12.

363 Mots
12Dès qu’on entre, les flammes tremblent, tentées de fuir. Les symétries pourraient s’en troubler, les murs gondoler qui s’exhaussent et retombent. On avance, on se retourne. Rien n’a bougé. Doucement, la porte se referme, et la chapelle vacille. Du seuil de cuivre, les pas glissent sur les lames du plancher, tentant, prudents, jusqu’au tapis bordé de fleurs tristes, d’en atténuer les plaintes. Sitôt assourdis, ils se prennent de regrets, s’arrêtent et s’intimident sous l’entretoise des chaises capitonnées qui se recueillent au pied du lit. La route lointaine, au-delà des bouleaux, souffle à peine. Blafards, nus, les crépis répètent la pourpre d’un long rideau qu’interrompt par deux fois l’auréole des appliques halogènes. De part et d’autre du catafalque, deux fauteuils s’ignorent. Derrière, le long du mur, des cierges fondent sur une table basse, au creux de chandeliers de bronze dont les pieds disparaissent dans des coussins de roses pâles. C’est dans la sérénité de cette salle, dans l’un de ces fauteuils, que le visiteur se reposera. Une heure, une nuit, il veillera sous la cire, remuant les lèvres vers son dieu sans pensée. Il lèvera une main vers le lit, peut-être, la laissera en suspens, près de la cheville morte. A demi-couvert gît un corps inachevé, diaphane, absent déjà ; celui d’une fille sans âge, trop légère pour affecter la roideur, dont la beauté trahit le livide et le froid. Le lin bleu l’effleure. Pagode, les manches laissent paraître le ventre vide et les poignets, les doigts entrecroisés où s’éteint un petit zircon qu’elle n’a porté qu’une fois. C’est pourtant à sa main que l’enfant se reconnaît, saupoudrée d’éphélides, sur laquelle on croit voir – une ombre ? – l’orbe mauve d’une blessure, à la finesse d’un pouce marqué d’un minuscule grain de beauté, et c’est sa main seule que l’on peut b****r ; car son visage reste voilé d’un suaire dont coulent, sagement peignés, les cheveux factices d’une rousseur sans éclat. On devine des yeux clos là où d’autres verront des paupières fendues ; un profil sans âme qui n’est pas le sien, l’arête d’un nez qui n’existe plus. Il n’y a, sous le satin, qu’une béance à laquelle la thanatopraxie n’a rien pu. Privée de coquetterie posthume, Fay n’aura pas de rouge sur la pommette, pas de noir au bord de l’œil ; seuls une chaînette en or et les drapés d’une robe. Les murmures se prolongent. Mais dans la salle affaissée, dans les remugles qui raclent, déjà le corps s’évanouit. On n’est ici que de passage.
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