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2514 Mots
Dans les heures qui suivent, un brouhaha assourdissant envahit les quatre coins du palais. Femmes de chambre et valets de pied s’activent de tous côtés pour préparer le départ, tandis que les jeunes filles sont invitées à prendre place sur les chaises disposées à la va-vite au centre de la salle à manger. Je les observe une à une, les oreilles sifflantes et le cœur battant la chamade. Un rictus se dessine sur mes lèvres en voyant que les plus aisées ont pris le temps de se refaire une beauté, comme si cela allait changer quoi que ce soit. Auden entre dans la pièce, suivi de Davis et Miranda. Quatre gardes les escortent de près, portant une roulette et un bocal rempli de petits papiers de différentes couleurs. Il prend place sur le trône de son père et, d’un geste de la main, m’invite à le rejoindre. Quelques chuchotements résonnent autour de nous. Je me place debout à sa gauche, et il prend ma main qu’il embrasse délicatement sur le dos. — Où sont ta mère et ta sœur ? je mime du bout des lèvres. Il me répond de la même manière : — En train de superviser les préparatifs. Il m’embrasse à nouveau la main, puis tourne la tête vers les gardes. Du coin de l’œil, je remarque l’équipe de Davis et Miranda entrer à leur tour pour filmer le tirage au sort. Davis se place près de nous, micro en main, son sourire théâtral habituel aux lèvres. — Nous ne devons filmer que le tirage au sort, c’est bien cela ? demande-t-il. Auden acquiesce : — Je ne veux pas que mes fiançailles avec Lady Charlotte soient révélées avant que nous ne soyons tous en sécurité. — Bien, Altesse. Il nous adresse un signe de tête. Je le regarde se diriger au centre de la pièce. Auden se penche vers moi, une lueur conspiratrice dans les yeux. — J’ai hâte de voir les réactions de tous une fois que nos fiançailles secrètes auront été révélées au grand jour. Je frissonne. Nos regards se croisent un bref instant, mais la voix de Davis nous rappelle à l’ordre. Il prend quelques minutes pour saluer la foule entièrement féminine qui se tient devant lui et explique le code couleur, qui va de la classe la plus élevée à la plus basse : doré, brun, jaune, gris et blanc. — Gum bi an deag fhortan comhla riut! — Que la bonne chance soit avec vous, traduit Auden à voix basse. Davis s’écarte afin de faire place à sa femme. Quelques applaudissements retentissent autour de nous. — Pour le bien de la télé, je marmonne sans desserrer les dents. Miranda fait tourner la roue une première fois. Ma respiration se bloque dans ma poitrine. Blanc. Fleur Barnes. Doré. Camille Williams. Doré. Jasmine Ramirez. Les deux intéressées se penchent vers Constance, à côté de qui elles étaient assises. La tête droite, ma main toujours dans celle d’Auden, je fais semblant de ne pas remarquer leurs petits coups d’œil provocateurs. Brun. Julie Jefferson. Brun. Courtney Price. De nouveaux applaudissements retentissent. La roue tourne une sixième fois. Jaune. Elizabeth Evans. Elle et moi échangeons un sourire furtif, alors qu’elle rejoint les autres, m’adressant un signe de tête respectueux au passage. — Tu la connais ? me demande Auden. — Rapidement. Gris. Becky Wright. Gris. Cassandre Trainor. Mes lèvres frémissent à l’entente du nom de mes meilleures amies. Doré. Marianna Hamilton. Jaune. Amy Peterson. Doré. Awen de Villiers. Blanc. Nikki Sinclair. Quelques-unes des jeunes filles les plus aisées s’esclaffent. Leurs rires irritants semblent se répercuter entre les murs. — Silence ! leur intime Auden d’une voix ferme. (Il tourne son regard vers Miranda.) Continuez. Brun. Bethany Bell. Blanc. Marlène Murray. Jaune. Aurore Wallace. Blanc. Shirley Sheridan. Jaune. Béatrice Morgan. Brun. Joanne Hawpkins. Dernier tour. Dernier papier. Je peux sentir mon cœur cogner entre mes côtes tandis que la roue tourne lentement jusqu’à s’arrêter sur le doré. Suspens. — Constance Campbell. Cette dernière se lève, les lèvres étirées en un sourire parfaitement calme, malgré tous les regards et les caméras braqués sur elle. Nos regards s’accrochent. Une lueur compétitrice parcourt le sien. Que le jeu commence. ** Le tirage au sort terminé, nous rejoignons les autres Candidates pour une séance photo, suivie d’interviews individuelles. Auden et moi nous retrouvons séparés, jonglant chacun de notre côté entre les obligations. La journée défile à une vitesse folle, si bien que je ne vois pas le temps passer. Ce n’est qu’une fois installée dans ma cabine à bord du transporteur, une sorte d’appareil faisant le double d’un avion classique, que je commence à souffler un peu, après un repas partagé avec les autres Candidates. A peine ai-je franchi le pas de la porte que mes femmes de chambre me tombent dessus. Je laisse aller à leurs bons soins, tandis qu’elles me préparent d’une manière qui laisse supposer que je ne passerai pas la nuit à venir seule. — La Reine nous a fait parvenir l’ordre de veiller à ce que vous soyez conduite auprès du Prince cette nuit, ainsi que lors des nuits à venir, m’explique calmement Corinne devinant le fond de ma pensée. J’acquiesce. Nous échangeons un sourire furtif à travers le miroir de la coiffeuse devant laquelle je suis assise. Une fois prête, ma servante en chef me conduit jusqu’à la cabine d’Auden, situé non loin de la mienne. — Passez une bonne nuit, Altesse. Je soupire. — Corinne, vous n’avez pas à… Elle se retire sans me laisser le temps de finir ma phrase. Je la regarde s’éloigner tout en levant les yeux au ciel. Je prends une inspiration que j’expire lentement, puis donne un petit coup contre la porte. Des bruits de pas se font entendre de l’autre côté. La poignée tourne. Peut-être que pour le moment, il t’est entièrement dévoué, mais une fois que tu seras grosse, c’est-à-dire enceinte, il aura interdiction de te toucher. Nos coutumes ne le permettent pas. — Charlotte ? Je cligne des yeux. Mon regard croise celui interrogateur d’Auden. Nous restons ainsi quelques secondes. — Je t’en prie. Il s’écarte afin de me laisser passer. J’entre dans la pièce, resserrant machinalement mon châle autour de mes épaules. Auden referme la porte et s’approche de moi, attrapant délicatement mon menton pour me forcer à le regarder droit dans les yeux. — Que se passe-t-il ? demande-t-il d’une voix légèrement rauque. Je m’humecte furtivement les lèvres, nerveuse. Mon regard ancré au sien, mon cœur prêt à jaillir hors de ma poitrine, je lui demande : — Est-ce vrai que les coutumes de la Cour interdisent un mari de toucher sa femme quand cette dernière est enceinte ? — Qui est-ce qui… (Une lueur exaspérée parcourt son regard.) Constance. Il ferme les yeux, les lèvres pincées. Il s’écarte et se détourne de moi, visiblement tendu. Je pose une main contre son omoplate et appuie ma tête contre lui. — Que t’a-t-elle dit d’autre ? J’hésite. Il me jette un regard interrogateur par-dessus son épaule. — Elle a laissé entendre que tu te tournerais vers elle, une fois que ce serait le cas. — Bon sang… — Auden…S’il se passe… Il se retourne brusquement et attrape mon visage. Ses lèvres se plaquent contre les miennes avec fougue. Ma phrase se perd, aspirée par nos bouches qui se dévorent. Je glisse mes mains derrière sa nuque tandis qu’il me soulève de ses bras puissants et m’entraîne jusqu’au grand lit, sur lequel nous tombons à la renverse. Il relève la tête. Son regard brûlant capture le mien. Sa respiration rapide caresse ma peau, me faisant frémir. — Je t’aime, souffle-t-il. Tha gaol agam. Mon cœur bondit. — Il me semble que tu avais dit : « zéro attachement, zéro sentiment », je le charrie à moitié. Il émet un rire bref, mordille sa lèvre inférieure. Son visage se rapproche du mien. Ses longs doigts tièdes et fins se frayent un chemin jusqu’entre mes cuisses. — J’ai menti. Il m’embrasse le lobe. Ses doigts font pression sur mon point sensible. Mon dos s’arcboute. Je gémis, serre les cuisses. J’attrape son bas que je fais glisser le long de ses jambes. Mes mains se referment sur son membre palpitant, lui arrachant un râle rauque. Son corps reste en suspens au-dessus du mien, tandis que je le caresse tout en ondulant des hanches contre lui. J’enfouis ma tête dans le creux de son cou dont je suçote ardemment la peau. — Carlie… Un doux frisson me parcourt le long de la colonne vertébrale à l’entente de sa voix rauque et tremblante. Sa bouche continue de me couvrir de baisers brûlants. Sa main libre s’enroule doucement autour de mes poignets, ramenant mes mains au-dessus de ma tête, que je laisse retomber sur l’oreiller. Ses caresses sur mon c******s s’intensifient. Je soupire. Soulevant mes hanches, il me pénètre avec amour sans pour autant arrêter ses caresses. Sa bouche se rapproche de mon oreille. — Je t’aime, souffle-t-il, me procurant une pluie de frisson dans le corps. Il libère mes poignets. Mon regard ancré au sien, je glisse mes mains derrière sa nuque. — Je t’aime aussi. Nos bouches se rencontrent à nouveau. Nous faisons l’amour lentement, tendrement. Les doux sons de notre plaisir commun emplissent la pièce autour de nous, à moitié étouffés par notre b****r, tandis que nous nous donnons l’un à l’autre sans aucune retenue. ** Le lendemain matin, mes femmes de chambre nous apportent le petit-déjeuner. A peine avons-nous le temps de nous réveiller et de manger qu’elles m’entraînent dans la salle de bain afin de m’aider à me préparer. Eliane se joint rapidement à nous avec ma robe du jour : blanche, aux épaules dénudées, ornée de délicates broderies dorées. — Tu es sûre que ce n’est pas un peu… — Quoi ? Exagéré ? J’acquiesce. Elle sourit. — Il n’est jamais trop tôt pour semer quelques indices. Elle m’adresse un clin d’œil complice et m’aide à enfiler la robe. L’habit correctement boutonné dans mon dos, elle s’écarte pour laisser la place à Ayleen et Isla qui, une fois encore, réalisent un travail remarquable sur ma coiffure et mon maquillage. Fin prête, je rejoins Auden et les autres jeunes filles sélectionnées près de la porte du transporteur. À mon entrée, Constance me lance un coup d’œil narquois. Je la regarde en chien de faïence tout en prenant place à gauche d’Auden. — Ça va être à nous, souffle-t-il. Je tourne la tête vers lui. Le bruit de la porte retentit autour de nous. Je me redresse, la tête bien haute et le dos droit. Il m’offre son bras, que j’attrape d’une main tremblante. — Prête ? Je prends une petite inspiration, mon regard ancré au sien. — Prête. Nous échangeons un sourire entendu. Les flashs des appareils photo et le bruit des acclamations surgissent au rythme de l’hymne national tandis que nous regagnons l’extérieur. Les autres Candidates et moi-même saluons la foule qui nous acclame. — Comment se fait-il que ces gens nous connaissent déjà ? je demande à Auden. — Tous sont issus des classes les plus importantes de la société. Je fronce les sourcils, perplexe. L’ombre d’un sourire vient effleurer ses lèvres. — Beaucoup connaissent la majeure partie des Candidates, poursuit-il, l’ombre d’un sourire aux lèvres, mais l’élément phare du moment, c’est toi. Je frémis. Mes yeux balaient la foule autour de nous. Les regards semblent rivés sur lui et moi, malgré quelques personnes occupées à demander des autographes à certaines des autres jeunes filles présentes, telles que Constance. — Je croyais que personne en dehors de notre cercle proche et des autres Candidates n’était au courant, je remarque à voix basse. — Ils s’en doutent. Ce n’est pas la distance qui a empêché les derniers potins de remonter jusqu’ici. Nos regards se croisent. Un flash surgit immortalisant ce bref instant intense. Le chauffeur de l’un des véhicules mis à notre disposition nous ouvre la portière. Je monte la première, rapidement suivie par Auden. — Que les autres Candidates se répartissent entre les deux autres véhicules avec le personnel, ordonne-t-il au chauffeur. — Bien Altesse. Il claque la portière derrière nous. Je jette un coup d’œil rapide par la vitre tintée, puis me tourne vers Auden, un sourcil haussé. — Tu ne penses pas que cela risque de ne faire qu’attiser les doutes ? Une lueur complice parcourt son regard tandis qu’il se penche vers moi : — Il n’est jamais trop tôt pour semer quelques indices. ** Une petite heure plus tard, nous franchissons le portail d’une magnifique demeure située en périphérie de la ville, entourée de vastes champs plus verts les uns que les autres ainsi que d’un grand cours d’eau. — Copie conforme du château de Blenheim sur Terre, me dit Auden. Il descend de voiture et m’offre sa main pour m’aider à en faire de même. À peine avons-nous mis les pieds à terre que Dylan franchit les grandes portes de la demeure devant laquelle nous nous trouvons. — Auden. Charlotte. Il me prend dans ses bras. Nous échangeons une longue étreinte de laquelle, étrangement, il semble avoir du mal à se défaire. — Est-ce que tout va bien ? je lui demande en me détachant de lui. Il se gratte la nuque, visiblement mal à l’aise. — Dylan ? Il prend une petite inspiration tout en s’humectant furtivement les lèvres. — Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. (Son regard jongle lentement entre Auden et moi.) La bonne, c’est que la femme de Frederick Woods est en route pour être escortée jusqu’ici. — Et la mauvaise ? je demande calmement. — Eh bien… — DYLAN ! Je sursaute. Nos yeux se portent sur l’entrée par laquelle un jeune homme, à peu près du même âge que mon frère vient de sortir, le regard pétillant. Il nous adresse un signe de tête tout en descendant les quelques marches qui le séparent de mon frère. — On a réussi à établir le contact. — La chance soit louée, souffle mon frère, soulagé. — Ton père demande à te parler. — Allons-y. Les deux intéressés s’empressent de gravir les marches. Je m’apprête à leur emboîter le pas, curieuse de savoir ce qui peut bien se passer. Auden m’attrape délicatement par le poignet, me stoppant dans mon initiative. — Corinne, accompagnez Lady Charlotte auprès de ma mère et de ses dames, ordonne-t-il à l’intention de ma servante en chef. — De suite, Altesse. — Auden ? Je lève les yeux vers lui, confuse. — Va avec Corinne. Je vais essayer de tirer au clair ce que nous avons manqué. Je viendrai te trouver dès que j’aurai plus d’informations. Il m’embrasse furtivement et s’éloigne sans me laisser le temps de protester. Je le regarde disparaître à l’intérieur en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. — Ma Lady ? (Corinne s’approche de moi, une lueur bienveillante dans le regard.) Tout va bien se passer, m’assure-t-elle. Je jette un dernier coup d’œil par-dessus mon épaule et soupire : — Espérons. ** ** ** ** **
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