Chapitre 4

622 Mots
Chapitre 4 Lorsqu'Hubert pénétra dans la maison, Berthe Rosaz s’affairait à la cuisine. — Bonjour Berthe ! — Alors, cette conférence ? — Je suis content. Dis donc, ça sent bien bon… — Prends place, je vais servir les quatre heures. — Mag m’avait donné de la documentation intéressante. — J’ai lu ton travail. — Il t’a plu ? — Beaucoup ! Mais il faudrait encore me préciser ce que sont les notes de cœur et celles de fond. Berthe Rosaz emplit les tasses de thé. — Et nos vacances passées dans cette belle Provence, au milieu des aubades de grillons, des parfums de fleurs, t’ont certainement bien aidé ! Les Nimmard se rendaient fréquemment en Provence, mais pour des raisons différentes. Magali essayait de trouver de nouvelles senteurs dans un laboratoire mis à sa disposition par une connaissance ; Maurice cherchait de nouveaux débouchés. Hubert et Berthe Rosaz visitaient les monuments historiques, quadrillaient la région en 2 CV. Pour préparer sa conférence, Hubert avait profité de ses derniers séjours au pays du soleil. Aux vacances de Pâques, il mit de jeunes plants de lavande en terre, à trente centimètres d’intervalle et en raies distantes d’un mètre cinquante l’une de l’autre. Quelques semaines plus tard, il participa au griffonnage destiné à enlever, avec une machine, l’herbe qui aurait étouffé les plantes. Par contre, entre les jeunes lavandes encore frêles, le désherbage se fit à la bine ; Hubert en fut tout courbaturé, mais heureux. En été, les lavandes se trouvèrent en pleine floraison. Ce fut magnifique, ces étendues bleues de plantes dont les épis s’alourdissaient. A partir du vingt-cinq juillet, la récolte commença. — Sur le pont, d’Avignon, l’on y danse, l’on y danse, chantonna Berthe Rosaz. Elle revenait de la cuisine en esquissant un pas de danse, posa fièrement une tarte Tatin sur la table, la découpa avec une dextérité de chirurgienne. — Je dirais que les gens dansaient plutôt sous le pont, releva Hubert. Berthe Rosaz, baignée par les mélodies d’antan, but pensivement son thé. Hubert, en savourant la tarte onctueuse, repensa au magnifique Théâtre Antique d’Orange, au Palais des Papes d'Avignon flanqué de ses quatre tours imposantes recelant les fabuleuses fresques exécutées par l’Italien Matteo Giovannetti. — J’aimais bien le musée, en particulier les frises d’amazones et de centaures provenant du décor du théâtre. — Et le cadastre romain datant du… premier siècle de notre ère, commenta Berthe Rosaz, entre deux bouchées. — Bravo ! félicita Hubert. — C’est que, j’en ai appris des choses, avec toi ; tu t’intéressais à l'architecture, à l'histoire. Comme tes parents étaient occupés, tu venais vers moi ; pour ne pas paraître complètement ignare, j’apprenais. Hubert revit les restes de l’orgueilleux château des Baux-de-Provence à la forteresse détruite en 1663 par Louis XIII lors des guerres de religion. Le vent et le soleil asséchèrent les murailles, ruinant l’œuvre, de l’homme, qui ne saurait résister ni aux attaques de la nature, ni aux griffes du temps. Hubert aimait écrire, se créer un monde, inventer des personnages. Il s’installait dans sa chambre. Sa plume courait sans perdre haleine ; elle parlait du soleil enflammant les sens, du parfum des lavandes distillant un mystérieux philtre d’amour, des coursiers aux sabots claquant sur la caillasse. Il pensait à cette terre de passion chantée par Mistral, Daudet, Pagnol. Il s’imaginait des légendes nées dans les gorges du Verdon et contées dans les châteaux médiévaux. Berthe Rosaz aimait également la Provence. Elle l'observait sous son angle culinaire. — Te souviens-tu, Hubert, du restaurant le Petit Prince, perché au cœur de Cabris ? Tu mangeais des crêpes Suzette, tes parents prenaient du poisson et moi, une poêlée de lapereau. Des illustrations du livre de Saint-Exupéry décoraient les murs. — J’aimais bien, aussi, le Moulin du Sault, avec sa terrasse romantique, sa pergola fleurie, sa cascade, sa salle à manger entre pressoir et fouloir. — Là, on prenait des poissons grillés. Toi, tu allais voir le moulin à huile d’olive. — Je m’imaginais les gens en costume d’époque, parlant l’occitan. Dans cette magnifique région, la nature s'épanouit parmi les senteurs aromatiques des plantes et des fleurs, le soleil réchauffe les cœurs. Et tous ces monuments, ces musées à visiter…
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