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1667 Mots
Une fois sûre qu’il n’y a plus aucun risque que je vomisse, je prends une grande inspiration et retourne à l’intérieur. J’en profite pour faire un détour par les toilettes, où je me rince la bouche et me rafraîchis légèrement, prenant soin de ne pas ruiner mon maquillage. Je ferme les yeux, assaillie par des images de l’exécution d’Iwan Woods, celui qui prétend que je ne suis destinée à rien de plus qu’à devenir la c***n d’Auden. Un vertige me saisit à nouveau tandis qu’un frisson désagréable me court le long de l’échine. Mon estomac se noue encore. Je m’agrippe au lavabo de toutes mes forces, inspirant et expirant lentement. Ça va aller. Ça va aller. Ça va… — Lady Charlotte ? Je sursaute, surprise par la voix d’un garde derrière la porte. — Oui, un instant ! Je jette un coup d’œil furtif à mon reflet dans le miroir, éteints les robinets et ouvre la porte. Contre toute attente, je me retrouve face à l’un des hommes de la Reine, et non à un garde d’Auden. — Sa Majesté demande à vous voir. (J’acquiesce en silence.) Suivez-moi. Il me conduit jusqu’à l’aile Ouest, où mes appartements ont été déplacés un peu plus tôt dans la journée. Cependant, cette fois-ci nous montons à l’étage des appartements royaux. Mon cœur bat à tout rompre lorsque nous pénétrons dans le salon privé de la Reine, assise près de la cheminée. Je m’incline dans une révérence. — Relevez-vous, Lady Charlotte. Je m’exécute lentement, et en profite pour lisser les plis de mon jupon, en profitant pour jeter un coup d’œil au salon à la fois majestueux et chaleureux. — Merci Simon, dit-elle au garde. L’intéressé nous salue et quitte la pièce. La porte à peine refermée, je demande : — Vous souhaitiez me voir, Majesté ? — Oui, je voulais m’entretenir brièvement avec vous. (Elle m’indique un fauteuil en face du sien.) Asseyez-vous, nous n’avons pas beaucoup de temps. (Je m’installe rapidement, sans lâcher son regard. Elle poursuit :) Après discussion avec mon époux et mon fils, il est probable que les choses s’accélèrent pour vous dans les jours à venir. — Que voulez-vous dire ? — Auden a décidé de convoquer certaines des potentielles Candidates dès ce soir, afin de leur faire connaître la nature de votre relation, m’explique-t-elle, un sourire discret aux lèvres. Je ne peux m’empêcher d’émettre un rire nerveux, surprise par cette annonce. — Auden et moi n’avons pas… — Je sais. Je me doute que vous n’êtes pas comme toutes ces filles prêtes à tout pour s’attirer les faveurs de mon fils. Non pas que vous en auriez eu besoin étant donné les circonstances. D’ailleurs, il va de soi que vous serez celle qui passera la nuit de son anniversaire avec lui. À vrai dire, je n’avais pas réellement réfléchi à cette éventualité. Avec tout ce qui s’est passé ces derniers jours, j’avais presque oublié l’approche de l’anniversaire d’Auden et tout ce que cela implique. La Reine se penche vers moi, prenant l’une de mes mains dans les siennes. — Il est vrai que tout s’est accéléré depuis votre arrivée parmi nous. — C’est le moins que l’on puisse dire, Majesté, je ris poliment. Elle sourit : — Si cela peut vous rassurer, c’était pareil pour moi lorsque mon époux et moi nous sommes fiancés. La seule différence, c’est qu’à l’époque, les Anarchistes étaient prêts à tout pour empêcher la naissance d’Auden, descendant des Tremblay, et éventuel prétendant d’une descendante Woods : Vous. — Comment l’a-t-il su ? je demande, intriguée. — Il l’a su dès l’instant où il vous a vue. Dès l’instant où il vous a vu. A quand cela remonte-t-il ? — Prête pour les premières présentations en tant que fiancée du prince héritier de la couronne ? Mon regard croise celui de ma belle-mère en devenir. Je lui réponds d’un sourire mi-factice, mi-sincère. Si je suis prête ? Absolument pas. Elle se lève. J’en fais de même et la suis dans le couloir, où trois gardes, Simon compris, nous attendent. La Reine profite des quelques minutes qu’il nous reste pour me donner une liste de conseils qui finissent rapidement par se mélanger dans mon esprit. Nous nous engageons dans les escaliers, entourées par ses trois gardes. Mon cœur reprend ses battements intempestifs de plus belle. Mon souffle se fait court et je peux sentir mes mains devenir moites sous l’effet de la nervosité. Les portes de la salle à manger en vue, je ralentis le pas, le temps de prendre une grande inspiration que j’expire lentement tout en essuyant mes mains. La Reine se tourne vers moi, soucieuse : — Ça va aller ? (J’acquiesce. Les gardes se positionnent.) N’oubliez pas : dos droit, tête haute. (Je me redresse. Ils ouvrent les portes.) Allons-y. Elle et moi entrons dans la grande pièce côte à côte, attirant tous les regards. Les murmures résonnent sur notre passage. Je les ignore me contentant de regarder droit devant moi vers la table centrale où le Roi, la princesse Aimee et Auden nous attendent. Ce dernier se tient debout, une main tendue dans ma direction. Mes yeux s’agrippent aux siens tandis que je franchis les derniers mètres qui nous séparent, faisant attention de ne pas dépasser sa mère. J’attrape sa main et m’incline dans une brève révérence. Une drôle de sensation me parcourt des pieds à la tête lorsqu’il me fait un baisemain, et que je prends place à sa gauche, devant le siège habituellement réservé à la fiancée du prince héritier. Je parcours la salle du regard à la recherche de visages familiers. A mon plus grand soulagement, Cassandre et Becky sont assises parmi les invités d’honneur, Archie derrière elles, au milieu d’autres gardes et Veilleurs en devenir. Hormis mes amis, je ne peux m’empêcher de constater que le reste des personnes présentes sont principalement des jeunes filles visiblement aisées. Les fameuses potentielles Candidates dont la Reine me parlait il y a seulement quelques minutes. — Voici celle qui deviendra votre future princesse et, si le destin nous est favorable, votre future souveraine, annonce Auden d’une voix forte. (Les murmures retentissent une fois de plus aux quatre coins de la salle. D’un geste de la main, il intime le silence et ajoute :) Votre mission au cours des mois à venir sera de la tester et la pousser à se surpasser afin que, une fois les Epreuves terminées, elle puisse tenir son rôle de princesse et de future reine comme il se doit. — Si je résume bien, nous allons devoir bichonner cette pouilleuse, c’est ça ? Consternation. Silence. Du coin de l’œil, je peux voir Archie serrer les poings tandis que Cassandre et Becky, ainsi que les autres jeunes filles présentes, fixent intensément celle qui vient tout juste de m’insulter. Le regard effronté de cette dernière croise le mien. J’aspire ma lèvre inférieure et la mords de toutes mes forces afin de retenir la réplique cinglante qui me brûle le bout de la langue. La prise d’Auden se resserre autour de ma main. — Campbell, dehors, ordonne-t-il froidement. Sa voix est calme, autoritaire. L’intéressée se lève lentement. — Avec tout le respect que je vous dois, Alt… — J’ai dit dehors ! Je tressaute. La jeune fille ne bronche pas. Elle nous adresse une révérence, parfaitement sereine. Nos regards se heurtent une fois de plus. Nous nous regardons en chiens de faïence, puis elle sort de la salle, la tête haute malgré l’affront. Les gardes referment les portes derrière elle. Un nouveau silence s’installe. Auden ne desserre pas sa prise, tandis que son regard balaie l’assemblée, passant lentement d’un visage à l’autre. — Que les choses soient claires : à partir de ce soir, Lady Charlotte réintègre la Cour en tant que futur membre à part entière de la famille royale. Je ne tolérerai donc pas la moindre critique ou insulte à son égard, compris ? — Oui, Altesse. — Bien. Il claque des doigts. Sa main et ses muscles se relâchent un peu. La musique et le brouhaha des conversations reprennent de plus belle. Les portes s’ouvrent à nouveau, cette fois-ci sur les domestiques qui vont et viennent entre les tables avec les plats. Nous nous asseyons. — Désolé pour ce petit incident, murmure-t-il en se penchant vers moi pour que nous ayons un peu d’intimité. Je hausse discrètement les épaules. — Il fallait bien s’attendre à ce que cela arrive. Ce n’est pas comme si c’était la première fois que je me faisais insulter de la sorte. Et quelque chose me dit que ce ne sera pas la dernière. — Comment te sens-tu ? Je rapproche mon visage du sien, nos nez à seulement quelques centimètres l’un de l’autre. Je peux sentir les regards pesant et curieux de certaines potentielles Candidates, probablement offusquées par cette entorse au protocole, mais cela m’est bien égal. J’ai bien l’intention de leur montrer qui, de nous toutes, domine la situation ici. — Il va juste falloir que je m’habitue au fait de devoir être plus méfiante que je ne l’étais jusqu’à présent et que, quelque part, il y a des membres éloignés de ma famille qui veulent ma tête, je soupire en faisant la grimace. — Ne t’en fais pas, ton père, ses hommes et certaines de nos forces sont sur le coup. Ce n’est qu’une question de temps avant que nos adversaires ne soient mises hors d’état de nuire. En attendant… (Son regard émeraude, brillant d’une lueur complice, s’ancre au mien :) Compte sur moi pour faire en sorte que tu sois bichonnée et préparée pour les Épreuves comme il se doit. — Je savais bien que j’étais la prunelle de tes yeux, je le taquine un sourire joueur sur les lèvres. Il rit et m’embrasse le dos de la main, avant de rapprocher sa bouche de mon oreille. Un doux frisson me parcourt l’échine sous la caresse de son souffle chaud. — Tu n’as pas idée à quel point. ** ** ** ** **
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