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704 Mots
— Comment vas-tu chérie ? demanda papa en refermant la porte derrière lui. Du coin de l'œil, je le regardais, sans dire mot. — Qu'est-ce qu'il y a ? Si c'est à propos de ta mère, je lui ai déjà parlé. Tu sais qu'elle le dit, mais... — Ce qu'elle pense, il y a bien longtemps que cela ne m'intéresse plus. Je me levais du lit sur lequel il m'avait rejoint, et je gagnais l'une des bergères pour y reprendre la discussion. — Elle peut bien dire ce qu'elle veut, ça m'est égal. La seule personne dont les actes comptes et peuvent réellement m'affecter, c'est toi. Mon père arqua les sourcils. Son expression était celle d'une personne perdue dans un débat. — Que veux-tu dire par là mon amour ? — Je peux encore supporter que tu m'imposes de ne pas quitter cette maison, que tu refuses que je profite comme je l'entends des derniers jours qu'il me reste, que tu me réduises à une morte avant ma mort, mais jamais je ne t'aurais cru capable de me priver délibérément de connaître la date de ma mort, pourquoi m'avoir soumis à cela papa ? Pourquoi ! ? Sur mes joues coulaient des larmes. Mon père eut une mine déplorable. Il me semblait que nous étions meurtris tous les deux. — Dans la vie, commença d'une voix brisée Papa, on commet des erreurs. Et lorsqu'on devient parent, on veut éviter à nos enfants d'en subir les conséquences. C'est pour ton bien que je fais tout cela. Je n'ai pas envie qu'il t'arrive quelque chose ou que ton cœur soit brisé par la cruauté de la vie. Il... il existe derrière cette porte que je te refuse de... de traverser des réalités douloureuses que je veux t'éviter. Je souhaite que tu nous quittes... dans la paix Nael. — Et pour cela tu me prives de bonheur, et me condamnes à la solitude, mais aussi à la détresse. Moi, j'appelle cela de l'égoïsme. déclarai-je avec une voix chevrotante. — Si c'est la seule chose qui peut te préserver alors je serais cet égoïste. — Et si toi tu veux toujours porter ce masque et me priver de mes libertés, alors je souhaite mourir seule, sans toi. En étant libre, loin de vous ! Papa voulut me toucher, sauf que je lui refusais mon épaule. Il prit alors la direction de la porte. Et sans se retourner, il dit : — Un parent qui aime son enfant, ferais tous pour le protéger. Même s'il faut qu'il devienne à ses yeux un diable, déclara-t-il avec une voix portant les prémices des sanglots. Cela faisait déjà une heure qu'il avait quitté la maison et que moi j'avais versé autant de larmes que je le pus. La discussion m'avait laissé un goût âcre. Malgré cela, en me réveillant, je n'étais guère épuisé. Je me sentais même revivifié. Le plus surprenant fut le fait qu'aucune douleur ne m'avait persécuté. C'était étrange de vivre cela. Ce nouvel état m'avait même permis d'entamer une saga. Chose qui m'était impensable. Car d'antan la fatigue accentuée par la maladie venait à bout de mois après deux chapitres. Cette fâcheuse condition m'amenait à lire un livre pendant plusieurs semaines. Peut-être le docteur Marius disait vrai avec sa gélule ? Le futur nous le dira. Je ne voulais pas fonder mes espoirs sur un pseudo-miracle. Le dernier tome de la saga venait de rencontrer le bois de ma table de nuit. Du lit, je me levais. Je récupérais mon journal dans le tiroir de ma commode et marchais vers la baie vitrée. Je retrouvais l'une des bergères et je me mis à noircir les pages. Cher Journal, ma vie se résume à une prison dorée, à une mère dénuée d'amour, à un père régisseur de mes deniers jours, à un plan machiavélique qui frôle l'hérésie, et à une mort prochaine. Alors que tout ce que je souhaite, c'est d'être libre. Je voudrais juste jouir de mes dix-neuf ans, de l'adrénaline que permet la vie. Oui, juste un peu de bonheur, c'est l'unique chose que je demande. Richet, le 30/11/2019. La porte s'ouvrit et se referma de la même manière : violemment. Sans surprise je sus qui c'était. Lauriane.
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