Chapitre 3

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Chapitre 3 Berthe Rosaz était la personne de confiance des Nimmard. Sa jeunesse fut empreinte de travail physique ; la Vallée-de-Joux nourrissait ses paysans sans les rendre riches. C’était sur ces hautes terres et dans les profondes forêts du Jura que Berthe Rosaz, venant du Brassus, connut la convivialité des voisins français de Franche-Comté, aucune frontière nationale ne pouvant effacer ou dompter l’âme jurassienne. Berthe Rosaz eut la chance d’avoir un oncle et une tante qui habitaient à Lausanne. Elle allait volontiers passer des vacances dans ce qui était, pour elle, une grande ville. Son oncle avait inventé un jeu comprenant des questions concernant la capitale vaudoise. Il avait classé les bateaux sillonnant le bleu Léman en deux catégories : ceux à vapeur, à savoir le Suisse, le Simplon, le Montreux, le Savoie, le Rhône, et ceux à roues à aubes tels que l’Helvétie, le Vevey, l’Italie. Pour joindre l’utile à l’agréable, il invitait sa nièce à des croisières sur le Haut-Lac, entre Lausanne, Évian et Montreux. Plus rarement, ils naviguèrent sur le Petit-Lac, entre Nyon, Yvorne et Genève. L'oncle avait également intégré, dans son jeu, les sept cloches de la Cathédrale de Lausanne avec leurs particularités : le Premier Couvre-feu, la plus vieille, coulée entre le 13 e. et le 14e siècle, pesant 306 kg ; la Lombarde, de 1493, 1512 kg ; la Clémence, 1518, 3428 kg ; la Marie-Madeleine, 1583, la plus lourde avec ses 5610 kg ; la Saint-François, 166,699 kg ; la Centenaire grande, datant de 1898, 838 kg et la Centenaire petite, de 1898, 306 kg. Une particularité échoit encore à Marie-Madeleine : celle de sonner une demi-heure avant chaque séance du Grand-Conseil « afin de réveiller les députés », avait ajouté malicieusement son oncle. Sa tante lui trouva une place d'aide de cuisine à l’Hôtel Beau-Rivage situé à Ouchy, en bordure du Lac Léman ; ce palace, inauguré en 1861, accueille une clientèle internationale. Puis Berthe travailla pour un traiteur qui servait souvent au château d’Oron datant du 12 e. siècle. Pour les apéritifs ou les banquets, quatre salles sont à disposition : celle de la Justice, des Gardes, des Oron et des Voûtes. Les Nimmard organisèrent le repas de baptême de leur fils à la salle des Gardes. Berthe Rosaz, souriante, rapide, attentive, fit merveille. Madame Nimmard s’entretint avec elle et l'embaucha. Les Nimmard avaient leur magasin genevois au Quai du Mont-Blanc ; ils habitaient à Versoix, localité située à la limite du canton de Vaud et au bord de la rivière du même nom faisant frontière avec la France. Madame Nimmard, occupée à plein temps par son commerce prenant de l'extension, devint presque une étrangère pour son fils. Hubert trouva, en Berthe Rosaz, sa maman de cœur, celle qui lui souriait au réveil, le berçait le soir, veillait lors des nuits de fièvre, venait chasser les cauchemars, séchait ses pleurs, le faisait rire, tentait de lui expliquer les mystères de la vie. Berthe Rosaz découvrit Genève en même temps qu'Hubert. En bonne protestante, elle aimait se rendre au Parc des Bastions où se trouve le mur des Réformateurs. A la Promenade de la Treille, ils prenaient place sur le banc en bois, le plus long du monde, mesurant 120 mètres, guettaient l'éclosion de la première feuille du marronnier signalant la venue du printemps genevois ; en 1958, ils virent le Sautier, secrétaire d'état du parlement genevois, monsieur Henri Fontaine, inscrire la date du mardi 18 février Au Parc Lagrange, Hubert était intrigué, à chaque heure frappante, par le carillon des 16 cloches et par le long cortège des 13 chars, avec ses 42 personnages en bronze, de l'horloge de Malbuisson. Au volant de sa 2 CV gris souris à la capote ouvrable, Berthe Rosaz fit de nombreuses promenades dans la région et intéressa Hubert à la nature. Berthe Rosaz aimait beaucoup les douceurs. Pour défendre son pêché mignon, elle en relevait seulement les propriétés positives. Pourquoi s’en priver alors que l’Eglise déclara que le chocolat liquide ne rompait pas le jeûne et qu’au dix-huitième siècle le Vatican donnait, à ses officiers participant aux cérémonies de canonisation, un paquet de cette friandise. Et puis, selon Balzac, cette douceur favorisait les facultés cérébrales. Goethe, quant à lui, avait affirmé que la consommation d’une tasse de chocolat permettait de résister à la fatigue d’une journée de voyage. Berthe Rosaz avait pris l'habitude de se rendre, au moins une fois par semaine, à une des confiseries Rapp, à g***d ou à Nyon. Elle participa au cours donné par Michel Rapp, le patron, obtint un diplôme de l’école de chocolat Rapsodie. Elle réalisait, au grand plaisir d'Hubert, de nombreux desserts à base de cette célèbre fève de cacao.
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