, le mec ne s'est pas gêné pour fricoter avec elle. Aïcha est une belle femme, je t'avais dit que d'autres hommes allaient s'intéresser à elle. Ne viens pas pleurer sur mes épaules, quand un autre te la prendra. Moi: ... Khalil: Tu trembles devant elle, comme un pré-ado de 12 ans. Ce serait risible si je ne te voyais pas malheureux. Il faut que tu dépasses ta peur. On a tous eu des déceptions dans le passé, mais ça ne nous a pas empêchés de refaire confiance. Je t'ai raconté que Fanta s'était fiancée à un homme avec qui elle avait même déjà choisi une date pour célébrer le mariage religieux, mais que ce dernier ,du jour au lendemain, avait tout annulé. Quand je l'ai connue, elle était brisée, malgré cela, elle a pris sur elle et m'a donnée une chance. Aujourd'hui, on est reconnaissant à ce gros c*n de m'avoir laissé le champ libre. Moi: Je sais que tu as raison. J'ai juste peur qu'elle ne partage pas mes sentiments. Khalil: Tu ne seras fixé sur ses sentiments que si tu lui parles ouvertement. Tu sais ce qu'on va faire? On va organiser une soirée en couples pour le réveillon de la Saint-Sylvestre et tu en profiteras pour lui dire. Si tu ne le fais pas, je t'assure que plus jamais je ne te laisserai me parler d'elle.   ***************************   Une semaine plus tard   On était déjà le 31 décembre. Aïcha avait accepté de réveillonner avec moi et le couple Faye. On s'était donné rendez-vous au Terrou-Bi. Aïcha était resplendissante dans sa robe à sequins dorée. Il fallait le reconnaître, c'était une femme élégante qui savait mettre en valeur sa beauté. On avait passé la soirée dans la bonne humeur. Quand minuit sonna, on se souhaita joyeusement bonne année entre les confettis et les cris de joie des autres clients du restaurant, puis on s'amusa sur la piste de dance prévue au milieu du restaurant aux rythmes de la musique internationale . Nous nous quittâmes vers 2h du matin. Aïcha, quand je me garai sur le trottoir: Que fais-tu? Moi: La plage est belle à cette heure. Viens, on va un peu contempler la mer. On sortit de la voiture et je la pris par la main, après avoir bloqué les portières. On traversa la route, vue que je m'étais garée dans le sens inverse. Il n’y avait personne sur cette partie de la Corniche. Aïcha enleva ses sandales à talons noires pour mieux marcher sur la plage. Elle frissonnait un peu. Je lui passai ma veste. On s'assit en silence sur le sable. Elle posa sa tête sur mon épaule et son doux parfum effleurait mes narines. Je me sentais si bien avec elle dans cette plage. Après quelques minutes dans cette position, je m'éloignai un peu d'elle. Elle redressa sa tête, surprise. Je me rapprochai de nouveau et déposai mes lèvres sur les siennes. Aïcha, en s'éloignant  : Tu fais quoi? Elle me donna une gifle tonitruante. Moi: Je m'excuse ... Aïcha : Ramènes-moi chez moi. Elle se leva énervée et me jeta ma veste. Elle prit ses chaussures et marcha pieds nus vers la voiture . Sur le trajet du retour, j'essayai de rectifier le tir. Moi: Pardonnes-moi, Aïcha. Je n'aurais pas dû t'embrasser. Aïcha: Non, tu n'aurais pas dû ! Moi: Aïcha, je n’essaie pas de jouer avec toi. Mes sentiments pour toi sont sincères et profonds. Aïcha: Pendant tout ce temps, tu faisais semblant d'être mon ami, alors que tu voulais juste me sauter. Moi: Je ne cherche pas à te sauter. J'ai de vrais sentiments. Aïcha: Je croyais que tu me regardais comme une sœur . Tu étais l'homme à qui je faisais le plus confiance. Mais c'est parce que j'avais oublié qu’il ne faut jamais faire confiance à un homme . Elle tourna sa tête vers la vitre et je n'osai plus ajouter quelque chose. Lorsque la voiture s'arrêta devant son immeuble, elle descendit et claque vertement la portière. Chaussures et sac à la main, elle entra dans le bâtiment sans se retourner.   ***********************   Depuis le fiasco du nouvel an, Aïcha ne me parlait plus . Elle refusait de décrocher mes appels . Après deux semaines ,j'avais arrêté de l'appeler. Je n'allais pas non plus la harceler. Mais j'étais vraiment malheureux. Khalil m'avait conseillé de passer à autre chose, mais c'est plus facile à dire qu'à faire. C'était comme dans les chansons, je ne mangeais presque plus et j'avais de sévères insomnies. Même Nafi compatissait à ma douleur, mais malheureusement ne pouvait rien faire pour moi. Tant qu'Aïcha n'abordait pas le sujet, elle ne pouvait plaider en ma faveur. Mon Dieu, aidez-moi! Je vais devenir fou.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER