4. La rencontre

2626 Mots
Pdv Aïcha  Le jour du baptême Lundi arriva vite et je m'étais réveillée plus tôt que d'habitude vers 7h. Abdou et Nafi étaient déjà dans la salle à manger en train de prendre leur petit déjeuner quand je les rejoignis après ma douche. Je venais juste de finir de manger quand on sonna à la porte. Nafi alla ouvrir, c’était la coiffeuse. Le salon se transforma en salon de coiffure. La métamorphose commença par Nafi. Elle avait mis une longue perruque de cheveux naturels que la coiffeuse coiffa en boucles anglaises avant de lui faire un maquillage de cérémonie qui allait bien à Nafi. Puis ce fut mon tour. Je lui demandai de tout simplement lisser mes cheveux et de les laisser tomber sur mes épaules. Cela me changeait de mes éternelles queues de cheval. Ensuite, elle me fit un maquillage plus prononcé que d'habitude, mais moins voyant que celui de Nafi. Cela illuminait mon teint café au lait et mettait mes yeux noisette en valeur. J’étais contente du résultat. Je me dirigeai vers ma chambre pendant que Nafi payait et accompagnait la coiffeuse à la porte. Elle avait insisté pour la payer à ma place. Pourtant j'aurai pu le faire. J'avais encore beaucoup d'argent dans mon compte en banque. Je mis ma robe et dût appeler Nafi pour qu'elle m'aide à fermer la fermeture éclair, puis j'enfilai mes nouvelles chaussures. J’étais magnifique. Même si c'était la première fois que je m'étais une tenue africaine, je ne me sentais pas déguisée. Je pris mon portable, ma poudre et mon rouge à lèvres et les mis dans mon petit sac. Je ne savais pas d'ailleurs pourquoi j'amenais mon portable. Depuis que j'ai une puce sénégalaise, je n'ai reçu que des appels de Nafi et Coumba et elles seront toutes les deux à la fête. Ça me fait penser à ma mère. Elle me manque tellement. Avant, on s'appelait tous les jours. C'est vrai que les derniers mois, on s'appelait moins souvent, mais je ne suis jamais restée aussi longtemps sans l’appeler : 3 semaines. Je sais qu'elle sait que je vais bien et que je n'ai pas trop le choix. Si je l'appelle, je risque de griller ma cachette. Même si je sais que la police ne me cherche pas parce qu'elle leur a montré ma lettre d'adieu, je ne veux pas prendre des risques inutiles. Je m'aspergeai de mon parfum Dior et sortis dans le couloir. J'y trouvai Abdou, habillé d'une tenue traditionnelle très élégante de couleur beige. Abdou : Tu es ravissante, Aïcha. Moi : Merci. Toi aussi, tu es très beau. Abdou : Si mon frère n'était pas marié, je te l'aurais donné volontiers. Je souris. Abdou en criant : Nafi ! Il est 10h passé, il faut qu'on y aille. Nafi, de la chambre : Ok, j’arrive. Elle nous rejoignit. Elle était magnifique dans sa noirceur d'ébène. Nafi : Mais Aïcha, tu comptes partir sans bijoux ? Moi, en touchant mes oreilles : Oh, c’est vrai. J’avais oublié. Nafi : Tiens. Elle me tendit une paire de boucles d'oreilles dorée assortie à un collier. C'était très beau. Nafi : Fais gaffe ! C'est en or. Je ris, amusée. Moi : Je n’ai pas 8 ans. Nafi : J'espère que ça te plaît. C'est ma parure d'or la plus discrète. Je sais que tu n'aimes pas les gros bijoux. Moi, après avoir mis la parure : Oui, ça me va. Abdou : Bon, les filles, on y va. Nafi : Oui. C'est bon, on peut y aller. Au fait, Aïcha, je t'amène des sandales plates au cas où tu auras mal avec tes chaussures. Donc n'hésites pas à me les demander quand tu n'en pourras plus de tes talons. Moi : OK ! Tu penses toujours à tout, chère amie. ***************** Pdv Djibril Je regardai ma montre : 16h25. Ma sœur va me tuer si je n'éteins pas cet ordinateur. J’aurai bien voulu rester plus longtemps devant l'écran pour continuer ce projet que je dois présenter après demain devant le DG, mais je n'ai pas trop le choix. Maman m'a dit de venir coûte que coûte à cette fête. Je le dois bien à ma sœur. Alors j'éteignis l'appareil et le rangeai dans mon sac. Puis je me levai. Je passai dans les toilettes, histoire de me soulager, puis revins dans mon bureau et troquai mon costume noir avec un ensemble Macky Sall en Bazin suisse de couleur bleu ciel. Je remplaçai mes souliers noirs avec des babouches blanches. Je rangeai mon costume dans le petit sac de voyage où j'avais sorti ma nouvelle tenue et pris mon sac d'ordinateur et mes clés. Je sortis du bureau que je refermai à clé. Ma secrétaire me dévisagea avec surprise. C’était bien une des rares fois qu'elle me voyait partir aussi tôt. Moi : A demain, Julienne. Julienne : A demain, Mr Thiam. Elle me regarda quitter son bureau, sûrement s'attendait-elle que je lui donne des explications, mais je n'avais aucune envie de lui en donner. Elle va penser que je vais à une réunion à l'extérieur, alors que je quitte mon travaille pour des futilités. Arrivé au parking, je plaçai mon sac d'ordinateur sous le siège chauffeur pour le cacher (je n'ai aucune envie qu'on me le vole) et mon sac de voyage sur la banquette arrière. Je m’assis, fermai la portière et allumai ma voiture, un 4x4 de marque Ford direction nord foire. Je me garai à quelques mètres de la tente installée sur la route. Je n'ai jamais compris cette indiscipline des sénégalais. Bloquer toute une route pour une fête ! Je sortis mon parfum de la boite à gant et me parfumai avant de quitter la voiture. J’appuyai sur ma clé automatique pour bloquer les portières et me dirigea vers la tente. Une musique assourdissante sortait de deux baffles placés à quelques mètres de la tente. Il y avait encore du monde. Je regardai ma montre : 18h12. Quelques jeunes dansaient joyeusement. J’entrai dans la maison. J’étais déjà venu ici, une ou deux fois, donc je me rendis directement dans le salon. J'y trouvais mon père, le père d'Amy et quelques hommes. Papa, après les salamalecs : Tu n'as pas pu te libérer plus tôt ? Moi : J'ai pu quitter le bureau qu'à 16h, mais avec les embouteillages, j’ai mis beaucoup de temps sur la route. Papa : Ah ok ! Va voir ta mère, elle est dans la cour. Je m'excusais auprès des autres hommes et me rendis dans la cour intérieure. Je saluai ma mère, elle me fit signe de me baisser. Je m'exécutai. Maman : C'est maintenant que tu arrives ? Moi : Je m'excuse, je n'ai pas pu quitter le bureau plus tôt. Maman : Il n'y a que ton boulot qui compte. Moi : Je t'assure, maman, j’ai tout fait pour quitter le travail, le plus tôt possible. Maman : Tu dois apprendre à vivre en dehors de ton boulot. Moi : Oui, oui, Maman. Tu as raison. Mais dis-moi où sont Amy, Nafi et Coumba ? Maman : Coumba est sûrement sous la tente dehors. Nafi doit être avec Amy, vas demander à sa belle-mère. Je me faufilai parmi les autres femmes assises dans la cour et rejoignis la belle-mère de ma sœur. On se salua chaleureusement et je la félicitai, puis demandé après ma sœur et la mère du bébé. Tata Rama : Elles doivent être au premier étage. Attends je vais demander à quelqu'un d'aller les chercher. Elle appela une jeune fille et lui demanda d'aller dire à Nafi que j'étais là. La jeune fille s'exécuta et revint quelques minutes plus tard avec Abdou. Abdou : Ah Beau-frère, tu es finalement venu ? On se check. Moi : Oui. Je m'excuse d'arriver aussi tard. Je n'ai pas pu me libérer plus tôt. Abdou : Mieux vaut tard que jamais. Je suis content de te voir. Je sais que tu as un emploi du temps chargé. Moi : Où sont ta femme et ta belle-sœur ? Abdou : Elles sont au premier. Le bébé est fatigué. Elle n'arrête pas de pleurer, Amy essaie de la faire dormir. Moi : Ok. Et ton frère ? Abdou : Viens avec moi. On se dirigea vers le salon après avoir pris congé de la belle-mère de Nafi. On y trouva Moussa. Il se leva et me salua. Moi : Félicitations, Moussa. Moussa : Merci Djibril. Moi : Comment s'appelle la star du jour ? Moussa : Ramatoulaye Nafissatou Diop. Moi : Nafissatou ? Quel grand honneur ! J'étais surpris. Moussa : Ta sœur est une femme exceptionnelle. Je veux qu'elle soit un modèle pour ma fille. Moi : Merci Moussa. J’imagine son émotion quand elle a appris la nouvelle. Abdou, prenant la parole : Elle a pleuré. Elle ne s'y attendait pas, comme nous tous d'ailleurs. Moi : Que la petite grandisse en âge et en sagesse, entourée de ses deux parents. Moussa et Abdou, en chœur : Amine ! Abdou : Viens, Djibril, on va sur la terrasse. J’ai quelques amis et cousins là-bas, tu vas rester avec eux. On monta les escaliers. Arrivés au premier étage, on croisa une jeune femme qui descendait de l'étage en dessus. Abdou : Ah, Aïcha, où vas-tu comme ça ? Elle : Je vais aux toilettes. Abdou : Ce n’est pas la peine de descendre au rez de chaussée. Tu vois la porte là-bas à gauche, ce sont des toilettes. Elle : Merci, Abdou. Elle se dirigea vers la porte pendant qu'Abdou et moi, on montait au deuxième étage. Je n'entendais pas ce qu'il disait. J’étais submergé par un tsunami intérieur. Qui était cette femme ? Je devais faire un effort surhumain pour ne pas laisser entrevoir mon état intérieur. On arriva sur la terrasse. Une grande case en tuile rouge y était construite. Un groupe de femmes discutaient dans un coin de la case et des hommes étaient assis pas loin d'elle. Je saluai le groupe d'hommes quittant ainsi mes pensées. Abdou me laissa avec eux et redescendit. Je reconnus ma sœur parmi les femmes. Je me rendis vers elle et les saluai toutes. Plusieurs me sourirent et semblaient intéressées par moi. Désolé mesdames, mais une autre vient de troubler mon âme, il y a quelques minutes. Coumba : Alors finalement, tu es venu ? Je pensais que tu ne viendrais pas comme d'habitude. Moi : "Comme d’habitude » ? Comme si je prenais un malin plaisir à ne pas venir. Jeune fille, j’ai un boulot exigeant qui me permit de financer tes escapades avec tes amies. Quand tu commenceras à travailler, on verra si tu auras toujours le temps pour des futilités. Coumba : Pff ! J'allai ajouter "qui vivra verra ! « Mais la jeune femme de tout à l'heure arriva. Elle soufflant en s'asseyant sur sa chaise : Ouf ! Ça fait du bien ! Coumba éclata de rire. Coumba : Je ne sais pas pourquoi tu t'es retenue aussi longtemps. Elle : J'avais la flemme de descendre au rez de chaussée, mais heureusement j'ai croisé Abdou dans les escaliers. Je n’ai pas eu à descendre jusqu'au rez de chaussée. Moi, perturbé : Bon, je te laisse Coumba, je retourne chez les hommes. Mais qu'est-ce qui m’arrive ? Je prends la fuite. Je m'assis avec les hommes, mais ne participait pas à leurs discussions. Je ne savais même pas le sujet de leurs discussions. Mes yeux étaient rivés sur la belle nymphe aux yeux d'amande. Elle se démarquait des autres filles assises près d'elle par la simplicité de sa tenue, de son maquillage et de sa coiffure. Elle devait être peulh, son teint semblait être naturel. Elle continuait à joyeusement discuter avec Coumba. Qui était-ce ? D'où Coumba la connaît ? Une parente d’Abdou ? C'est peut-être cela. Mais je ne l'avais pas vue au mariage de Nafi. Une amie de Coumba ? Elle me semble plus âgée qu'elle et Coumba n'aurait jamais osé inviter une autre personne, alors qu'elle-même a été invitée. Qui est-ce ? Vers 20h30, la musique s'arrêta et quelques femmes descendirent après qu'on soit venu les chercher. Bientôt, trois grands plats de couscous sénégalais furent amenés par les femmes. On nous distribua des cuillères et on se plaça par 8 autour des plats. Qu’est-ce que je fais là devant ce plat ? La dernière fois que j'ai partagé mon plat, c’était au mariage de Nafi. Un bon thiebou yapp servi à midi chez mes parents. C'était il y a un an. Depuis je ne suis pas allé à des cérémonies familiales ou si j'y vais je ne fais qu'acte de présence. Alors, là, je me surprends à rester jusqu'à l'heure du dîner. Je plongeai ma cuillère dans le plat et la mise dans ma bouche. Humm, quel délice ! J'adore le couscous sénégalais. Bon, il y a un bon côté à être resté jusqu'à cette heure. Je mangeais à satiété sans être gêné de manger avec des inconnus, qui soit dit en passant, étaient plus gourmands que moi. Après le repas, quelques invités se levèrent pour partir. Je décidai d'en faire de même, j’avais déjà trop duré. J'annonçai mon départ aux autres invités, puis me dirigeai vers Coumba qui venait de finir de manger. Moi : Bon, sœurette, j’y vais. Demain, j'ai boulot. Coumba : Je pensais que tu allais rentrer en même temps que nous. Moi : Papa et Maman risquent de rentrer tard. Je viens de rentrer de mission, je suis exténué par mon voyage. Je veux me coucher tôt. Coumba : Ok ! Attends, on va descendre ensemble, je vais aller m'asseoir avec maman. Aïcha, tu viens ? On va au rez de chaussée. Elles se levèrent et prirent leurs sacs. On descendit tous les trois. Il y avait moins de monde qu'à mon arrivée. Aïcha, s’excusa et se dirigea vers les toilettes. Je trouvais Nafi à côté de ma mère. Elle se leva et m'embrassa. Nafi : Djibril, tu es venu ? Je suis contente. Moi : Je suis là depuis 18h, je n’ai pas pu venir plus tôt. Nafi : Oh, ce n’est pas grave. L'essentiel, c’est que tu sois là. Je connais ton emploi du temps de ouf. Tu es resté jusqu'à cette heure un jour ouvrable c'est plus que je n'espérais. Je souris. Moi : bon j'y vais. Je suis exténué. Nafi : Ok. Attends, je t'accompagne. Moi : Non, restes. Coumba va le faire. Coumba, surprise : Moi ? Ok. Je dis au revoir à mes parents, à Abdou et Amy que je pus enfin voir avant de sortir de la maison. Coumba me raccompagna jusqu'à la voiture. Moi : Alors, dis-moi qui est cette fille. Coumba : Quelle fille ? Moi : Aïcha. Elle rit. Coumba : Pourquoi tu ne lui as pas demandée directement ? Moi : Arrêtes de faire ta maligne et réponds-moi. Coumba : C'est Aïcha, l’amie de Nafi, celle avec qui elle vivait à Paris. Moi : Ah c'est elle la fameuse Aïcha dont Nafi me parlait tout le temps ? Coumba : Oui et tu l'aurais su si tu m'avais laissée te la présenter tout à l'heure sur la terrasse. Mais tu t'es barré dès qu'elle est venue. Pourtant, elle n'est pas dégueulasse. Elle est loin d'être dégueulasse. Si tu savais ! Pensai-je en moi-même Coumba : Bref, tu es toujours égal à toi-même. A part maman et nous tes sœurs, aucune femme n'est importante à tes yeux. Moi : Tu ne vas pas recommencer. Je te signale que je suis ton aîné de 8 ans. Donc arrêtes de vouloir t'occuper de mes relations avec les femmes. Coumba : Justement, il faut que je m'en occupe. Tu as l'âge de Moussa et il a baptisé aujourd'hui son troisième enfant. Toi, tu en as combien ? Ah, oui. J'oubliais, tu n'as même pas une copine à enceinter. Moi : Tu arrêtes, jeune fille, mêles-toi de ce qui te regarde. Coumba : Ça me regarde, je suis ta sœur. Moi : J'y vais. Demain, je me lève à 5h30. Coumba : Pff. Fuis la discussion, mais je n'en ai pas fini avec toi. Je m'engouffrai dans ma voiture et démarra. Je souris en repensant aux paroles de ma sœur. Quelle ironie du sort ! Elle me reproche de ne donner aucune importance aux femmes, alors que je viens d'avoir un coup de cœur quelques heures plus tôt pour l'une des meilleures amies de ma sœur.        
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