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— Comment vas-tu ? Sa voix était amère, teintée d'insincérité et ses yeux, dont j'apercevais le reflet des paupières, sur la vitre de la baie, se portaient sur ses ongles. Elle me dégoûtait. Je me dégoûtais d'avoir accepté sa présence. Sauf que je ne pouvais faire autrement. Cela semblait rendre papa heureux. — De cela, tu n'en éprouves aucun intérêt. lui répondis-je avec un ton sec et sans prendre la peine de lui faire face. Ma mère expira, roula des yeux, puis claqua sa langue. Celle qui m'avait donné la vie avait toujours, avec moi, été distante. Aucune complicité. Même si papa ne voulait l'admettre, je s'avais qu'il était la raison pour laquelle de temps à autre elle daignait me voir. Madame Kwin se désintéressa de moi et prit en amour son téléphone. Puis, son attention me revint. Elle me dévisageait comme on dévisagerait le dégoût s'il était personnifié. À nouveau, elle déporta son attention, mais cette fois, c'était sur ses ongles. Sans que je ne puisse l'anticiper, ma mère frappa ses cuisses qui étaient étreintes dans la jupe grise de son tailleur, puis elle décroisa ses jambes, et se leva. — Je crois que c'est bon, j'ai assez enduré pour aujourd'hui ! clama-t-elle en regardant sa montre. Je peux m'en aller... Aujourd'hui, par rapport aux autres jours, elle mit très vite fin à ce mensonge. Et j'en fus quelque peu soulagé. J'étouffais face à tant d'hypocrisie. Ce désamour était réciproque. — J'aurais aimé que ce soit toi qui sois frappé par cette maladie et que tu meurs ! Mon cœur était avare de haine à l'égard de ma génitrice. Avec les années, j'avais dû travailler sur moi pour qu'elle ne m'emprisonne pas dans des pensées néfastes. Toutefois, je n'arrivais pas à me défaire de la rancœur que j'éprouvais pour elle. C'était un cercle des plus vicieux et destructeur. J'en avais conscience, mais je ne pouvais réprimer mes sentiments. Madame Kwin ralentit, puis s'arrêta. Sans se retourner, elle dit : — Et moi je suis soulagée que ce soit toi qu'elle est choisie. Ainsi, la nature rétablit l'équilibre brisé par le passé. Je me retournai lentement et mon regard, chargé d'acrimonie, rencontra le sien. En horreur, je l'avais. La nature avait fait une erreur en acceptant qu'elle puisse enfanter. Ses cheveux blonds, coupés en une coupe carrée, balançaient sous ses coups de reins maîtrisés. Sa silhouette filiforme traversa la porte. Quand elle la referma, je crus distinguer la voix de mon père. — Marie, est-ce qu'elle va bien ? — Georges, son état... elle est immonde ! La voix de mon père tonna de suite, puis elle disparut en même temps que leurs pas agités et leurs échanges hostiles. Son attitude m'était si familière. Marie Pavlova ne changera jamais. La larme qui glissa de ma joue, je la balayai du revers du doigt.
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