Steve était à la fleur de l'âge et débutait sa vie en temps que jeune homme indépendant. Ça avait été une grande surprise pour lui d'apprendre que l'homme qu'il avait aidé un jour alors qu'il n'était encore qu'en début de son adolescence lui avait légué une maison. Le plus incroyable dans tout cela était que tout lui arrivait à point nommé. Steve était d'une famille modeste et n'avait pas vraiment assez de moyen pour pouvoir avoir un logement digne de son statut d'étudiant. Mais alors qu'il était à peine arrivé dans cette ville, il ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour retomber dans ses vieilles habitudes. Depuis son enfance, Steve se sentait différent juste parce qu'il était pauvre. Sa situation lui donna envie de changer et ce changement soudain devint une sorte de marque de fabrique pour lui. Steve mentait tout le temps sur sa situation car il s'était mis en tête que nul ne devrait le prendre de pitié. Déjà au collège, il faisait tout son possible pour se lier d'amitié avec des enfants venant de familles riches. Ça ne le gênait pas du tout de leur mentir sur sa situation à lui. Ce jeune homme avait appris dès son plus jeune âge à sauver les apparences et pour lui, rien d'autre ne comptait plus que cela.
Comme Wallace il y'a des années, Steve se sentait mal dans sa peau. Les situations étaient certes différentes mais le sentiment demeurait le même. Steve était très pauvre et depuis toujours, il avait considéré cela comme une punition de Dieu. Tout comme ce cher Wallace, il avait lui aussi l'impression de ne pas compter dans ce monde où seules les apparences comptent. Steve n'avait lu que 3 pages du journal de Wallace et déjà, il se sentait égocentrique. Égocentrique parce que depuis toujours, il s'acharnait contre lui même et le monde entier parce qu'il était déficient matériellement. Il se rendait compte pour la première fois de sa vie qu'il y avait plus important que le matériel. Le syndrome de Down n'était pas un sujet très fréquent et donc, il lui avait fallu faire un tour sur internet afin de savoir de quoi il s'agissait réellement. Mais ses recherches ne le rendirent que plus confus car il se demandait pourquoi lui, pourquoi Wallace l'avait choisi lui, pourtant, il est loin d'être aussi positif que lui. Steve se souvenait toujours de ce fameux jour, où le notaire de Wallace vint à sa rencontre pour lui annoncer qu'il était le nouveau propriétaire d'une maison à la capitale, pas loin de l'Université. Zoétélé n'étant qu'une très petite ville, le notaire n'avait pas eu trop de difficulté à retrouver la maison de Steve. Steve ne se souvenait plus de Wallace car il ne s'étaient vu que pendant quelques instants mais quoi qu'il pu dire ce jour là, la maison et tout ce qui s'y trouvaient lui appartenaient déjà. Après son arrivée à la capitale, Steve décida de s'inscrire à l'université, pas loin de son nouveau chez lui. Sa première impression de la maison de Wallace avait été bonne. Après le décès de ce dernier, tout resta tel qu'il l'avait laissé jusqu'à arrivée de Steve. Dans la maison, il y avait les photos du père de Wallace mais jamais les siennes car il détestait les photographies. Wallace avait toujours l'habitude de dire que les photographies étaient un moyen de lui rappeler à quel point il était différent. C'était donc dommage pour Steve car il voulait voir encore une fois, le visage de l'homme qui avait changé sa vie. Le carnet dans lequel Wallace parlait de lui était lui aussi resté sur le chevet de son lit comme il l'avait laissé avant de tirer sa révérence. Steve l'avait récupérer pour le lire mais il ne savait pas que celui qui le lui avait laissé avait l'intention de lui passer un message à travers son expérience personnelle. Steve n'avait pas manqué de constater que Wallace avait une main d'écriture très soignée. Ce qu'il ne savait pas était que c'était dû à sa pathologie, Wallace écrivait très lentement car il ne pouvait faire autrement. Il avait laissé son journal car il voulait qu'au moins une personne sache à quel point sion existence avait été pénible.
Steve avait obtenu un baccalauréat en sciences et avait décidé d'étudier la biochimie à l'université. Cette décision dès le départ n'avait pas été la sienne mais il n'avait fait que l'accepter et s'y conformer avec le temps. Ça avait toujours été le rêve de sa mère de voir son garçon terminer les études puisqu'elle n'avait pas pu faire à son époque. Steve n'était encore qu'un jeune garçon perdu qui ne savait pas vraiment ce qu'il voulait faire de sa vie quand il entra à l'université. C'était la raison pour laquelle il avait décidé de faire plaisir à sa mère qui jadis avait tout sacrifié pour lui. Il n'était qu'à son premier mois dans la ville et il faisait autant d'efforts possible pour s'adapter. Au départ, avant qu'il ne commence à lire le journal de Wallace, il avait prévu de lier d'amitié avec des camarades aisés comme il l'avait toujours fait. Ses premiers jours à l'université furent donc mouvementés car il se vantait d'avoir une maison à lui dans la ville. C'était pour lui un moyen de se faire voir et d'attirer les plus riches en leur faisant croire qu'il était des leurs. Il était même arrivé que certains de ses camarades viennent chez lui et pourtant, ils ne se connaissaient pas depuis plus d'une semaine. Steve menait une lutte perpétuelle contre lui même depuis son jeune âge. Il ne se montrait jamais aux autres tel qu'il était de crainte qu'il ne soit jugé ou que personne n'apprécie sa vraie personnalité. C'était triste mais telle était la réalité dans laquelle vivait Steve. Il devait se faire accepter et c'était pour lui le prix à payer. Sa mère avait toujours tenu à le scolariser dans les meilleures écoles mais aussi, les plus coûteuses, et grâce à ses excellents résultats, il obtenait toujours des bourses d'études. Il se retrouvait donc dans ces établissements scolaires avec des enfants d'entrepreneurs ou d'hommes politiques de la ville. Il avait tellement honte de sa situation que jamais il n'osait inviter ses camarades chez lui de crainte qu'ils ne découvrent qu'il n'était qu'un piètre menteur. Si Wallace n'était pas apparu dans sa vie trois années plus tôt,Steve aurait sans doute continué sa routine toute sa vie durant. Lire le journal de Wallace le laissait bien-sûr ouvert à des questions mais toujours était il qu'il n'osait pas se défaire de la personne qu'il avait toujours été, un menteur invétéré. Mais en se questionnant sur lui et sur sa vie, il était clair pour Steve qu'il était plus que malheureux car au final, tout ce qu'il avait fait toutes ces années n'avait servi à rien, il n'avait toujours pas d'amis vrais. Les amis qu'il avait amassé n'était que de grands porteurs d'intérêt. Ils étaient tous le genre d'amis à être là juste quand tout va bien et à vous lâcher quand vous êtes dans le pétrin. Toujours là, l'un des point commun qu'il trouva à Wallace et lui était qu'aucun d'eux n'avait d'ami véritable, même pas un. Mais que ce soit pour Wallace ou pour Steve, les raisons n'étaient pas similaires. Après avoir lu la troisième page du journal de Wallace, Steve passa une quinzaine de jours environ sans plus y toucher car il craignait de lire ce que disait Wallace dans les pages qui suivaient. Il lisait peut être ce journal avec ses propres yeux mais c'était comme s'il était jugé par les mots de Wallace. Il avait l'impression que cet homme était présent dans sa conscience. Les mots de Wallace le touchaient profondément mais il ne trouvait jamais en lui la force de changer. Il sentait qu'il avait toujours été sur la mauvaise voie mais pourtant, ça ne l'empêchait pas de continuer de faire semblant d'être une autre personne. Loin de tous les préjugés, Steve avait plus de points communs qu'il ne le pensait avec Wallace. Tout comme Wallace il y a des années, Steve voulait se faire une place dans ce monde, seulement, il s'y prenait différemment.