Son regard ancré au mien, il scelle ses lèvres aux miennes. Je sens mon cœur s’affoler entre mes côtes et mes hormones entrer en ébullition alors que son corps exerce une pression sur le mien. Ses lèvres glissent le long de ma bouche jusque dans mon cou, dont il commence à suçoter la peau, ses mains remontant ma robe à hauteur de cuisse. Je ferme les yeux. Mes doigts se perdent dans les boucles de ses cheveux. Les siens, doux et froids, se posent sur le point sensible entre mes cuisses. Je gémis. Il relève la tête. Nos regards s’accrochent.
De sa main libre, il continue de relever ma robe. Un doux frisson me parcourt l’échine sous les caresses brûlantes de son regard.
— Serais-tu prête à aller plus loin ? souffle-t-il d’une voix rauque. (Je fronce les sourcils.) Plus loin que d’habitude.
Oh. Ses doigts s’immobilisent. Son corps reste figé au-dessus du mien.
— Eh bien…
Je suis interrompue par le bruit d’une sonnerie émanant de l’ordinateur. En un instant, il est sur pied. Je me redresse sur les coudes, inquiète. Il me jette un coup d’œil furtif et se positionne de manière à ce que je ne puisse pas voir l’écran.
— Y a-t-il un problème ? (Silence. Je m’assois. Son être entier semble s’être figé. Une tension palpable s’installe.) Auden ?
— Attends.
Il tape rapidement quelque chose, puis referme l’ordinateur avant de se tourner vers moi. Je me laisse retomber contre le matelas tandis qu’il reprend sa place au-dessus de moi.
— Où en étions-nous ?
Ses lèvres s’étirent en un sourire joueur.
— Tu me demandais si j’étais prête à aller plus loin.
— Et… ?
J’inspire, humecte furtivement mes lèvres. La nervosité et l’excitation se livrent bataille, mettant tout mon être sens dessus dessous.
— Il me semblait que nous étions supposés attendre la nuit de ton anniversaire.
— Oh ça. (Son regard, mi-taquin mi-sérieux, plonge dans le mien.) À ce rythme-là, nous serons déjà mariés d’ici là.
Je me redresse en m’exclamant :
— Quoi ?
Il rit :
— Je plaisante. (Je roule des yeux et me rallonge.) Quoi que, d’après les dernières informations reçues, les choses risquent de s’accélérer encore un peu plus une fois que nous serons sortis d’ici.
Génial. Il se penche vers moi, sa bouche proche de mon oreille.
— Chère future épouse, puis-je vous faire mienne ?
Mon cœur bondit. L’idée m’excite et m’effraie à la fois. À cet instant, je ne désire rien de plus que de le sentir près de moi et pouvoir me perdre dans ses bras afin d’oublier tout le reste. Mais je ne sais pas si le moment et le lieu sont propices pour ça.
— Ne t’en fais pas, nous prendrons notre temps, souffle-t-il.
Je lève les yeux et me noie dans l’océan émeraude des siens. Ses lèvres effleurent les miennes. Je lui vole un b****r, puis le repousse pour me relever.
— Qu’est-ce que tu…
— Tu vas voir.
Le corps tendu, je me place face à lui.
— Charlotte…
— Tais-toi et regarde.
D’une main tremblante, je défais mes cheveux qui tombent en cascade dans mon dos. Une lueur indescriptible parcourt son regard braqué sur moi. J’attrape ma robe dont je déboutonne le corsage lentement sans le lâcher des yeux. Le vêtement tombe à mes pieds, je m’en extirpe, puis m’attaque à mes dessous, me retrouvant bientôt entièrement nue devant lui.
— Viens-là, me dit-il, la voix douce et rauque.
Je m’exécute. Il m’attrape par la taille. Je m’assois à califourchon sur lui, une jambe de chaque côté de sa taille. Ses doigts rencontrent une fois de plus mon bourgeon de chair. De sa main libre, il m’attrape par la nuque et rapproche mon visage du sien. Nos lèvres se trouvent, nos langues se cherchent, nos souffles se heurtent. Mes mains glissent le long de son torse jusqu’à la ceinture de son pantalon. Je la défais tout en ondulant des hanches, répondant à ses caresses. Sans crier gare, il nous fait rouler. Son corps au-dessus du mien, il me dévore de baisers ardents. Mes doigts se referment sur les draps doux et frais. Les siens poursuivent leur assaut tandis que ses lèvres les rejoignent. Je crie. Une pression insoutenable s’élève dans mon bas-ventre. Bon sang Auden…
— Fais-moi l’amour.
Son souffle heurte ma peau, attisant le feu qui grandit en moi.
— Avec joie, mais avant ça…
Il se lève, et je relève la tête, haletante. Mon regard fiévreux s’ancre au sien. Un sourire au coin des lèvres, il retire son haut, révélant un torse musclé marqué de quelques cicatrices, traces d’anciens entraînements aux armes. Ses mains glissent vers son pantalon. Il s’en débarrasse d’un geste fluide, ainsi que de son boxer. Je mordille nerveusement ma lèvre inférieure, incapable de détacher mes yeux de lui. Mon regard descend lentement le long de son corps d’Apollon, jusqu’à se poser sur ses atouts masculins. Mon cœur s’emballe, et mes joues s’enflamment à leur vue.
— Bah alors, on est toute gênée ? se moque-t-il doucement.
— Oh, ferme-la.
Il s’esclaffe. Nos regards restent accrochés alors qu’il reprend sa place au-dessus de moi. Du coin de l’œil, je distingue une inscription sur sa clavicule.
— Ta date de naissance en chiffres romains, murmure-t-il. La seule à être gravée sur ma peau à jamais.
Je frissonne.
— Prête ? me demande-t-il.
Je passe mes mains derrière sa nuque, un sourire au coin des lèvres.
— Prête.
Il prend une inspiration, se positionne, les bras de chaque côté de ma tête. Une sensation étrange de tiraillement et de pression monte depuis le creux de mon ventre. Ma respiration se bloque dans ma poitrine.
— Ça va ? me demande-t-il.
J’acquiesce. Il continue, avec précaution, puis se retire un instant avant de me pénétrer à nouveau, plus intensément cette fois. Un souffle plaintif m’échappe. Il s’immobilise, aux aguets.
— Veux-tu que je m’arrête ?
Je secoue la tête.
— Vas-y juste doucement.
Il baisse son visage vers le mien et scelle nos lèvres. Son corps commence à bouger avec une lenteur exquise contre le mien. Mes hanches maladroites suivent son rythme.
Ses lèvres s’étirent en un sourire :
— C’est bien princesse, comme ça. (Je me synchronise peu à peu avec lui.) Buinidh mi dhut, agus buinidh tu dhomh, souffle-t-il. Je t’appartiens et tu m’appartiens.
Je frémis. Mes bras l’enserrent, je le presse contre moi, cherchant à combler l’espace infime qui nous sépare encore. Ses doigts s’enfoncent dans la peau de mes hanches. Ses lèvres quittent les miennes pour remonter doucement, embrassant mon nez, effleurant le coin de mes yeux où de fines larmes se sont échappées. La chaleur de son corps contre le mien fait naître une onde de plaisir que je n’aurais jamais soupçonnée. Ses muscles se tendent, son corps tremble légèrement.
— Carlie…
Il se redresse m’entraînant avec lui. J’enfouis ma tête dans le creux de son cou dont je mordille la peau avec ferveur.
— Bewitching Boireannach…
Ses bras se resserrent autour de ma taille, et dans un dernier élan, il se perd en moi. Nous restons immobiles, enlacés, nos souffles se mêlant dans un même instant suspendu. Il m’embrasse tendrement le front tandis que nous retombons sur le matelas, puis il se retire lentement, provoquant une légère sensation de tiraillement dans mon bas-ventre. Je grimace. Ses bras puissants m’enlacent à nouveau. Je me blottis contre lui, la tête levée, le regard perdu dans l’océan émeraude de ses yeux.
— Pas trop déçu ? je demande en arquant un sourcil.
Il rit, secoue la tête.
— Et toi ?
— Pas le moins du monde.
— Tant mieux. (Il m’embrasse le sommet du crâne avant de laisser ses lèvres glisser le long de mon cou, jusque sous mon oreille.) Parce que j’ai bien l’intention de recommencer.
**
Auden et moi passons les heures qui suivent à nous découvrir, jusqu’à ce que nos corps épuisés finissent par céder à la fatigue. Mes yeux se ferment, tout m’échappe. Mon esprit se perd dans un sommeil dans un sommeil doux et paisible. Le son de sa voix me berce au rythme d’une mélodie qui me semble vaguement familière. Les paroles m’accompagnent dans mes rêves :
I love you, a bushel and a peck,
A bushel and a peck though you make my heart a wreck;
Make my heart a wreck and you make my life a mess;
Make my life a mess, yes, a mess of happiness;
About you, about you,
Cause I love you a bushel and a peck…
Il va falloir le lui dire…
Je sursaute.
— Il va falloir le lui dire.
Je tourne dans le lit en tendant le bras. Mes doigts se posent sur l’oreiller à la taie froissée et froide.
— Tu ne peux plus te permettre d’attendre. Avec ton père… (Une sorte de sanglot. La personne prend une longue inspiration.) Avec ton père atteint, vous allez peut-être devoir prendre la relève plus rapidement que nous ne le pensions.
J’ouvre les yeux, les sourcils froncés. Je me redresse, surprise par le visage de ma future belle-mère de l’autre côté de l’écran. Je m’empresse de serrer les draps autour de moi, essayant de rester le plus couverte possible. Auden se tourne vers moi.
— Je vais vous laisser, vous avez des choses à vous dire, dit la Reine d’une voix douce. (Il acquiesce.) Je vous verrai tout à l’heure.
Elle raccroche. Auden referme l’écran, puis vient s’allonger à mes côtés. Le cœur encore battant, je me laisse aller entre ses bras.
— Qu’ai-je raté ? je lui demande d’une voix encore endormie.
— Les soldats ont fini par se débarrasser des rebelles pendant la nuit.
Je lève la tête vers lui.
— Pendant la nuit ?
— Oui, nous sommes le matin.
Mon regard erre sur la pièce tout autour de moi. Cela aurait été difficile a deviné vu l’obscurité qui règne ici.
— Mon père a été blessé. Il a vu un groupe de soldats en infériorité face à l’adversaire dans l’une des salles du palais. Il a voulu leur venir en aide, mais des rebelles lui sont tombés dessus en traître (Il émet un rire bref et amer.) Pour changer.
Un drôle de frisson me parcourt l’échine.
— Et maintenant ?
— Eh bien… (Il roule sur le côté pour se retrouver au-dessus de moi, un bras toujours autour de ma taille, l’autre près de mon visage.) Une fois que les gardes auront fini leur dernière inspection, nous nous regrouperons tous dans la salle à manger, où ma mère et moi vous donnerons plus de détails. En attendant…
Il baisse son visage vers le mien ses lèvres effleurant les miennes. Il soulève les hanches, baisse son pantalon et me pénètre avec tendresse. Un râle rauque répond à mon gémissement. Je glisse mes mains dans son dos. Ses muscles se contractent et roulent sous mes doigts tandis qu’il va et vient en moi. Une lueur douce et aimante parcourt son regard, tandis que l’ombre d’un sourire se dessine sur ses lèvres.
— Assurons-nous de mettre notre héritier en route.
**
Le feu vert des gardes reçu, Auden et moi ne disposons que de vingt minutes pour nous préparer avant de rejoindre les autres jeunes filles. Mes servantes, accompagnées d’Eliane, me prennent en charge. La sœur de mon meilleur ami et moi-même échangeons une étreinte furtive.
— Il faut faire vite, nous n’avons pas beaucoup de temps.
Elle m’aide à retirer ma robe de la veille qu’elle confie à Corinne.
— Comment se fait-il que tu sois ici ? je la questionne tout en enfilant une autre.
Celle-ci, une fois de plus confectionnée par ses soins, me paraîtrait bien plus appropriée pour une situation formelle : d’un beau bleu aigue-marine, recouverte de petits diamants.
Eliane fronce les sourcils, visiblement étonnée.
— Le prince ne t’a rien dit ?
Le son des trompettes résonne au loin.
— Et m***e, râle-t-elle entre ses dents. (Elle se tourne vers Ayleen et Isla à qui elle fait signe d’avancer.) Coiffure et maquillage, vite !
Les deux jeunes femmes s’exécutent. Moins de dix minutes plus tard, je me retrouve dans la cage d’escaliers, le cœur battant à toute vitesse entre mes côtes. La Reine m’attend devant les portes de la salle à manger, le sourire aux lèvres.
— Votre famille et vos amis ont été envoyés en sécurité dans le nouveau système, m’informe-t-elle. Nous les avons fait partir en amont de l’évacuation.
— L’évacuation ?
— Oui, acquiesce-t-elle, le palais est en cours d’évacuation.
Je sens mon estomac se nouer à l’idée que la situation est bien plus critique que je ne l’avais imaginée.
— Est-ce là ce que le prince va annoncer ? je l’interroge.
Une lueur bienveillante parcourt son regard tandis qu’un rire discret s’échappe de ses lèvres.
— Douce enfant. (Elle m’embrasse le front et prend place à mes côtés. Les grandes portes s’ouvrent.) N’oubliez pas : tête haute…
—…Dos droit.
Nous entrons. De chaque côté de la salle, les jeunes filles s’inclinent sur notre passage. Mes yeux jonglent furtivement de l’un à l’autre de leurs visages. La Reine et moi avançons jusqu’à la table centrale, devant laquelle se tient Auden.
— Mère. Lady Charlotte.
Il me tend la main, que j’accepte tout en lui adressant une révérence. Ses lèvres effleurent ma peau. Un doux frisson me parcourt l’échine. Je prends place à sa gauche, sa mère à sa droite. Les murmures retentissent aux quatre coins de la salle, que je parcours du regard. Mes yeux s’arrêtent sur Constance, qui me regarde dédaigneusement avant de détourner la tête. Pimbêche. Dans le fond, une porte s’ouvre sur la princesse Aimee.
— Majestés, nous salue-t-elle en s’inclinant dans une révérence.
Elle m’adresse un sourire mi-joyeux, mi-triste, s’empressant de prendre docilement place aux côtés de sa mère. Auden lui lance un regard furtif avant de se concentrer sur les jeunes filles devant nous. Du coin de l’œil, je remarque Elizabeth dont le visage rayonne malgré la fatigue. Elle et moi échangeons un sourire furtif.
— Mesdemoiselles. (Auden s’avance. Les derniers murmures retentissent avant de s’éteindre totalement). Nous ne disposons que de peu de temps, de ce fait je vais essayer d’être le plus bref possible. Comme vous le savez, nous venons d’essuyer une attaque des plus violentes. Le Roi lui-même a subi des coups. Au moment même où je vous parle, il fait partie des premiers blessés graves en route pour le nouveau système, à bord de l’un de nos vaisseaux médicaux. Mon père étant dans un état critique, cela signifie que je dois être prêt à prendre la relève si nécessaire. J’ai donc pris la décision d’annuler les Épreuves.
Consternation. Surprise. Protestations. Les regards et les voix fusent en tous sens.
— Les événements… (Auden lève la main, intimant une fois de plus le silence.) Les événements se dérouleront donc de la façon suivante : le soir de mon anniversaire, je profiterai du bal prévu pour annoncer à notre peuple ainsi qu’aux autres puissances mes fiançailles avec Lady Charlotte Woods.
Il se tourne vers moi, la main tendue. Je la prends, frémissante et tremblante à la fois. Ses doigts s’entrelacent aux miens dans une poigne ferme et aimante.
— Sans avoir la certitude qu’elle puisse vous donner un héritier ? demande Constance.
Quelques bruits d’approbation parcourent la salle. Je m’avance.
— Le prince et moi-même avons déjà commencé à mettre toutes les chances de notre côté, je réponds froidement.
— Et qu’en est-il du rôle que devait jouer celles d’entre nous tirées au sort pendant les Épreuves ?
Tous les regards, le mien compris, se tournent vers Auden.
— Cela ne change pas. Un tirage au sort va avoir lieu pour choisir celles d’entre vous qui partiront en éclaireur avec notre convoi. Celles-ci auront le privilège de faire partie de l’entourage de notre future princesse et souveraine, voire de ses Dames d’Atours aux côtés de Lady Cassandre et Lady Becky. Quant à celles d’entre vous qui ne seront pas tirées au sort, poursuit-il, vous serez renvoyées dans vos familles respectives dans l’attente des nouvelles instructions qui vous seront transmises le plus rapidement possible.
Mon cœur se comprime à l’entente de cette information. Renvoyées dans leurs familles, ce qui veut dire que nombreuses d’entre elles, dont les parents n’ont pas accès au nouveau système, seront livrées à elles-mêmes et à la merci des rebelles.
— Ce sera tout. Merci à toutes pour votre attention.
Il adresse un signe de tête à l’assemblée devant nous. Les jeunes filles s’inclinent avant de se disperser aux quatre coins de la salle. Des groupes commencent à se former par classe sociale. Nos mains toujours jointes, Auden se tourne face à moi.
— Je dois aller voir si tout est prêt pour le tirage au sort. Tu penses pouvoir t’en sortir sans moi ?
J’acquiesce. Le sourire aux lèvres, il m’embrasse le dos de la main.
— A tout de suite.
Je le salue d’une révérence et le regarde se retirer. Un soupir m’échappe.
— Tu devrais te méfier. (Je me retourne. Constance se tient près de moi.) Les choses ne sont pas aussi roses et bleues que tu le crois.
Du coin de l’œil, je peux voir le regard méfiant d’Elizabeth rivé sur nous.
— Je n’ai pas le temps pour tes histoires inutiles, je dis le plus froidement possible.
Je la contourne, prête à rejoindre ma nouvelle amie. Ses doigts se referment autour de mon poignet, que je retire dans un mouvement brusque, tout de même forcée à lui faire face.
— Peut-être que pour le moment, il t’est entièrement dévoué, mais une fois que tu seras grosse, c’est-à-dire enceinte, il aura interdiction de te toucher. Nos coutumes ne le permettent pas. (Mon sang ne fait qu’un tour dans mes veines à l’entente de ses paroles. Elle s’approche de moi, l’ombre d’un sourire victorieux sur les lèvres.) Vers qui crois-tu qu’il se tournera à ce moment-là ?
— Certainement pas toi, je crache.
— Mmm, c’est ce qu’on verra.
Sur ce, elle m’adresse une révérence moqueuse et s’éloigne, fière et rayonnante d’avoir semé le doute dans mon esprit.
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