PRÈS DE LA POUBELLE

523 Mots
Le 29 novembre 2019 était mort. La nuit avait défait ses liens. L'aurore s'était vu libérer. Cette même sensation me tenaillait toujours. On aurait dit une lame, chauffé jusqu'à incandescence, qui transperçait ma chair et mes os. Tourmentant mes nuits. L'habitude m'ayant nourri à cette douleur, c'était aisément que je délaissais mon lit. Dans le noir, les silhouettes de certains objets demeuraient apparentes. J'évitai l'interrupteur et me couvris avec ma couette pour rejoindre une pièce annexe. Le froid n'était guère un allié à cette période de la journée. La lumière qui ploya dans la douche m'obligea à clore quelque temps mes yeux. En les ouvrants, le miroir me dévoila une fille à la chevelure hirsute, au teint blafard et aux yeux bruns ternis par les cernes. Il était sept heures lorsque je terminais ma douche. Je pris le chemin de mon exutoire principal. La baie vitrée. Elle était l'âme de cette pièce. De là, j'avais une vue sur le lit – il était à droite de la baie vitrée– et la bibliothèque encastré, près de lui, qui elle se trouvait près du dressing. Et à ma gauche, c'était la porte de la salle d'eau et la coiffeuse qui était surmontée par un téléviseur. Le rideau de la baie vitrée glissa sous mon impulsion et je profitais du spectacle. Sur ce manguier, dont je comptais souvent les feuilles, je remarquai un petit oiseau. Il virevoltait d'une branche à l'autre. J'aurai aimé comme lui être libre. Musarder dans les rues de Darma, je le désirais. Sauf que... Une notification attira mon attention. Je pris mon téléphone qui était sur l'une des bergères près de la baie vitrée. C'était un message de Whityou, une application de rencontre. Mon inexpérience totale m'y avait conduit. Comme d'habitude, ce n'était guère une réjouissante nouvelle. "On sexe où ? ", m'avait-on écrit. De ce genre de message, je ne m'en offusquais plus. J'en recevais une pléthore par jour, certains joints à des images obscènes. Mes multiples tentatives sur les sites de rencontre s'étaient soldées par des échecs, des refus et certaines fois des moqueries. J'avais vu en whityou une chance inespérée, car l'application semblait restrictive. Elle était payante. Et leur discours était emprunt de sérieux. Mais que voulez-vous ? La publicité abusait de nous et contredisait ses promesses. Le but était de générer du profit tout de même. Il ne fallait pas l'oublier. Moi, qui n'avais jamais connu, ne serait-ce que les lèvres d'un homme, j'en étais déçue. Sur whityou, uniquement des gueux friands de relation charnelle. Et dire qu'on vantait ce genre d'application par le passé pour les rencontres qu'elles permettaient. Aujourd'hui, elles sont devenues les bastions de la laideur humaine. On y trouve le bon certes, mais surtout le pire. Toutes ces offres, je les avais déclinées. Moi, j'aspirais à être aimée, à tomber amoureuse, à connaître la masculinité d'un homme qui me plairait, que j'aimerais. Toc, toc, toc. On venait de frapper à la porte. C'était elle. Je le sus à sa manière de cogner. Avec négligence et nonchalance. Mon regard délaissa mon smartphone et je consentis à supporter le simulacre qui s'apprêtait à se jouer.
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